Matériel et équipement

Frédéric Thomas ; TCS n°69 - septembre/octobre 2012



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Après deux années et environ 50 machines en fonctionnement réparties sur l’ensemble du territoire et en Allemagne, Cyrill Genest, agriculteur dans le Lot-et-Garonne et importateur des éléments américains, a décidé de revoir la machine afin de l’adapter aux conditions et demandes particulières françaises. « Sans modifier l’équilibre et le fonctionnement des éléments qui ont largement fait leurs preuves aux États-Unis mais aussi chez nous dans des types de sols très divers avec souvent des couverts, il nous fallait augmenter le rappui à l’arrière pour éviter de laisser un sol creux mais aussi limiter la largeur de travail », signale Victor Leforestier (le technicien démonstrateur de Strip-Cat). « On recherchait également des éléments plus légers, plus effilés pour mieux passer dans les couverts mais aussi intervenir en colza et en betterave à 45-50 cm d’écartement entre rangs, complète-t-il. Enfin, rapatrier la construction en France permet de réduire et de stabiliser les coûts de production, de passer toute la boulonnerie, la visserie et les articulations en système métrique avec des pièces comme les roulements et flexibles aux standards européens facilement trouvables localement par les utilisateurs si besoin. » Pour répondre à ce cahier des charges, en plus du relookage réussi du bâti, plusieurs transformations fondamentales ont été intégrées :
- Les ressorts de pression ont été remplacés par des « poumons » pneumatiques. Ils répondent sans vibrations, sont plus souples, plus légers et limitent les articulations et pièces en mouvement tout en facilitant les réglages. En fait, la poutre centrale est transformée en réserve d’air comprimé qu’il suffit de remplir à la ferme. Ensuite, grâce à un système de vannes, il est simple d’ajouter ou bien de retirer du système de la pression que l’on peut suivre par un manomètre. Ce dispositif, qui équipe aussi les roues arrières, donne la possibilité de transférer plus de poids pour apporter suffisamment de fermeté à la zone travaillée si besoin ;
- La partie travaillante de la dent, qui est largement validée, a été conservée mais le support a été revu afin d’autoriser des réglages de profondeur d’intervention de 2,5 cm en 2,5 cm assez faciles à réaliser à l’aide d’une broche. Ce type de montage permet également de retirer complètement la dent si nécessaire. Cette astuce préfigure l’objectif de Strip-Cat France, qui est de développer d’autres outils pouvant se fixer au même endroit pour des utilisations spécifiques : les reprises de printemps ou l’incorporation de lisier par exemple. Comme sur la version d’origine, la dent peut soit être non-stop hydraulique ou en sécurité boulon. Cependant la sécurité non-stop est toujours réadaptable sur les machines laissant plus de liberté dans les choix d’investissement  ;
- Un gros effort a également été réalisé sur les disques qui encadrent la dent afin de limiter les projections, de mieux conserver la terre sur la zone travaillée voire de former une vraie « micro- butte ». Avec cette nouvelle version, les disques peuvent être avancés ou reculés par rapport à la dent (réglage plutôt d’atelier en fonction du type de sol), plus ou moins écartés grâce à des entretoises en téflon interchangeables (réglage en fonction de la culture et de la stratégie d’intervention) et enfin réglables en inclinaison afin de ramener plus ou moins de terre sur la zone travaillée ;
- Enfin, et toujours dans cette quête de polyvalence et d’efficacité, Strip-Cat propose l’adaptation d’un ou deux disques- rasettes de semis avec roue de rappui à l’arrière des roues plombeuses afin de positionner simplement un colza en un seul passage sans avoir recours à un semoir monograine ou implanter un couvert végétal sur la ligne dans le cas du Strip-till végétal. En fonctionnant avec deux lignes, cela devrait apporter une meilleure couverture et permettre de contourner les difficultés que certains ont rencontrées pour ressemer le maïs juste sur la ligne notamment avec de la féverole.

Strip-tiller et localiser du lisier en un seul passage

L’association Base en collaboration avec le Ceta 35 et la FDCuma 35 a organisé le 20 juin sa seconde rencontre annuelle sur le strip-till à Piré-sur-Seiche en Ille-et-Vilaine (35). Au milieu des interventions, des témoignages et des visites d’essais, c’est l’agriculteur allemand, Anton Hirl qui a apporté l’information la plus déterminante. Depuis 5 ans, il pratique et teste avec différentes universités allemandes l’incorporation de lisier et digestat avec le strip-till. Il n’y a pas de contradiction bien au contraire mais pour que cela fonctionne, les produits organiques doivent être incorporés entre 10 et 15 cm en dessous de la zone de positionnement de la graine et au moins 8 à 10 jours avant le semis de maïs pour leur laisser le temps de diffuser dans le sol. « Sitôt l’incorporation, le sol est un peu "bouteux" en dessous, il faut surtout attendre sans intervenir et laisser la zone se réorganiser. Lorsque le semis est possible en surface, cela signifie également que le produit a commencé à se répartir correctement dans le profil », assure l’agriculteur. De manière courante, il injecte environ 20 m3/ha de lisier mais il signale qu’il est possible de monter jusqu’à 30 et même 40 m3/ha. Cependant et encore plus qu’avec seulement le striptill, ce type de combinaison ne peut être envisageable que sur des sols bien organisés avec un certain recul TCS. En complément, cette approche innovante ou plutôt cette complémentarité permet de résoudre habilement la question épineuse de l’incorporation des lisiers en AC, de fortement limiter les pertes par volatilisation comme les odeurs et de nettement améliorer leur efficacité, mais encore de localiser les passages de roues qui sont toujours très préjudiciables pour la structure du sol au printemps. Seule difficulté : la puissance exigée pour un ensemble tonne + strip-tiller et l’organisation autour du chantier. À ce titre, l’Allemagne, comme beaucoup de pays du Nord, semble plus en avance avec un transport de type routier jusque dans des cuves tampon de bout de champs dans lesquelles viennent s’approvisionner les outils d’épandage. Une logistique certainement plus efficace qu’il faudra penser à mettre en place si l’injection de lisier avec un strip-tiller se développe dans les régions d’élevage et chez les agriculteurs méthaniseurs. Encore une fois, en apportant des solutions aux difficultés rencontrées mais aussi de nouvelles perspectives comme ici avec le lisier, le strip-till est vraiment une approche qui va soutenir activement le développement de l’AC en France.

ENTRE DISQUES ET DENTS : LA VERSION DE V. BARON (79)

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