Comment couvrir l’interculture courte d’hiver ?

Frédéric Thomas - TCS n°54 ; septembre / octobre 2009 -



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L’implantation d’un couvert après une céréale et avant une culture de printemps, qui est en train d’être imposée et vécue comme une contrainte par la majorité des agriculteurs, est aujourd’hui une approche largement admise en TCS et SD pour ses bénéfices en matière de recyclage et production de fertilité mais aussi de structuration du sol. Cependant, la couverture de l’interculture d’hiver entre deux maïs, un maïs ou une betterave et un pois, une orge de printemps ou un tournesol pose plus de difficulté car le moment du semis et la période où le couvert est présent sont peu favorables à l’installation et au développement d’une végétation imposante. En opposition, laisser le sol nu pendant cette période relativement longue, alors que le climat est agressif, ne semble pas la meilleure solution. Avec un peu de recul, des TCSistes avant-gardistes commencent à explorer des pistes qui semblent intéressantes : voici l’état des connaissances sur ce sujet.

L’interculture d’hiver, entre deux maïs par exemple, même si elle ne se situe pas à une époque propice à la végétation est une interculture relativement longue : entre 5 et 6 mois en moyenne. De plus, c’est pendant cette période que le climat est le plus agressif avec la pluie, le froid et le vent. Bien entendu beaucoup argumentent que les résidus laissés ou mulchés en surface apportent suffisamment de protection, ce qui est vrai. Ils ne remplaceront cependant jamais un couvert vivant qui peut être très complémentaire. Cette approche « couverture d’hiver » est peut-être une solution pour ceux qui, à cause de l’aridité de l’été ou pour des questions de gestion de salissement, ont des difficultés à implanter tôt leurs couverts avant culture de printemps. Pour des raisons de coût, de simplicité mais aussi d’adaptabilité aux contraintes hivernales, c’est l’avoine ou le seigle qui sont les plantes les plus utilisées avec des développements et des biomasses sortie hiver très aléatoires en fonction des années. De plus et pour éviter toute préhension d’azote mais aussi consommation d’eau, il est généralement conseillé de détruire ces couverts pendant ou juste à la sortie de l’hiver avant la reprise de végétation limitant de fait leur impact sur le sol et la fertilité.

Laisser le couvert se développer au printemps

Cependant, détruire le couvert au printemps c’est se priver d’une période de forte croissance à cette époque où en l’espace d’un mois il peut facilement produire 2 à 4 t de MS/ha et vraiment apporter un vrai retour sur investissement. C’est aussi pendant cette même période que certains sols, même après une couverture hivernale, peuvent se reprendre en masse en surface avec l’assèchement trop rapide du mois de mars-avril et devenir assez durs à semer. C’est donc en partie pour ces raisons que certains TCSistes tentent depuis quelques années de laisser le couvert se développer plus longtemps au printemps pour aller jusqu’au semis dans un couvert « vert » ou tout juste détruit. L’objectif n’est donc plus de faire pousser un couvert à l’automne et pendant l’hiver mais d’implanter un couvert qui doit passer l’hiver et se développer au printemps sans être restrictif pour la culture à mettre en place.

Bien qu’adaptée, l’utilisation de graminées très agressives sur l’eau et l’azote n’est certainement pas le choix le plus facile pour ce type d’approche. Strip-tiller et/ou positionner une bonne fertilisation starter pour couvrir les besoins précoces dans un sol vidé de son azote sera un moyen indispensable pour sécuriser un bon démarrage. Les couverts de dicotylédones et surtout à base de légumineuses semblent beaucoup plus convenir à ce type d’itinéraire d’autant plus qu’ils sont les meilleurs précédents pour la majorité des cultures de printemps. De plus, ce type de plantes est en général moins consommateur d’eau avec une densité racinaire de surface plus faible mais qui procure un sol assez friable pour un semis de qualité. Enfin, les quelques mesures qui ont été réalisées montrent que l’on assiste à une libération rapide et assez conséquente d’azote dans les jours qui suivent la destruction de la légumineuse. Cet azote qui est certainement et en grande partie issue de l’effondrement de l’intense activité biologique vivant en symbiose avec la plante, arrive cependant à point nommé comme engrais starter pour un démarrage rapide et sans restriction de la culture.

Des risques d’assèchement du profil

Au delà de l’azote, le prolongement du couvert fait craindre la consommation des réserves en eau pour la culture qui suit. Si c’est un risque avéré à considérer sérieusement, il faut aussi intégrer qu’un couvert peut à l’inverse être efficace pour consommer de l’eau en excès à cette époque et autoriser un semis plus rapide et dans de meilleures conditions. De plus, la biomasse produite fournira une couverture beaucoup plus importante limitant de manière conséquente l’évaporation pendant la première partie de la culture tout en facilitant l’accueil et l’infiltration des pluies pendant cette même période. Ainsi et en raisonnant bilan, il n’est pas certain que garder un couvert vivant au printemps soit vraiment un risque en matière d’eau. Au contraire, c’est certainement un moyen astucieux de retirer rapidement et précocement une partie du « trop d’eau » dans le sol au printemps afin de faire rentrer de l’air et accélérer le réchauffement tout en préservant et favorisant le remplissage des réserves par la suite à une période où la culture en a vraiment besoin.

Le cas du pois et de l’orge de printemps

Pour ces cultures dont l’implantation est beaucoup plus précoce et qui comportent certaines contraintes spécifiques, le choix du bon couvert et sa gestion suscitent encore beaucoup de questions. Pour le pois, un couvert à base de graminées est en théorie logique, cependant cette légumineuse, qui n’est autonome en azote qu’à hauteur de 30 %, apprécie et prospère plus sur un sol enrichi en N libéré par un travail du sol qu’un profil appauvri par un couvert agressif. Trop de TCSistes et SDistes en ont fait la désagréable expérience. Faut-il continuer de détruire le couvert tôt dans l’hiver, utiliser du radis structurator qui gèle assez bien et semble relarguer rapidement les éléments qu’il a activement piégés ou tout simplement utiliser une autre légumineuse en pur ou en mélange ? Beaucoup d’interrogations et peu de certitudes, si ce n’est qu’il faut trouver le moyen de couvrir. Concernant l’orge de printemps, la contrainte est pratiquement inverse car si la légumineuse semble un choix judicieux, produire de l’azote avec un couvert c’est prendre le risque de se retrouver avec une surfertilisation et trop de protéines. Pour cette interculture et au regard des connaissances et des expériences que nous avons, il semble plus prudent de rester sur des couverts typés crucifères qui sont aussi de très bons précédents à céréales à paille, voire de les associer avec de la phacélie et/ou du lin, deux autres plantes qui sans faire de forte biomasse survivent bien l’hiver.

Pourquoi pas devenir opportuniste ?

Couvert ou culture ? Cette orientation de couverture hivernale peut enfin permettre d’être aussi opportuniste et si le couvert est correctement implanté, homogène et relativement propre au printemps, pourquoi pas le conduire jusqu’à la récolte ? Economiquement, la majorité des coûts sont engagés alors qu’il faut réinvestir et prendre à nouveau des risques pour la culture principale. Cette approche peut permettre de faire une partie des semences pour la saison prochaine en choisissant les meilleures parcelles. Enfin, c’est une possibilité d’ouverture de la rotation notamment avec des légumineuses d’hiver et d’expérimentation intéressante. Cependant, la réussite de ce type d’orientation exige des parcelles relativement propres pour ne pas avoir recours précocement à un désherbage et une implantation soignée.

Choisir des plantes plutôt favorables à la culture suivante et laisser le couvert se développer au printemps semble au regard de nos connaissances actuelles une piste qu’il faut considérer sérieusement. Outre amortir le coût d’installation par une bonne production de biomasse au printemps, la présence de légumineuses dans le mélange assure une production d’azote supplémentaire en attendant la culture. Bien que cette approche semble plus tendue au niveau de la gestion de la ressource en eau, il est important de raisonner de manière globale et faire le bilan entre les bénéfices et les risques. Il s’agit cependant d’une opportunité qu’il faut apprendre à maîtriser.

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