L’homme, un « super prédateur » au comportement aberrant

Document Cécile Waligora

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Dans la vie, il y a les proies et les prédateurs. Une espèce peut être prédatrice d’une ou plusieurs proies mais peut elle-même, être la proie d’un ou plusieurs prédateurs. Par exemple, le moineau est prédateur d’insectes mais est lui-même la proie de l’épervier ou du chat ! Il y a donc ce qu’on appelle des chaînes alimentaires dites aussi chaînes trophiques avec plus ou moins de maillons. Il est aussi convenu que la prédation a un rôle crucial dans l’équilibre des populations, dans leur régulation et que, dans la nature, les prédateurs prélèvent de préférence des individus plus faibles comme des jeunes, des blessés ou des malades. La prédation permet ainsi de maintenir des populations fortes. Et la dynamique des populations prédatrices est directement influencée par celle de leurs proies. Un exemple en agriculture : le niveau des populations de campagnol des champs qui influe directement sur celui de la belette, de l’hermine ou de la chouette effraie. Un super prédateur ou prédateur alpha est alors une espèce située tout en haut d’une chaîne alimentaire qui, à l’état adulte, n’a aucun prédateur lui-même. Si on enlève le fait que ce super prédateur peut néanmoins être sensible à des bactéries, des virus etc. comme toute autre espèce.

Danger pour l’équilibre de tous les écosystèmes

Si, à ses débuts sur Terre, l’être humain a été la proie d’autres espèces prédatrices, il est devenu depuis un super prédateur mais un super prédateur à l’impact aujourd’hui, hautement dangereux pour l’équilibre général des écosystèmes. Ce n’est pas nouveau que des études tirent la sonnette d’alarme mais celle dont je voudrais ici vous donner les grandes lignes est quelque peu différente des précédentes. Il s’agit des travaux de l’équipe canadienne de Chris Darimont, publiés en août de cette année dans la célèbre revue Science. Cette étude a eu l’originalité de comparer l’impact de la prédation humaine à celui d’autres prédateurs animaux. Plus de 300 études ont été passées au crible, portant sur 2 125 cas de prédation sur des espèces sauvages (mammifères et poissons), sur chaque continent et océan, exception faite de l’Antarctique. Je vous laisse imaginer les résultats… L’être humain a un impact de prédation sur les poissons, en moyenne 14 fois supérieur à celui d’autres prédateurs marins. L’homme tue aussi des grands carnivores comme les lions, les loups ou les ours à un niveau 9 fois supérieur à celui qui voit ces prédateurs s’entre-tuer dans la nature. Un exemple parmi tant d’autres : chaque année, l’être humain tue 32 % de pumas américains alors que naturellement, seulement 1 % seraient tués par leurs congénères.

Les carnivores sont plus impactés que les herbivores

Il y a aussi des différences selon les continents. Ainsi, les chasseurs européens ou nord-américains prélèvent 7 à 12 fois plus d’herbivores que leurs homologues africains. Autre constat : la pêche a un impact 3 fois supérieur dans l’Atlantique que dans le Pacifique. Dans cette étude, les taux de prédation selon les niveaux trophiques ont aussi été comparés. Encore un résultat peu honorable pour l’être humain puisque celui-ci exerce une pression terrestre bien plus forte sur les grands carnivores que sur les herbivores, alors même qu’il n’en a pas besoin pour son alimentation ! Dans les océans, il n’y a pas de différence : les autres prédateurs comme leurs proies sont autant impactés par l’homme et ses surpêches.

Trophée de chasse en Afrique Ainsi, pour en revenir à ce que nous disions en introduction, l’homme a un comportement de prédation aberrant. Contrairement aux autres prédateurs dont les populations sont régulées par celles de leurs proies, l’être humain subsiste grâce à beaucoup d’espèces à la fois. Les populations de proies ne cessent de diminuer (excès de prélèvements) et pour autant, nous ne relâchons pas notre pression. Autre différence majeure : contrairement encore une fois aux autres prédateurs, l’homme prélève surtout des proies adultes, en bonne santé et capables de se reproduire et non des individus plus faibles ou des jeunes.

Conclusion : il faudrait totalement revoir nos manières de chasser ou de pêcher en s’inspirant beaucoup plus de ce qui se fait dans la nature.



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