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Le sol sous son meilleur profil

Manuel Lacocquerie ; Terra - 6 juin 2014



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Produire des végétaux, nourrir et supporter des animaux, résister à des équipements d’épandage et de récolte de plus en plus lourds mais aussi recycler les matières organiques et minérales, réguler les excédents et les déficits hydriques… On attend beaucoup de nos sols qui sont des milieux vivants complexes, dynamiques et fragiles.

Il est utile de prendre le temps d’observer son sol pour évaluer sa qualité sur des critères simples.

L’état de surface : révélateur de la dynamique d’échange

La surface du sol est l’interface terre/ atmosphère. Son état influence la qualité et la quantité des échanges liquides solides et gazeux. Le sol respire, transpire, régulant ainsi l’humidité, la température, l’oxygène, le carbone… Cette régulation conditionne la survie et le développement de la faune et la flore. Le sol a besoin d’une surface poreuse, rugueuse, présentant une organisation diversifiée et des micro reliefs qui facilitent le réchauffement, l’absorption des précipitations, le ressuyage, la portance, la résistance à l’érosion.

Dans les sols de texture limoneuse pauvres en matière organique, on observe régulièrement des états de surface battants 1 . Ces situations pédologiques présentent des perméabilités faibles, propices aux ruissellements superficiels et aux transferts. Dans les cas de battance sévère, l’imperméabilisation de la surface du sol occasionne sur les cultures annuelles des pertes à la levée et des pieds chétifs cherchant la lumière par les fentes de retrait du sol. A ce stade, l’altération du potentiel de fertilité du sol est une réalité. La faible dynamique de la culture autorise le développement de plantes adventices concurrentielles, adaptées aux sols fermés : pâturin, matricaires, joncs des crapauds… L’objectif de rendement initial de la culture en place est clairement compromis.

Compter les vers de terre

Les vers de terre jouent un rôle important dans la porosité du sol et sa structuration. Certaines espèces de vers, comme les anéciques, ont de réelles capacités d’entretien et de restauration de la macroporosité du sol. Ils créent et entretiennent des galeries entre la surface et les horizons profonds. Ces galeries sont des zones de passage préférentielles pour les racines, à la recherche d’eau et de nutriments. L’activité des vers se traduit par les turricules qu’ils rejettent en surface 2 . Ces matières issues de la digestion de résidus organiques sont particulièrement riches en éléments fertilisants et contribuent activement à la fertilité du sol. Le nombre de ces turricules est un bon indicateur de porosité et de dynamique biologique du sol, on estime qu’il faut en compter au moins 10 par m 2 de sol.

Creuser pour observer

Réaliser un profil cultural jusqu’à la roche mère permet en premier lieu de découvrir la disposition du sol en couches distinctes qui se différencient principalement par la couleur, l’épaisseur, l’organisation structurale... Si la profondeur du sol renseigne sur sa capacité à stocker l’eau, la couleur des horizons profonds permet de juger de la dynamique de circulation de cette eau. Les sols sains et profonds, de couleur homogène, sans trace d’hydromorphie, garanti- ront des potentiels agronomiques élevés, sur des parcelles portantes et précoces. Les horizons de surface présentent une couleur plus foncée qu’en profondeur. Cette couleur est généralement liée à la teneur en matière organique. La concentration du sol en carbone est influencée directement par la profondeur de travail du sol et donc d’incorporation des résidus et apports organiques. Un labour trop profond augmente l’épaisseur de l’horizon "organique" mais dilue ses teneurs et qualités. Au final, il appauvrit le sol. Un bon fonctionnement biologique du sol implique une transition de couleur dans le profil : si la transition de couleur est brutale, c’est souvent qu’une rupture physique limite les échanges dans le profil. Cette situation est forcément défavorable au potentiel du sol.

Décrypter la qualité de l’enracinement

Opportunistes, les racines réagissent fortement à la qualité des couches de sol 3 . Une colonisation dense et homogène du profil par l’abondance de racines est souhaitable car très favorable à l’alimentation hydrique et minérale des plantes. Une colonisation du profil partielle et/ou qui présente des racines coudées et/ou horizontales traduit une compaction du sol. Des racines velues foisonnantes et non adhérentes à la terre, indiquent la présence de zones creuses 4 . Ces situations structurales sont toujours défavorables à l’obtention des rendements espérés. Une motte compacte se comporte comme un caillou vis-à-vis des racines et de la réserve en eau ; n’en fabriquons pas ! Il faut garder à l’esprit qu’en situation climatique adverse, un sol pauvre avec une bonne structure permet de meilleurs rendements qu’un sol riche présentant une organisation de sol défavorable au développement racinaire.

Repérer les zones compactes

Le sol garde la mémoire d’interventions culturales parfois anciennes : enfouissement profond de matières organiques, semelles de labour, occasionnés par des travaux du sol en périodes humides… Un sondage au couteau du profil cultural permet de repérer aisément les zones compactes. Une observation de la colonisation racinaire contrariée confirme souvent les zones tassées. Dans ces zones situées classiquement sous la profondeur de sol régulièrement travaillée, on retrouve fréquemment des couches de terres peu perméables, sans air 5 . Les échanges avec la surface sont considérablement ralentis. Dans ce contexte, les racines profitent des rares interstices, fissures de retrait, galeries de vers pour franchir ou contourner les tassements.

Quand la semelle est régulière et dense, la capacité des cultures à accéder à l’eau et aux minéraux est moindre. On prive ainsi les plantes d’une partie non négligeable des ressources du sol.

La prévention comme remède

Une fois le diagnostic posé, les solutions de réparation mécanique sont limitées. Certains tassements profonds sont aujourd’hui considérés comme quasiment irréversibles car situés à des profondeurs où les outils de sous solage ne peuvent pas intervenir. Il faut donc espérer une restructuration naturelle du sol, possible mais sou- vent lente dans nos contextes bretons. Dans le cas de tassements moins profonds, des interventions mécaniques permettent de reprendre les zones compactes et restaurer la porosité. Ces travaux doivent se faire impérativement en condition de sol parfaitement ressuyé, sous peine que le remède soit pire que la cause… Les problèmes récurrents de structure de sols (battance, tassement, prise en masse) ont de multiples causes. Si des actions mécaniques curatives sont parfois utiles, la prévention doit devenir un réflexe incontournable dans nos itinéraires agronomiques :
- maintenir des matières organiques structurantes dans les premiers centimètres de sols,
- réduire la profondeur, la fréquence et l’intensité du travail du sol,
- s’interdire de circuler dans des parcelles non ressuyées,
- améliorer la couverture des sols et la diversité des cultures,
- limiter autant que possible les contraintes physiques (poids à l’essieu, pression des pneumatiques, chargement animal).

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