L’azote en TCS, beaucoup de bénéfices mais une gestion à adapter

Frédéric Thomas, TCS n°44 - septembre / octobre 2007 -

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L’azote qui est devenu un intrant majeur de nos systèmes agricoles représente un coût en forte progression puisque sa synthèse comme son transport sont très liés au prix de l’énergie. À l’autre extrémité, on en retrouve de grandes quantités dans l’environnement : il s’agit là d’un risque majeur mais aussi d’un gaspillage qui illustre un manque de cohérence au niveau de la gestion de la fertilisation mais surtout de la fertilité des sols. À ce titre, la minimisation du travail du sol, à plus forte raison lorsqu’elle est combinée à des couverts végétaux agressifs, peut réduire favorablement voire endiguer ces fuites. Si cette conservation et cette meilleure circulation à terme dans les systèmes permet d’envisager des économies, la gestion de l’azote est beaucoup plus complexe qu’un simple bilan et demande une adaptation spécifique aux TCS et semis direct.

La fertilisation azotée c’est de l’énergie puisqu’il faut environ un litre de pétrole pour synthétiser un kg de N. Alors rien de surprenant si son prix suit celui du « brut » et qu’elle représente près de 50 % de la consommation énergétique de la « ferme France ». Ainsi et rien qu’en matière de bilan énergétique, économiser, mieux valoriser et recycler l’azote présent dans les systèmes agricoles est un gage d’économie importante aujourd’hui et encore plus demain avec la raréfaction des ressources. Ce gaspillage se retrouve en bout de chaîne dans l’eau de surface comme dans les nappes où l’azote devient nitrate, un polluant très suivi qui peut être la cause de perturbations environnementales plus ou moins importantes comme les algues vertes sur les plages bretonnes. Il s’agit d’un sujet médiatisé qui fait couler beaucoup d’encre, qui risque de coûter cher à la société sans tenir compte des nouvelles contraintes de production imposées en retour aux agriculteurs. Enfin, ce gaspillage de l’azote, qui est pourtant un élément essentiel de la vie et de la croissance végétale, a des impacts plus globaux au niveau du réchauffement climatique avec l’énergie utilisée mais également les rejets de NOx, un autre gaz à effet de serre. Ainsi pour endiguer ces fuites et mieux conserver et circuler l’azote dans les systèmes agricoles, il est nécessaire de dépasser la seule notion un peu trop simpliste de dose/ha où seule la maîtrise de la source qu’il s’agisse de l’engrais ou des effluents d’élevage est évoquée comme solution. Il faut absolument intégrer la dimension sol qui est, quoique l’on pense, un réservoir sous-estimé et un filtre efficace à partir du moment où on préserve et développe son organisationstructurale et son activité biologique. Enfin et comme l’azote dans le sol possède un lien privilégié avec le carbone, la croissancedu taux de matière organique, ou en d’autres termes la séquestrationdu carbone dans les sols conduits en agriculture de conservation, s’accompagne automatiquement d’une immobilisation de quantités relativement importantes d’azote (50 à 70 kg/t de MO) qui peuvent dans les premières années aller jusqu’à pénaliser les cultures. Une gestion adaptée aux TCS et SD et modulable dans le temps est donc nécessaire associé à des outils simples de suivi.

Réduire le travail du sol ralentit la minéralisation

Le travail du sol ne met pas seulement les résidus au contact du sol, mais en oxygénant le profil, il accélère la minéralisation des matières organiques. Le CO2 repart ainsi dans l’atmosphère et les éléments minéraux, dont l’azote, sont mis à disposition des plantes. Le travail du sol est donc un moyen non négligeable d’enrichir le profil en puisant dans le stock organique. De plus, en bouleversant l’organisation du milieu de vie d’une myriade d’organismes, selon les conditions climatiques, nombreux sont ceux qui meurent et fournissent en se décomposant encore plus d’éléments minéraux et d’azote. L’intensité de ce relarguage est fonction de l’intensité et de la profondeur des interventions, du niveau organique et biologique du sol et des conditions climatiques au moment du travail. Elle peut être minime comme en TCS superficielles, ou elle peut atteindre facilement 50 voire plus de 100 kg/ha dans le cas d’un labour avec reprise. Cette libération est d’ailleurs à son apogée lors de retournement de prairies où les sols peuvent minéraliser en une saison culturale entre 300 et 400 kg de N/ha, alors que celle-ci est presque divisée par deux lorsque la prairie est détruite chimiquement ou par un travail de surface. Les TCS, en ralentissant la minéralisation de la matière organique et la libération d’azote minéral, sont donc un moyen efficace pour limiter le lessivage surtout lorsqu’il s’agit de travail du sol avant une culture d’automne qui ne pourra jamais mobiliser l’ensemble de l’azote mis à sa disposition. Cet impact est d’ailleurs tellement efficace que dans certains cas, surtout en semis direct, l’azote présent dans le profil peut même devenir un facteur limitant. On comprend ainsi pourquoi les cultures démarrent en général moins vite en TCS et SD, les sols sont plus frais, plus humides, moins bien structurés, soit, mais contiennent également beaucoup moins d’éléments disponibles et entre autres de l’azote au moment de l’implantation. Ce phénomène peut se trouver amplifié par la présence et la conservation de résidus à la surface du sol. En fait l’arrivée de matériaux organiques avec un niveau de C/N élevé entraîne le développement d’une activité biologique de décomposition qui, pour se développer, va immobiliser des quantités d’azote non négligeables. Par exemple, pour attaquer des pailles de blé, les micro-organismes vont mobiliser environ 12 à 15 U de N/t de paille Cette mobilisation est d’autant plus brutale voire préjudiciable sur la culture suivante si les résidus sont finement broyés et légèrement incorporés, bien qu’elle puisse être en partie compensée par la minéralisation déclenchée par le travail de surface en TCS. Cet effet sera par contre ralenti en SD où les résidus déposés sur le sol subissent une évolution beaucoup plus lente avant d’être décomposés mais au final amplifié par l’absence de travail et donc de minéralisation. Ainsi en modifiant les processus de minéralisation – immobilisation, les TCS et le SD vont permettre de limiter le lessivage en accumulant de l’azote en association au carbone dans la matière organique du sol. Si ceciest positif pour l’environnement, la gestion de la fertilisation azotée devient cependant plus complexe.

Un sol organisé retient mieux l’azote

La réduction de la minéralisation par la simplification du travail du sol n’est qu’un élément du puzzle car l’organisation de la structure peut jouer également un rôle important dans la conservation de l’azote dans le profil. En effet le concept de « lame drainante » qui correspond à la descente ni plus ni moins de l’ensemble de la solution du sol sous la pression de la pluviométrie automnale ne fonctionne pas de la même manière dans un sol qui n’est pas bouleversé et dont la structure est organisée en réseaux de galeries, passages racinaires et fissures connectés entre eux avec une orientation verticale et sur toute la profondeur du profil. Ainsi cette architecture, qui permet d’absorber rapidement de plus grandes quantités d’eau, possède, grâce à la macroporosité, des voies d’évacuation rapides de l’eau vers les couches profondes qui va en descendant dans le profil imbiber les zones asséchées sans vraiment entraîner la solution du sol et donc l’azote comme d’autres éléments minéraux qui se trouvent protégés dans la micro-porosité de la matrice du sol. Par contre, ce type d’organisation peut occasionnellement favoriser des fuites et du lessivage si des apports d’engrais sont réalisés juste avant une grosse pluie. il convient donc d’être prudent et de travailler en fonction de la météo ce qui est en général plus facile avec les gains de portance. Même si dans un premier temps, un sol en TCS et SD peut se retrouver avec moins d’azote par le ralentissement de la minéralisation, il le conserve beaucoup mieux dans le temps.

Recycler l’azote avec les couverts végétaux

Il est nullement besoin ici de redémontrer l’intérêt des Cipan (cultures intermédiaires pièges à nitrates) qu’il faudrait mieux appeler Cira (cultures intermédiaires recycleurs d’azote). La fonction et l’impact environnemental sont identiques mais dans le second cas l’agriculteur y verra plus directement son intérêt. En complément et comme le montrent les résultats de la plateforme de Thibie (51), la minimisation voire la réduction drastique de la fertilisation sur les cultures principales (- 35 %), à partir du moment où les doses sont en accord avec les objectifs de rendement, n’a qu’un faible impact sur le chargement en nitrate des eaux de percolation. C’est par contre la minéralisation de la fin de l’été et de l’automne, qui, en rechargeant le profil, amplifie ce risque. C’est donc le positionnement systématique de couverts, même lors d’intercultures courtes, qui est, sans conteste, le meilleur moyen de recycler les reliquats postrécolte et l’azote produit par le sol pendant l’interculture. Cette pratique autorise même et sans risque pour l’environnement une légère surfertilisation de la culture. Par contre, l’ensemble de l’azote absorbé ne sera pas restitué sur la culture suivante, loin de là, mais sera capitalisé sous une forme de PEA (plan d’épargne en azote). En fait, la vitesse de relarguage est très dépendante de la composition et surtout du C/N de la matière organique. Plus celui-ci sera faible (plantes jeunes, légumineuses et une majorité de dicotylédones), plus vite les résidus se décomposeront et retourneront les éléments, et entre autres l’azote, qui les constituent. Inversement plus les plantes seront développées et ligneuses (graminées, tiges de moutarde), plus les éléments seront stockés et restitués lentement. Il faut enfin noter ici que le retour d’un couvert est également lié au mode de destruction et d’incorporation, si elle existe, comme à la date de destruction. Si le couvert est stoppé tardivement et proche ou même lors de l’implantation culture, il aura mobilisé de l’azote jusqu’au dernier moment, azote qui ne sera plus disponible pour les jeunes plantules et rarement pour la culture. Si cette situation se rencontre de temps en temps sur des cultures de printemps où il est préférable de détruire le couvert vers la fin de l’hiver afin de laisser le profil légèrement se recharger en azote, il est également possible de trouver la même situation en automne dans le cas de semis direct sur couvert. Ici, encore une fois, le mélange de couverts apporte de la sécurité en autorisant la production de beaucoup plus de biomasse avec des plantes à C/N très différents. Ainsi certains résidus ou parties peuvent, en se décomposant très rapidement, subvenir aux besoins précoces puis seront relayés dans le temps par la décomposition d’autres plantes. De cette manière, avec un mélange de type « biomax » le relarguage sera plus étalé et diffus, évitant de surcroît les risques de faim d’azote tout en accompagnant beaucoup mieux les besoins des plantes dans le temps. Même s’il convient d’être prudent dans le choix des couverts, la période et le mode de destruction et qu’il peut être concevable de rechercher le maximum de transfert sur la culture suivante (concept engrais vert), en agriculture de conservation, il paraît plus logique de rechercher des plantes plus développées, malgré un C/N plus élevé, pour remplir au mieux les autres objectifs du couvert (structuration, alimentation de l’activité biologique, gestion du salissement…). Ces dernières risquent d’être d’ailleurs encore plus efficaces dans le recyclage de l’azote comme de beaucoup d’autres éléments minéraux mais ceux-ci serontcependant relargués plus lentement. Dans ce cas, il faudra capitaliser les arrière-effets de ces couverts qui peuvent s’échelonner sur 3 à 5 ans. Cependant et avec suffisamment de recul, ils permettront d’assurer un retour permanent compensant largement ce qui a été prélevé par le couvert de l’année. Ce retour équilibrera voire améliorera les fournitures du sol d’autant plus rapidement que les pertes par lessivage étaient importantes avant la mise en place de cette nouvelle stratégie.

Produire et recycler de l’azote

Contrairement à ce que l’on peut percevoir, une culture légumineuse en comparaison d’un couvert n’enrichit pas le système en azote à partir du moment où les grains sont exportés hors de l’exploitation. En fait, la majorité de l’azote produite par les nodosités mais également par une partie de la minéralisation du sol se trouve prélevée : le bonus vient plutôt du faible niveau de résidus aux C/N bas qui n’entraînent pas de remobilisation contrairement à des pailles de céréales. Dans ce même ordre d’idées, ces cultures ne sont pas non plus très efficaces pour reconstruire de la matière organique et sont plutôt considérées comme des déstockeurs. Cependant, et outre l’ouverture qu’elles fournissent en matière de gestion du salissement et malgré une rentabilité souvent limite, ces cultures apportent souvent un gain de rendement dans les rotations TCS et SD notamment en favorisant un meilleur recyclage de l’azote. Il est aussi possible et certainement plus facile de placer des légumineuses dans les couverts lorsque celles-ci ne sont pas interdites dans les intercultures longues et certainement dans les intercultures courtes où il n’existe aucune obligation ni réglementation. Il est ainsi possible de mobiliser une partie de l’azote du sol tout en produisant de manière autonome et gratuitement des kg d’azote qui meilleure astuce avec une combinaison de non-légumineuses qui prélèveront rapidement l’azote présent et minéralisé par le sol tout en obligeant les légumineuses à s’autofournir et donc synthétiser plus d’azote. Au bilan : aucun risque de perte, plus d’azote dans le pool organique, moins de risque de faim d’azote et une biomasse au C/N varié pour un relarguage diffus.

Évolution dans le temps

Comme on vient de le voir, le passage aux TCS et SD va modifier plusieurs paramètres au niveau de la fourniture du sol, amplifiés avec l’introduction des couverts végétaux. Cependant, cet impact va également évoluer dans le temps pour atteindre, au bout de 10 à 15 ans, un nouveau point d’équilibre. En fait dans un premier temps, le système passe par une phase d’accumulation. L’azote n’est pas perdu mais stocké et risque d’être moins disponible. Il est d’ailleurs souvent nécessaire de légèrement surfertiliser les cultures pendant cette période. Ensuite, le bilan entre les entrées et les sorties commence à s’équilibrer permettant de revenir à une fertilisation classique tout du moins en termes de quantité. Enfin, la conservation de l’ensemble de l’azote, qui était initialement perdu par lessivage additionné de l’azote produit par les légumineuses en couverts, augmente progressivement le volume stocké dans la matière organique facilement minéralisable (labile) se traduisant par une augmentation des fournitures du sol. Cette croissance du « volant d’autofertilité » se poursuivra enfin jusqu’à l’atteinte d’un équilibre entre la minéralisation autonome d’un stock beaucoup plus important et les remobilisations par les cultures et les couverts. Ce niveau d’autofertilité sera d’autant plus grand que le volume de matière organique en circulation lié aux rendements des cultures, à la biomasse des couverts et aux apports éventuels d’effluents d’élevage ou autres produits organiques est important. Si ces différentes phases sont inévitables, elles seront plus ou moins marquées et plus ou moins longues en fonction du type de sol, du niveau organique initial et de l’intensité de changement de pratiques. En d’autres termes, plus le sol possédera à l’avance un bon niveau d’autofertilité comme dans les zones d’élevage et sera superficiel avec un risque important de lessivage, plus le redressement de sa fertilité sera rapide. Ce sera par contre plus long et avec plus de risque de pénalités pour les secteurs céréaliers où les sols sont profonds avec un statut organique assez bas.

Développer le volant d’autofertilité

Le sol est une ressource cachée en azote qui, contrairement aux 2 ou 3 apports sur les cultures, fournit en permanence de l’azote grâce au travail de l’activité biologique. Il est donc judicieux de développer cette ressource autonome, ce volant d’autofertilité qui est source d’économies potentielles comme de réductions de pressions environnementales. L’idée est de s’approcher de systèmes naturels comme la forêt ou la prairie qui sont, grâce à ces scénarios de recyclage permanent, capables de produire annuellement de gros volumes de biomasse sans apport extérieur et donc sans perte. Dans le cas de production céréalière, la fertilisation conventionnelle ne devrait être nécessaire que pour compléter, et d’une certaine manière combler, comme avec les autres éléments, les exportations. Cette approche qui s’appuie autant sur la notion de flux que de quantités permet, au travers du sol, de mieux absorber les à-coups et beaucoup plus accompagner et répondre aux besoins des plantes lorsque le système est en place. Ainsi et quelles que soient les conditions climatiques et donc les variations de rendement, il est possible d’accéder à de très bons rendements voire exceptionnels sans risque de sous-fertilisation puisque le sol sera capable de puiser dans son autofertilité pour subvenir assez facilement aux besoins supplémentaires de la culture. C’est aussi et en partie pour cette raison que de nombreux TCSistes remarquent que leurs taux de protéine tendent à augmenter. Effectivement en mai et juin, le besoin des céréales est très lié aux conditions climatiques. S’il fait chaud et sec, la croissance est ralentie et les besoins en azote faibles alors que s’il fait chaud et humide, la demande est plus forte comme la minéralisation, si le pool organique fonctionne bien. Ainsi le dernier apport, qui est un coût non négligeable et comporte toujours un risque, est beaucoup moins justifié. Enfin cette approche de gestion de la fertilisation azotée, qui redonne au sol sa place première avec non seulement une fourniture plus importante d’azote mais aussi une alimentation plus large et plus équilibrée, débouche, en plus des augmentations de rendements potentiels, sur des cultures plus résistantes à la verse et aux maladies autorisant des économies supplémentaires de raccourcisseurs comme de fongicides.

Évaluer et suivre l’évolution du sol

Comme ce dossier le montre la gestion de l’azote, au vu des différents éléments pouvant influer sur sa mobilisation comme sur sa libération, est beaucoup plus compliquée que la réalisation de reliquats au printemps prolongé par un plan de fertilisation établi selon des modèles. Pour gérer au mieux l’azote en TCS et semis direct, il n’y a donc pas de recettes tout établies. Comme en conventionnel, la technique des bandes double densité (BDD) reste un excellent moyen de visualiser, même si les observations peuvent être quelquefois subjectives, avec un peu d’anticipation, les premiers besoins en azote afin d’éviter tout stress au niveau de la culture. Cependant, cette pratique assez facile à mettre en œuvre sur les céréales d’hiver doit être complétée par des témoins afin de vraiment mesurer la fourniture du sol en fonction du contexte pédo-climatique, du mode de travail ou plutôt de non-travail du sol, du recul TCS et couverts végétaux. Ces mesures, qui donneront des résultats différents selon les années, les cultures, l’évolution du sol et surtout la climatologie, sont mieux que n’importe quelle analyse poussée ; le seul moyen de connaître réellement l’autofertilité de ses parcelles afin de mieux caler les niveaux de fertilisation mais aussi suivre leur progression dans le temps. À ce titre, ce sont généralement les cultures d’été comme le maïs, le tournesol ou la betterave qui permettront avantles cultures d’hiver de visualiser les gains d’autofertilité puisque l’activité biologique est généralement beaucoup plus active pendant toute leur période de croissance. En complément, cette bande non fertilisée peut être complétée par une bande surfertilisée (+10 à 25 %) afin de voir si l’azote, à cause d’une plus grande mobilisation mais aussi une plus faible minéralisation, n’est pas un facteur limitant.

Gérer différemment la fertilisation

Comme nous venons de le voir, il faut considérer la méthode des bilans comme seulement une indication qui manque de beaucoup de précision et qui est peu adaptée aux TCS et surtout au semis direct sous couvert. Ainsi, les quantités d’azote restituées par le sol peuvent varier de manière importante en fonction de l’autofertilité du sol au départ, du mode de simplification mais également du recul. La fertilisation azotée est donc, surtout en période de transition, un poste qu’il ne faut surtout pas négliger avec souvent un besoin de surfertilisation au départ pour compenser la réduction de la minéralisation conséquente à la suppression du travail du sol. Ensuite, les doses vont se rapprocher et tendre rapidement vers celles pratiquées en conventionnel avant d’accéder réellement à des économies qui peuvent à terme être importantes surtout sur cultures d’été. Au-delà de cet aspect quantité et si le sol en général accompagne mieux la plante pendant les stades de forte croissance comme en fin de cycle qui correspondent souvent aux périodes où l’activité biologique est à son optimum, les risques de carences surviennent plus souvent lors des premiers stades, en début de végétation. Ainsi et même s’il peut être judicieux, en culture de printemps et surtout d’été, de réduire la dose globale, une anticipation avant ou au semis et/ou une localisation semble les meilleures stratégies afin de booster la culture au démarrage avant que le sol ne prenne le relais. La situation est cependant différente avec les cultures d’hiver où la localisation peut aussi être intéressante pour les semis tardifs avec des couverts très développés. Par contre, au printemps et après les premières années, le volant d’autofertilité couvre facilement les premiers besoins malgré une faible minéralisation. Ainsi, le premier apport, souvent mal valorisé, peut être éliminé et l’on se dirige vers l’apport unique (cf. encadré). Adapter la rotation Le principal souci dans la gestion de la fertilisation en TCS et SD est dû au fait que l’azote disponible dans le sol va premièrement servir à la dégradation des résidus au travers des processus d’humification sans avoir l’apport induit par un travail du sol. Ainsi, la notion de précédent est, aussi à ce niveau, un critère important où il est intéressant, pour limiter les risques comme mieux gérer l’azote, de positionner des plantes nitrophiles derrière des plantes qui laissent de grandes quantités d’azote et des résidus à C/N moyen à faible et inversement. À ce titre, les implantations de colza sur précédent légumineuses,une idée que nous avons lancée il y a quelques années, est un très bon exemple qui permet de valoriser directement l’azote résiduel sans passer par l’intermédiaire d’un couvert qui va ralentir le recyclage tout en étant, un coût supplémentaire (implantation, semence et destruction). C’est en partie, pour la même raison, que des pois ou une orge de printemps vont bien derrière maïs et que les céréales à pailles d’automne se portent mieux derrière colza, pois ou betterave lorsque la structure a été respectée à la récolte.

En TCS et semis direct, les légumineuses sont d’autant plus importantes et profitables dans les rotations qu’elles apportent de l’azote « frais » et permettent souvent de lever les pénalités créées par le freinage de la minéralisation. Leur effet sera d’autant plus visible que les autres cultures sont principalement des pailles à C/N élevé et elles sont d’autant plus favorables que cet azote qui n’est pas gaspillé par un travail inapproprié du sol à l’automne est colporté sur les cultures suivantes par un couvert. Ainsi en TCS et SD, le raisonnement de la fertilisation azotée ne doit pas se réfléchir seulement à l’année mais au travers de l’ensemble des successions de cultures principales et d’intercultures composant la rotation. Également et pour plus d’équité entre les cultures, la charge de fertilisation devrait aussi être globalisée et ramenée à une moyenne annuelle.

Le cas des effluents d’élevage

Comme nous l’avons déjà souligné, la présence de l’élevage et surtout des effluents qu’il produit est un avantage majeur pour contourner le souci de mobilisation de l’azote dans un premier temps puisque les sols qui reçoivent régulièrement des apports organiques possèdent souvent un volant d’autofertilité supérieur. En complément, l’azote contenu dans les apports organiques est souvent sousévalué et surtout ses arrière-effets. Enfin, la suppression du travail profond à l’automne et le positionnement de couverts dans ces systèmes permettent de recycler de grandes quantités d’azote souvent lessivées auparavant, venant gonfler rapidement le pool azoté. Par contre et pour mieux valoriser les produits organiques, il semblerait, au moins pour les plus solides, qu’il soit judicieux de les positionner à l’automne (fin septembre début octobre) dans un couvert développé plutôt qu’au printemps avant un maïs. Cette approche permet de limiter les risques de volatilisation (plus forte humidité et moins de vent dans le couvert) et de perte par lessivage (les plantes en place avec un enracinement profond vont capter l’azote soluble), de favoriser l’évolution du produit par l’activité biologique au cours de l’hiver pour une meilleure valorisation par la culture suivante, de doper le couvert comme l’activité biologique pour l’élaboration d’une meilleure structure, d’éviter les soucis de compaction (le sol est toujours moins humide en profondeur à l’automne surtout sur un couvert qu’au printemps) qui seront de toute manière réparés dans l’hiver par l’activité biologique et de supprimer un travail d’incorporation pas toujours favorable au printemps. En d’autres termes et comme la prédictibilité de minéralisation des produits organiques est très aléatoire, il semble préférable de les considérer comme des amendements afin de développer le volant d’autofertilité, plutôt que de les considérer comme des engrais.

Enfin, l’objectif ici est, encore une fois, de mettre en place des modes de gestion qui permettent, en limitant toutes les formes de pertes (volatilisation comme lessivage), de valoriser le plus efficacement l’azote qui sort des élevages pour une production céréalière plus économe et autonome.

La gestion de l’azote avec des fournitures du sol influencées par de nombreux éléments dont l’intensité de travail du sol et l’intégration des couverts est loin d’être aussi simple et mathématique qu’elle est généralement présentée. Bien que plus complexe, la meilleure connaissance et compréhension des processus et surtout l’intégration de la qualité du sol, comme filtre en favorisant l’activité biologique et la matière organique afin d’améliorer le stockage et la redistribution de l’azote tout en développant l’autofertilité pour couvrir une bonne partie des besoins et mieux accompagner les cultures,est une source complémentaire d’économie et de forte diminution de la pression environnementale. De plus, des sols qui conservent beaucoup mieux l’azote dans le profil donnent plus de souplesse dans la gestion des apports d’engrais comme des épandages de produits organiques avec à la clé des économies supplémentaires. Enfin, les légumineuses judicieusement positionnées dans les cultures comme les couverts peuvent aider à lever les difficultés liées à la réorganisation de l’azote lors des périodes de transition comme déboucher sur encore plus d’autonomie.


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