Apport de matière organique : vous posez-vous les bonnes questions ?


JPEG - 21.2 ko« L’humus reste encore aujourd’hui une notion méconnue des agriculteurs,

qui implique de fausses interprétations et de mauvaises décisions techniques », constate Olivier Cor, ingénieur agronome chez ITHEC. L’interprétation du taux d’humus – et du rapport C/N- par une simple analyse de terre tous les 3-4 ans, à un instant « t », en est un exemple : "Il n’y a pas un bon ou un mauvais taux d’humus", justifie l’agronome. La question est beaucoup plus globale que cela ! On se fixe sur ce critère et on en oublie les actions essentielles ! ».

Parmi les questions importantes à se poser, celle par exemple de savoir si les micro-organismes présents dans le sol ont bien de quoi se nourrir, en d’autres termes, si on leur fournit suffisamment et de manière régulière de la matière organique animale et végétale à décomposer. « Si ce n’est pas le cas, le moteur va caler ! », explique Olivier Cor. Trop d’agriculteurs pratiquent par exemple des apports massifs et en une seule fois de matière organique, seulement tous les 3 ou 4 ans. Autre pratique néfaste à changer : lors de l’établissement d’un plan de fumure, la dimension de stockage est calculée en fonction de la quantité de fumier produite, mais la fosse se retrouve pleine l’hiver, à un moment où le sol a peu de besoins. « Avec ce raisonnement, les apports ont lieu à un moment où le sol aura du mal à digérer le fumier », déplore l’agronome.

Des apports annuels, ou sinon biennaux mais associés à des couverts végétaux l’hiver, sont donc à privilégier, de façon à éviter les sols nus et s’assurer que les parcelles aient « à manger » tous les ans. Un apport régulier de matière organique permettra également au sol de se restructurer plus facilement et de lui-même, en cas par exemple de tassement. De la même façon, il faudra aussi veiller à diversifier la nature de la matière organique apportée : « Ne jamais mettre toujours la même sur les mêmes parcelles, conseille Olivier Cor. Le régime alimentaire doit être équilibré de façon à éviter les carences et les excès, exactement comme pour nous ! ». Les apports doivent aussi être adaptés à la vitesse de fonctionnement du sol. Sur un sol hydromorphe par exemple, mieux vaut apporter une matière organique déjà compostée. De ceci découle naturellement la seconde question :

Mon sol a-t’il une bonne dynamique d’humification ? …

Et ce, sans se contenter de la seule analyse de terre. Pour le savoir, il suffit de sentir la terre : « L’odeur de terre fraîche est bon signe, celle d’œuf pourri, de soufre, l’est beaucoup moins ! ». Il faut également vérifier la structure du sol, qu’il n’y ait pas de problème de battance ou de tassement. « Si c’est le cas, cela doit alerter sur la qualité de l’humus », poursuit celui-ci. Enfin, dernier point : effectuer un « tour de plaine » régulier pour vérifier la vitesse de dégradation des résidus de cultures. Après 3 ou 4 mois, une évolution doit pouvoir être visible, avec des résidus dégradés. « Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a un problème, ajoute Olivier Cor. Pour s’aider, on peut prendre une simple photo grâce à son téléphone portable, avant et après, et comparer ».

Ces conseils simples, à appliquer tous les ans, peuvent donc aider. Ensuite seulement, en complément, le recours à l’analyse de terre, tous les 4 ou 5 ans, permet de compléter le diagnostic. « Des analyses à effectuer uniquement sur les parcelles qui en valent la peine, conclut l’agronome. Mieux vaut prendre du temps et surveiller de près les plus performantes pour bien les maîtriser, que de perdre du temps et de l’argent à essayer d’améliorer les quelques parcelles qui ont des problèmes ! »

Sur les analyses et le rapport C/N enfin, Olivier Cor recommande d’attacher plus d’importance à son évolution qu’à sa valeur : « S’il bouge (en augmentant par exemple), c’est que la dégradation du carbone ne se fait pas correctement. Signe de problèmes éventuels de tassement, d’alimentation organique ». Même conseil pour le pH : celui-ci influence la vitesse de transformation de la matière organique.. « Il faut veiller à ce qu’il ne descendre pas trop bas, pas en-dessous de 5,8 , afin d’orienter la dégradation du carbone sur un cycle plus rapide ;

Un PH acide entraine une transformation plus lente et incomplète des matières organiques fraiches (le C/N augmente et peu atteindre des valeurs de 11 à 12) le cycle du carbone ralentie, la mise a disposition d’éléments nutritifs par le sol diminue.


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