L’offre « AC » est en train d’exploser !

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Même si depuis plus de 20 ans elle avait sa revue, son site Internet, ses associations, ses quelques semoirs spécifiques et ses intervenants fétiches, l’Agriculture de Conservation était plutôt une approche marginale et discrète pour la majorité des agriculteurs. Cependant, depuis 2 à 3 ans, l’offre « AC » a complètement explosé. Le nombre de machines s’est démultiplié avec des solutions techniques habiles permettant de répondre, de manière performante, à beaucoup de situations particulières. Aujourd’hui, même les grands constructeurs qui considéraient ce marché comme « anecdotique » s’y invitent, obligeant même les concessionnaires à se positionner autrement. Constat similaire au niveau de la presse ; si votre revue TCS et surtout sa ligne éditoriale n’est pas encore égalée, nous ne sommes plus les seuls à parler de sol, de couverts végétaux, de colza associé, de blé précoce, d’AB et d’élevage différents et même d’agroécologie en général ! Il va falloir redoubler d’efforts pour continuer à vous apporter les informations que vous attendez et rester sur la brèche. Cependant, c’est certainement au niveau de la formation et de l’accompagnement que les choses ont le plus évolué avec l’arrivée de nouvelles associations et structures très communicantes, le développement de formations en ligne (« e-learning ») et le déploiement de groupes d’échanges sur Facebook, Twitter et WhatsApp. Cette effervescence conduit à la multiplication des « experts » mais aussi des approches qui, quelles que soient leurs entrées, l’élevage, le bio, le maraîchage, la viticulture, l’arbre, la chasse, remettent les sols, les couverts végétaux et, globalement les pratiques AC, dans leurs panels de solutions.

Une réalité chez beaucoup d’agriculteurs

Ce vif intérêt, soudain pour l’AC, doit être considéré comme la rançon du succès. Bien entendu ce bouillonnement n’est pas sans compétitions, controverses et même désaccords qui, malgré tout, restent à la marge. C’est simplement le signal que l’Agriculture de Conservation est vraiment en train d’émerger comme une tendance forte. Ses approches positives en matière de vie des sols, de développement de l’autofertilité mais aussi de gestion du salissement et des ravageurs séduisent beaucoup d’autres courants de pensée qui s’empressent de les incorporer. Ses innovations, comme les couverts Biomax, le colza associé, le repositionnement de l’élevage et même le blé précoce interpellent par leur cohérence et leur bon sens agronomique. Enfin, plus qu’une approche en devenir, c’est déjà une réalité chez beaucoup d’agriculteurs et dans de nombreuses conditions pédoclimatiques. Ils prouvent, au quotidien et de manière assez éclatante, qu’avec du recul et de la maîtrise, il est possible de produire tout en préservant les ressources et l’environnement. Les plus avancés démontrent même que l’on peut envisager de régénérer des sols usés par l’agriculture conventionnelle et de gagner en productivité, voire en qualité des produits : l’AC ouvre aujourd’hui sur l’agriculture régénérative !

La troisième voie

Même si cela peut être irritant de voir certains reprendre nos principes et les interpréter de manière légèrement différente ; même si d’autres s’accaparent un peu rapidement nos innovations pour en faire leurs solutions, c’est plutôt gratifiant de constater, qu’en tant que puissant laboratoire agronomique, les réseaux AC ont développé depuis 20 ans, des approches qui font écho mais surtout une panoplie de pratiques et d’innovations dans lesquelles toutes les autres agricultures peuvent venir puiser. Comme dans les champs où la diversité est une règle, il faut accepter ici cette forme de reprise et de divergence d’idées qui ne sont plus en opposition mais en accompagnement et en diffusion. Il faut même saluer et encourager ce changement radical de positionnement qui va permettre enfin l’émergence de l’AC comme la troisième voie.

Autre aspect et non des moindres : l’AC véhicule une ambiance positive et plutôt non clivante aujourd’hui. Elle laisse du champ à tous, quels que soit ses objectifs, ses contraintes et ses moyens d’investir dans cette direction, sans grands risques. Face à la morosité économique mais surtout le manque de solutions, avec le sentiment que l’on arrive au bout d’un cycle, l’AC véhicule vraiment des perspectives pour beaucoup. Enfin cet engouement est contagieux ; il ne touche pas seulement les agriculteurs mais également les techniciens qui gravitent autour des exploitations jusqu’à la recherche et la formation, voire même certains représentants et politiques.

Leaders européens de l’AC, avec les Suisses

Pour toutes ces bonnes raisons mais surtout sa cohérence agronomique, économique et environnementale, l’AC s’est aujourd’hui installée dans le paysage agricole. En complément, elle s’est construite sans aucune aide ni soutien mais seulement grâce à la vision et la volonté des pionniers, ce qui renforce d’autant plus sa cohérence. Enfin, elle continue à se développer de manière soutenue malgré la pression et les incertitudes qui pèsent sur le glyphosate. C’est une preuve supplémentaire de l’étendue de ses intérêts que de plus en plus d’agriculteurs ont bien compris et souhaitent intégrer malgré ce risque.
Ainsi il est clair qu’aujourd’hui, nous sommes devenus les leaders européens de l’AC et des approches « agroécologisantes » avec les Suisses, même si les surfaces en semis direct ne sont pas aussi développées qu’en Amérique (Nord et Sud). Nos collègues qui sont souvent restés bloqués sur une forme de « non-labour économique », nous regardent et même nous envient, tout en intégrant certaines de nos idées.

"Remue-méninges" agroécologique

En complément, l’Agriculture de Conservation n’est pas un « modèle » même si au départ elle s’appuie sur le non-labour, la couverture des sols et la diversité des cultures qui étaient et restent ses piliers. Il s’agit aujourd’hui plutôt d’une dynamique et d’un mode de pensée globale qui, plutôt que d’interdire et restreindre, ouvrent sur de multiples idées et opportunités. Ainsi, elle ne débouche surtout pas sur de nouveaux standards figés mais essaime sa diversité d’approches avec toujours pour objectif de laisser faire le plus possible la nature, lorsque c’est possible, dans sa quête d’efficacité et de résilience. C’est ainsi sa transversalité qui lui permet d’apporter de nouvelles idées en productions industrielles comme la pomme de terre, en élevage mais aussi en viticulture, voire en maraîchage qui, en retour, viennent nourrir de leurs connaissances et réflexions ce gigantesque « remue-méninges » agroécologique. Même si l’on s’appuie sur des machines, de l’engrais et des semences et pour beaucoup encore des phytos, l’intrant majeur de l’AC est dans l’approche globale, la construction et le pilotage de systèmes, tout en gérant des transitions pas toujours évidentes à franchir. à ce niveau, il est clair que la recherche et l’accompagnement plutôt que le conseil vont retrouver, eux aussi, des places stratégiques dans ce bouleversement qui est en route.

Ne surtout pas opposer les modèles de production

Si l’on fait un peu de prospective, il est clair que dans 10 à 20 ans, 15 à 20 % de la production sera réalisée en AB pour des marchés spécifiques. Les pratiques AC actuelles pourraient couvrir entre 50 et 60 % du reste avec encore, une part de conventionnel pour les situations spécifiques où il n’y a toujours pas de solutions. Si l’on souhaite capitaliser sur cette position et cette spécificité mais surtout conserver une agriculture française performante, il ne faut surtout pas se laisser entraîner à opposer les modèles de production. Au contraire, il faut plutôt les rendre complémentaires et permettre le maximum d’hybridation. Toutes les agricultures doivent s’inspirer d’approches voisines et continuer de progresser globalement vers plus d’agroécologie afin d’améliorer leur performance tout en renforçant celle des autres. Ce pragmatisme est le seul moyen de traverser cette période compliquée et proposer un vrai avenir à l’agriculture française et européenne, tout en développant sa résilience.


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