L’agriculture syntropique, évidente réconciliation des Humains avec la Nature

Document Opaline Lysiak

recommander cette page


« C’est quoi la nature pour vous ? » Cette question aura laissé sans voix pas mal d’agriculteurs interviewés dans les 7 pays que j’ai déjà visités… Mais les agriculteurs formés à l’agriculture syntropique sont beaucoup plus à l’aise avec le sujet.

JPEG - 47.4 ko
Une parcelle de bananiers en cours de « syntropisation » à Murwillumbah, côte Est Australienne.

Le principe de base de cette nouvelle forme d’agriculture - oui encore une ! - est de cesser d’opposer nature et agriculture, avec l’idée que la puissance des écosystèmes peut être démultipliée grâce à l’action de l’homme dans l’objectif de produire de la nourriture.

Syntropic Farming se traduit par Agriculture Syntropique ou Agroforesterie successionnelle. Allons droit au but : la syntropie est la caractéristique du monde vivant à tendre vers de plus en plus d’organisation, vers une complexification de plus en plus élevée. C’est le contraire de l’entropie, phénomène qui fait tendre la matière inanimée vers l’ordre et le désordre et donc la destruction. En 30 ans, Ernst Gotsch a développé au Brésil une agriculture qui se définit par la création plutôt que par la destruction, par l’harmonie plutôt que le désordre.

Le vie est basée sur des processus qui évoluent de formes simples à complexes. Chaque espèce sur la planète et chaque être humain a une fonction dans notre grand système. L’idée est que la planète est un organisme et que son métabolisme a toujours une balance énergétique positive, qui « drive » l’augmentation constante de la complexité des écosystèmes. Par exemple, même si la décomposition de chaque être vivant est entropique au niveau individuel, elle autorise d’autres procédés syntropiques à une échelle régionale ou mondiale. Les processus syntropiques nécessitent la lumière du soleil pour produire de l’énergie et partout sur terre, la vie s’organise pour utiliser de manière optimale les déchets issus de l’entropie.

JPEG - 18.5 ko
Une page du cahier de Thiago Barbosa : l’agriculture syntropique accélère les processus naturels

On peut développer une agriculture à partir de cette philosophie, en faisant en sorte que les systèmes agricoles favorisent la vie à travers la photosynthèse en premier lieu. Le but est de créer plus de vie et de fertilité des sols, un système prospère et d’abondance. Pour cela il faut supprimer les procédés entropiques, c’est à dire de destruction, comme la culture sur brûlis, l’usage d’engins trop lourds ou puissants, les fertilisants chimiques et les pesticides.

JPEG - 49.7 ko
« Mulch is never too much » : Il n’y a jamais trop de mulch quand on démarre un projet d’agriculture syntropique ! Bio Organic Farm, Australie.

Toujours prêt à couper les branches

On ne verra jamais Ernst Gotsch se balader sans son couteau Bowie ; l’une des bases techniques de l’agroforesterie successionnelle est la taille des arbres, qui crée un flux massif de matière organique ligneuse vers le sol pour aider au développement des champignons et (re)construire les sols. Dans la vidéo (ultra inspirante) « Life in Syntropy », l’agriculteur et scientifique explique que « la taille augmente la croissance des racines et induit un changement dans les mycorhizes de la plante. La plante produit plus d’acide gibbérellique, hormone favorisant la croissance de la plante. Les symbioses favorisent la vie autour de la rhizosphère et donc la production de nutriments pour la plante. C’est comme ça qu’on fertilise le champ ! Enfin, les plantes taillées ont un taux de photosynthèse plus important, ce qui veut dire plus de carbone séquestré ». L’agriculture syntropique copie les systèmes naturels en tirant bénéfice de l’intelligence humaine pour accélérer les processus ; ce qui prendrait 100 ans dans la nature est atteint en 10 ans.

>> Vidéo : Life in Syntropy, les projets d’agriculture syntropique au Brésil
https://www.youtube.com/watch?v=gSPNRu4ZPvE&t=5s

Un autre principe essentiel est d’imiter la succession verticale d’une forêt avec 3 étages, et aussi de varier les cycles : annuel, pluriannuel, pérenne.

>> Vidéo : La philosophie de l’agriculture syntropique, expliquée par Thiago Barbosa, formateur brésilien qui développe l’agriculture syntropique en Australie
https://youtu.be/p8C0X0wLFs4

L’agriculture syntropique s’exporte peu à peu dans d’autres pays. Depuis 2 ans, Thiago Barbosa, brésilien installé en Australie, développe un réseau de fermes qui tentent l’agriculture syntropique sur de petites surfaces. Après avoir travaillé pendant 10 ans dans le marketing, il souhaite se « reconnecter à la terre « . Avant de créer sa propre ferme il décide de se former et d’initier d’autres agriculteurs à l’agroforesterie successionnelle.
J’ai pu passer 15 jours sur une ferme bio qui développe un projet dans un petit verger de citronniers, en y associant bananiers et plantes annuelles (principalement légumes) :

>> Vidéo : les débuts d’un projet d’agriculture syntropique
https://youtu.be/Dzn_fp2596U

L’agriculture syntropique… pour les grandes fermes céréalières ?

J’ai demandé à Thiago quelque chose qui me titillait depuis longtemps : un céréalier qui gère une ferme de 200 ha peut-il mettre en place un système syntropique ?

>> Voici sa réponse en vidéo : https://youtu.be/Xc-9uTWUCSs

Au-delà des aspects techniques et économiques abordés dans la vidéo, d’autres éléments - que Thiago n’aborde pas - sont à prendre en compte. La psychologie de l’agriculteur d’abord. Un système syntropique est en rupture avec la vision occidentale du champ cultivé, où dans la plupart, une seule espèce est cultivée et il s’agit soit d’une espèce annuelle soit d’une espèce pérenne, mais on ne les mélange pas. La syntropie demanderait aussi plus de main d’oeuvre. Lors de la mise en place du système on peut faire appel à des bénévoles - de plus en plus d’élèves et étudiants participent à des chantiers de plantation - mais l’entretien de la parcelle, la taille, la récolte demandent plus de temps et aussi de compétences. C’est une particularité des systèmes riches en biodiversité : ils requièrent une richesse de savoirs et compétences et sont ainsi une opportunité pour accueillir du monde sur la ferme.

Idée reçue : il serait difficile de développer l’agriculture syntropique « hors » climat tropical. Les agriculteurs occidentaux sont souvent impressionnés par la vitesse à laquelle poussent les arbres et la vitesse de minéralisation de la matière organique beaucoup plus rapide en climat chaud et humide. Mais même si cela peut prendre 20 ans au lieu de 10, comme l’explique Thiago dans la vidéo, on peut développer la syntropie partout où il y a des forêts ! Manque de chance, le suisse Ernst Gotsch a choisi le Brésil pour s’installer, mais il donne des formations partout en Europe, dans des contextes pédo-climatiques variés. D’ailleurs, l’association Le Jardin des Possibles propose une formation en mai 2018 dans le Tarn.

Alors oui, l’idéal est de s’inspirer de systèmes agroforestiers « classiques », qui se développent à grande vitesse en France, et d’y ajouter la philosophie et les principes de base de la syntropie, en participant pourquoi pas à une formation. Si vous avez une surface importante, le plus raisonnable reste de tester le concept sur une portion de votre ferme… et d’accueillir quelques étudiants et/ou bénévoles en stage pour apporter une nouvelle énergie (solaire aussi) sur l’exploitation !

Pour réfléchir :

 Comment situez vous l’agriculture syntropique par rapport à l’agroécologie ?
 Quelles questions souhaiteriez-vous posez à un formateur en agriculture syntropique ?
 L’importante quantité de mulch déposée sur le sol pour démarrer une parcelle peut-elle poser problème ? Pourquoi ?

Pour aller plus loin :

>> Le site (coming soon) de l’agriculture syntropique (en anglais)

>> Toutes les vidéos sur l’agriculture syntropique en Australie

>> Site web de l’association française qui propose une formation à l’agriculture syntropique en mai

Et bien sûr, retrouvez les Agron’Hommes sur Youtube, Twitter, Facebook et Instagram !



Contact - Mentions Légales - Problème technique ?