Dans le sillon du non-labour

Catherine Chapelle-Barry, Scees – Bureau des statistiques végétales et forestières, Agreste Primeur - février 2008

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Un tiers des grandes cultures semées en 2006 sans retournement des sols.

Le non-labour s’étend car il permet d’économiser du temps, de diminuer le coût des semis et de réduire l’érosion des sols. Il est plus pratiqué sur les cultures d’hiver que de printemps.

La mythique charrue va-t-elle à terme disparaître de nos campagnes ? Scénario difficile à imaginer et pourtant… Un tiers des cultures annuelles sont en 20061 implantées sans retournement préalable du sol. Une mini-révolution dans le travail du sol : le non-labour concernait seulement 21 % des surfaces en 2001. Cette pratique répond à des motivations multiples : gain de temps, économie d’énergie et protection des sols. Elle souffre aussi de nombreuses exceptions. Le non labour s’accommode mieux des cultures d’hiver que de printemps, se prête mal à la monoculture, et connaît des succès divers selon les régions. Son adoption est rarement définitive, de nombreux agriculteurs alternant selon les années non labour et retournement des sols sur une même parcelle. Le non labour progresse toutefois sur toutes les cultures, hormis le blé dur qui l’avait déjà majoritairement adopté en 2001. L’essor touche en premier lieu le blé tendre dont une petite moitié des semis sont désormais effectués sans retournement. On en comptait 25 % en 2001. Le colza est l’autre production massivement convertie au non labour en 2006.

Adopté dans les grandes exploitations

Non labour 2008En se passant du labour, les agriculteurs allègent leur charge de travail. Un élément important quand les superficies ne cessent de croître avec en plus une pénurie de main-d’oeuvre structurelle. Toutes cultures confondues, 58 % des surfaces ne sont pas labourées dans les e x p l o i t a t i o n s d e p l us de 400 hectares en 2006. Cette proportion passe à 74 % pour le blé tendre. L’intérêt du non labour augmente avec les cultures d’hiver comme les blés ou le colza, implantées quand les chantiers de récolte ne sont pas forcément tous terminés. Les disponibilités des agriculteurs sont en effet supérieures pour semer au printemps maïs, tournesol ou betterave. Ils disposent en moyenne d’un mois et demi entre la récolte du précédent et un semis de colza, de 8,5 mois pour la betterave et de 9 mois pour le tournesol. S’abstenir du labour, c’est aussi réaliser des économies. Économie de matériel dont les pièces s’usent moins. Et économie d’énergie immédiate : de 20 à 40 litres de fuel par hectare (voir Impact des techniques culturales sans labour pour l’environnement) lorsque la terre n’est pas retournée. Autre avantage du non labour : la réduction de l’érosion. Non seulement le risque diminue dans les sols en pente avec la suppression du retournement des champs. Mais le non-labour protège aussi de l’érosion pluviale grâce aux résidus de culture laissés en surface. Pour encore plus d’efficacité, les adeptes du non-labour ont plus souvent que les autres recours à des couverts intermédiaires. Ces semis, placés entre deux cultures, ont toute leur utilité sur les cultures de printemps qui laissent les sols nus pendant une longue période. Placés dans une région à forts risques d’érosion, les agriculteurs de Midi- Pyrénées ont été des précurseurs du non-labour. Ils le pratiquaient déjà en 2001, et l’adoptent aujourd’hui sur 85 % des superficies de blé dur et à 76 % pour le blé tendre. Ce choix est loin d’être uniforme sur tout le territoire. Pour le blé tendre, des réticences persistent en Alsace, Bretagne, Normandie et en Rhône-Alpes. Des disparités régionales existent aussi pour le blé dur, avec une extension du non-labour en région Centre, un maintien en Languedoc- Roussillon et en Midi-Pyrénées, un recul en Provence- Alpes-Côte d’Azur.

Déconseillé en monoculture

La répétition d’une culture sur la même parcelle s’accommode mal du non-labour. Sans retournement des sols, les résidus de culture restent en surface et favorisent la transmission de maladies fongiques sur le blé. Moins de 30 % des surfaces en blé dur sont ensemencées sans labour quand elles succèdent à un autre blé. La proportion est de 58 % pour l’ensemble du blé dur, et passe à 88 % dans une succession tournesol-blé dur. Le résultat se retrouve sur le blé tendre. Le non-labour est de même peu utilisé sur le maïs souvent produit sans rotation culturale. Le broyage et l’enfouissement par le labour des restes de récolte constituent en effet une des meilleures solutions de lutte contre la pyrale. Seules 8 % des cultures demaïs sont ensemencées sans retournement des sols en Alsace, haut lieu de la monoculture du maïs. Ce taux recule depuis 2001. En Aquitaine et Midi Pyrénées, deux zones de monoculture, 21 % des surfaces en maïs ne sont pas retournées. Mais la pression parasitaire de la pyrale y est peu élevée. Le non-labour concerne 25 % du maïs en Bretagne, une région où les semis de maïs sont rarement répétés sur les mêmes parcelles. C’est plus qu’en 2001.

Un peu plus d’herbicides

Corollaire du non-labour : une augmentation des mauvaises herbes, qui germent plus facilement faute d’un enfouissement profond des graines d’adventices. La suppression du labour peut favoriser les vivaces dans les régions humides. Les agriculteurs y remédient par un recours plus fréquent aux herbicides. On dénombre, en moyenne et toutes cultures confondues, 0,3 passage supplémentaire avec un herbicide par rapport aux agriculteurs labourant les sols. Cet écart est de 0,3 passage pour le blé tendre et 0,7 pour le colza. L’utilisation de la chimie s’accentue quand le non-labour se perpétue dans le temps. Ne jamais labourer de 2001 à 2006 signifie en moyenne un passage d’herbicides en plus pour une culture de colza. Alternative aux herbicides : le désherbage mécanique demeure l’exception. Il concerne 7 % des cultures annuelles en 2006, et à peine plus en non-labour car il est coûteux à mettre en œuvre. Autre solution pour lutter contre les mauvaises herbes : la gestion de la rotation. En alternant cultures d’hiver et de printemps, graminées et dicotylédones, on coupe le cycle de certaines adventices. C’est une des difficultés des producteurs d’orge ui ne labourent pas leur sol : 90 % de la culture est précédée d’une autre graminée.

Réticences

Non labour en France 2008Une des limites du non-labour tient à ce qu’il est peu adapté à certaines cultures. Il rend plus délicat l’enracinement du tournesol, culture au cycle estival. Ce qui peut nuire à sa qualité et à son rendement. Ainsi en Midi-Pyrénées, région adepte du non labour pour le blé tendre et le blé dur, les agriculteurs ne l’utilisent que sur 28 % des surfaces en tournesol. L’enracinement des betteraves à sucre peut être plus risqué en l’absence de labour. Conséquence, la charrue ne reste au hangar que pour le quart de cette culture en Champagne-Ardenne soit deux fois moins souvent que pour le blé tendre. Le non-labour n’est surtout pas une technique exclusive. Quand les agriculteurs l’adoptent sur une parcelle, ils reviennent certaines années au retournement des sols. Si 34 % des surfaces sont dispensées de labour en 2006, seules 11 % n’ont jamais été retournées depuis 2001. Les parcelles sans aucun labour sur les cinq dernières campagnes ont un rendement un peu inférieur à celles qui sont retournées chaque année. L’écart n’est que de 4 % pour le blé tendre. Il atteint 9 % pour l’orge. Mais l’absence de labour n’influe pas sur le rendement de la betterave.


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