LA REVUE TCS ET L’AGROÉCOLOGIE

Frédéric Thomas, magazine TCS - Mars / avril / mai 2016 -



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S i pour beaucoup, l’agroécologie est une nouvelle forme de discours plus écologique et un verdissement habile des modes de production agricole, les réseaux AC, qui déjà cherchent à favoriser et à utiliser des processus agroécologiques, perçoivent beaucoup mieux cette notion. L’idée n’est pas de s’interdire une action jugée trop agressive sur le milieu, ni de supprimer un intrant jugé trop perturbateur sur l’environnement, mais de continuer de produire tout en s’appuyant le plus possible sur les fonctionnalités du vivant. C’est ici que ce concept novateur devient très intéressant et apporte une réelle rupture. Il n’oppose
pas deux visions de l’agriculture mais s’appuie sur une approche globale centrée sur la recherche de solutions techniques construites sur l’expérience et le savoir-faire des agriculteurs. Il s’agit donc d’une démarche positive qui, de fait, débouche sur beaucoup moins d’intrants et d’impacts négatifs sur l’environnement mais
qui, avant tout, cherche à stimuler la diversité biologique, l’autonomie, l’économie et la responsabilisation des acteurs. Ainsi et par essence, l’agroécologie est très diverse et nous éloigne des modèles. Elle ne peut pas se décréter ni même être labellisée mais, déjà aujourd’hui sur le terrain, elle se construit patiemment.

Si la suppression du labour n’est pas de l’agroécologie, l’utilisation des vers de terre et de l’ensemble de l’activité biologique pour structurer et organiser le sol, tout en recyclant les résidus de couverts et de récoltes afin de réduire, voire supprimer le travail du sol, est un processus agroécologique.

Si la suppression du désherbage chimique n’est pas de l’agroécologie, l’utilisation de couverts d’interculture denses et de plantes compagnes, comme avec le colza, pour contenir et concurrencer le salissement, tout en préservant et en nourrissant l’activité biologique, voire en perturbant certains insectes ravageurs, est parfaitement une approche agroécologique.

Si les déchaumages répétitifs et les faux semis pour limiter l’enherbement ne sont pas non plus de l’agroécologie, le développement et la protection de populations de carabes mais aussi de quelques limaces et autres individus gros consommateurs de graines à la surface du sol, grâce à la limitation de l’agression mécanique et
chimique associée à une bonne couverture végétale, sont encore une manière agroécologique d’aborder la gestion du salissement.

À ce titre, une étude récente réalisée pour l’Inra par Pierre Fellet (élève ingénieur d’AgroParisTech), seulement centrée sur la partie phyto, démontre l’évolution du rubriquage, des articles et des angles rédactionnels de la revue TCS qui, d’une certaine manière, accompagne les réseaux AC dans cette mutation vers l’agroécologie.

Cette analyse résumée sous forme de graphiques fait ressortir une très forte croissance des sujets qui traitent de solutions visant à réduire l’utilisation des produits phyto. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une position « anti », cette évolution traduit notre recherche de réduction de la dépendance historique à la chimie. Après la qualification du déchaumage, ce sont les couverts et leur roulage qui ont d’abord apporté quelques avancées. La rotation, une meilleure connaissance de l’évolution des stocks grainiers à la surface du sol et le semis direct ont ensuite permis de progresser. Plus récemment, le colza associé a vraiment révolutionné les pratiques en montrant qu’il était possible de déboucher sur des parcelles propres et même s’offrir des impasses, alors que cela nous semblait inconcevable quelques années plus tôt. Parmi les produits phyto, l’emblématique glyphosate a également été abordé à plusieurs
reprises avec notamment des ouvertures très intéressantes d’implantation en SD sans herbicide total (TCS 84 et 85 en 2015).

C’est aussi pour compléter cette recherche de solutions alternatives que nous avons ouvert une rubrique AB. Décloisonner les pratiques nous semblait important surtout lorsque les objectifs globaux sont proches. Certains TCSistes sont aujourd’hui assez confiants pour faire le choix du bio mais aussi beaucoup d’agriculteurs AB sont
intéressés par nos approches de conservation et de développement de la fertilité des sols ainsi que nos nouveaux modes de gestion du salissement qui peuvent donner des résultats remarquables.

Bien entendu, cet engagement a fait fuir quelques annonceurs nous sentant moins promoteurs de leurs solutions simplistes, bien qu’elles puissent rester nécessaires en fonction des systèmes, des risques, des sensibilités et des niveaux de transition de chacun. Les produits phyto sont simplement relégués au titre d’outil dans une
panoplie qui continue de s’étoffer. D’autres annonceurs, en revanche, nous ont rejoints, accompagnant eux aussi la démarche de transition avec de nouvelles solutions. À ce titre, l’arrivée d’une publicité, il y a 5 ans, pour des plantes compagnes en colza a été un grand moment qui a vraiment entériné notre basculement vers l’agroécologie : les producteurs avaient enfin le choix entre une solution chimique (désherbant), des solutions mécaniques (travail du sol et/ou binage) et une solution agroécologique (un sac de graines de plantes diverses avec une bonne dose de
légumineuses à mélanger avec leurs semences de colza).

Cette mutation n’est pas que le fait de la revue TCS ; elle reflète aussi très largement l’évolution des pratiques sur le terrain dans les réseaux AC : des changements bien réels qui, avec peu ou prou de soutien, et sans faire beaucoup de bruit, ont cependant débouché sur des innovations et des adaptations très performantes. L’agriculture, les phyto (dont le glyphosate) font trop souvent la Une avec beaucoup d’amalgames qui attisent un matraquage et des débats qui ne font que semer le trouble dans l’opinion sans proposer de solutions concrètes. Il serait plus constructif de présenter, de mettre en avant et de soutenir les démarches agroécologiques. Celles-ci permettront de réduire non seulement l’utilisation des phyto mais aussi toutes les pratiques impactant l’environnement tout en encourageant la biodiversité végétale et animale ainsi que la diversité des approches et des idées pour encore plus d’efficacité et d’agroécologie demain.

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