Il faut recommencer à rêver pour retrouver le goût de l’avenir

Frédéric Thomas - TCS n°50 - Novembre / décembre 2008



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Que nous le voulions ou non, nous faisons partie de la nature et nous suivons ses règles et ses cycles immuables. Ainsi toute évolution, tout changement et même toute civilisation sont toujours passés par quatre phases : développement, croissance, maturité et déclin.

Pour ce qui est de l’agriculture, si l’après-guerre jusqu’en 1965 représente la première phase, suivie d’une vingtaine d’années de croissance et encore autant pour la période de maturité, nous sommes certainement déjà bien engagés sur la pente opposée de la courbe. D’ailleurs, l’effritement lent mais bien réel des piliers sur lesquels nos systèmes économiques et nos modes de vie reposent, confirme, tous les jours, la situation dans laquelle nous sommes en train de nous enliser inexorablement. Que ce soit la raréfaction des ressources et de l’énergie, les déséquilibres incontrôlables qu’apportent la globalisation, l’effondrement récent des systèmes financiers et, non des moindres, les dérèglements environnementaux majeurs et difficilement réversibles : trop de clignotants dans le rouge.

« Vous voyez les choses et vous demandez pourquoi ? Mais je rêve de choses qui n’existent pas encore ; et je demande pourquoi pas ? ». George Bernard Shaw 1856-1950.

Ce type de période s’illustre également par une grande confusion qui entraîne un malaise généralisé, des turbulences, des conflits mais également une certaine forme de démission. En complément, elle exacerbe souvent les gestions « en pompier » et les guerres de pouvoir.

Il est donc grand temps d’ouvrir les yeux et accepter que nous sommes arrivés dans une certaine forme d’impasse face à un mur qui est soit une menace, soit une opportunité : cela dépendra grandement de ce que nous ferons.

■ Il y a ceux qui refusent encore de voir le mur et pour qui tout va bien. Les soucis ne sont que de simples petits obstacles sur le parcours. Heureusement, cette catégorie est en nette régression.

■ D’autres, encore nombreux, acceptent progressivement l’idée, mais persistent dans la même direction voire demandent d’accélérer pour défoncer le mur et poursuivre la route. Ce sont les « toujours plus » de croissance, de consommation, de globalisation, de productivité… Ils pensent que les vieilles recettes du passé sont encore la solution alors que le présent a complètement changé.

■ D’autres encore, et peut-être la majorité, acceptent la situation, commencent à ralentir, freinent doucement et font de petits changements afin d’arriver moins vite dans le mur avec l’espoir que les conditions évoluent ou que l’impact soit moins douloureux. En agriculture, ce sont les « un petit peu moins » qui plaident pour moins de carburant consommé en passant les tracteurs au banc d’essai, moins d’engrais avec des bilans de fertilisation de plus en plus serrés ou encore moins de phyto avec les futures mises aux normes des pulvérisateurs… Ces actions, somme toute utiles, aident une grande majorité à prendre conscience et à évoluer mais leurs impacts réels sont d’une efficacité trop minime et trop lente face à l’urgence d’action.

■ Enfin il y a ceux qui, conscients qu’il faut changer de route « pour de vrai », décident d’empoigner le volant des deux mains, d’amorcer un virage pour contourner le mur et trouver l’entrée vers une approche et un fonctionnement différents. Un peu « rêveurs » avec un brin d’utopisme mais certainement très réalistes, ce sont ces pionniers qui, en idées et en actions, sont en train de transformer cette menace en une opportunité afin de nous projeter au début d’un nouveau cycle.

« La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent… L’imagination est plus importante que le savoir ». Albert Einstein 1879-1955

C’est principalement dans cette dernière catégorie que se positionnent la majorité des TCSistes. Mesurant les limites des pratiques traditionnelles, vous êtes en train d’en faire table rase, grâce à la simplification du travail du sol qui n’est qu’un déclic, une entrée qui a permis d’amorcer ce formidable virage. Aujourd’hui et grâce à l’agriculture de conservation ce ne sont pas seulement les fondamentaux de l’agronomie qui sont ramenés sur le devant de la scène en matière de sol, de rotation et de couverture végétale. En misant sur vos forces plutôt que d’imiter les autres, ce sont de formidables innovations en matière d’itinéraires techniques, d’enchaînements culturaux et d’associations avec l’élevage qui sont testées, validées et mises en place : des approches toujours plus économes et efficaces puisqu’elles empruntent l’énergie du vivant, les circuits de recyclage naturel de la matière et le génie de l’écologie. Il serait peut-être présomptueux d’affirmer que l’agriculture de conservation est la bonne solution pour tout, mais aujourd’hui, c’est l’une des seules approches agricoles qui apporte de vrais changements et un renouveau qui répondent en grande partie aux termes de l’équation qu’il nous appartient de résoudre : produire plus, mieux, avec beaucoup moins tout en respectant les hommes et l’environnement.

Avec ce numéro 50 de TCS, qui signe déjà son dixième anniversaire, toute l’équipe vous offre ses meilleurs voeux pour 2009 et vous souhaite de conserver le goût de l’avenir qui vous anime.

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