Le sol, support de production, mais pas seulement

Gaëlle Gaudin - Campagnes et Environnement n° 20 ; septembre 2012

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Préserver l’intégrité physique du sol, conserver et enrichir la fertilité chimique et biologique de la terre en utilisant au mieux les moyens naturels : telle est l’approche adoptée par les adhérents de l’association Base qui ont développé, en pionniers, l’agriculture de conservation en France.

L’association Base, qui signifiait Bretagne, agriculture, sol et environnement, a été amenée à remplacer Bretagne par Biodiversité : ce réseau d’échange d’agriculteurs et de techniciens innovants, « passionnés par l’agriculture de conservation, soucieux de réfléchir à leurs pratiques et curieux de comprendre le fonctionnement de l’écosystème du sol agricole », a rapidement conquis des professionnels situés hors de sa zone d’origine. L’association compte aujourd’hui, après dix ans d’existence, 900 adhérents répartis sur toute la France. Une antenne se crée même en Angleterre, et les Belges réfléchissent également à cette opportunité.

Du non-labour…

« Tout a démarré au début des années 1980, avec un groupe d’agriculteurs bretons qui souhaitaient limiter le travail du sol pour des raisons avant tout économiques », avoue Frédéric Thomas, qui ne pensait pas que l’association qu’il préside prendrait une telle envergure. Mais ces producteurs constataient également que les techniques classiques de travail du sol diminuaient sa fertilité, notamment en raison de problèmes de battance, de réduction du taux de matières organiques, de fuites d’éléments minéraux, d’érosion… « D’ailleurs, ces années-là, le non-labour prend de l’ampleur en Amérique du Sud et aux États-Unis, principalement pour des problèmes d’érosion.  »

… à une approche « système »

Dès lors, le sol n’est plus considéré comme un simple support et les agriculteurs cherchent à développer de nouvelles pratiques. « Limiter le travail du sol est une chose, en obtenir des résultats positifs en est une autre, souligne Frédéric Thomas. L’agriculture de conservation est une démarche technique qui exige davantage d’agronomie, de réflexion et d’observation. Il faut avoir une approche “système”. »

À l’époque, en France, cette vision de l’agriculture est loin d’être en vogue au sein des organismes de recherche et des instituts agricoles. « Nous avons donc créé nos propres expérimentations et fait appel à des spécialistes internationaux. » Le groupe « d’irréductibles », comme ils n’hésitent pas à s’appeler, avance pas à pas, rencontrant des succès, mais également quelques difficultés et échecs qui soulèvent de nouvelles questions.

Le fonctionnement de l’association, créée en 2000, est basé toujours sur l’expérimentation réalisée par chaque adhérent. Les agriculteurs observent leurs cultures, leurs sols, conduisent des essais sur leurs exploitations. L’ensemble des données et des idées est ensuite mis en commun lors de réunions. Chacun progresse ainsi, en adaptant les avancées techniques sur ses terres et en profitant des conseils d’intervenants spécialisés.

« Les échecs sont désormais moindres, car les grandes lignes sont un peu mieux balisées, reprend Frédéric Thomas. Mais comme pour tout changement d’approche, il faut savoir prendre des risques pour innover et continuer à progresser.  » L’association est d’ailleurs à l’origine de certains changements de pratiques qui se sont généralisés en France : utilisation du strip-till pour ne travailler la terre qu’à l’endroit où l’on dépose la graine (voir également page 12), de plantes compagnes en colza…

« Un mouvement général se met en marche sur l’ensemble du territoire et au sein de toutes les strates agricoles : agriculteurs, techniciens, chercheurs, reprend le président de l’association. Nous, nous avançons, en toute indépendance. Nous rallions les personnes qui veulent aller dans notre sens, qui pensent également qu’un autre modèle de production existe. Et ce, avec nos parcelles comme seul élément de promotion. »

« Un travail de long terme »

« Remettre un sol en bon état demande du temps, explique Frédéric Thomas, président de l’association Base. Rien ne sert d’aller trop vite. Démarrer de suite le semis direct sur un sol dégradé reviendrait à demander à un malade de courir le 100 mètres. Après l’abandon du labour, un sol conduit en agriculture de conservation permet d’obtenir des rendements comparables après trois à cinq ans de transition, à condition de mettre en oeuvre une gestion adaptée. Et cette dernière dépend avant tout de l’histoire de la parcelle. Au départ, un profil et de l’observation sont nécessaires pour relever les défauts et opérer en conséquence : créer mécaniquement de la porosité, mulcher, amender… Il faut ensuite savoir gérer la fertilisation, et notamment l’azote. Car lorsqu’on réduit le travail du sol, on diminue de fait la minéralisation précoce. Les premières années, les apports d’azote doivent donc être plus conséquents. D’où l’intérêt, entre autres, d’introduire des légumineuses. Enfin, reste à gérer le salissement des parcelles par les adventices, car lorsqu’on arrête le labour, on remonte tout le stock semencier en surface. Il faut donc travailler sur les rotations, les couverts végétaux, les cultures associées…  »


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