- - = + : RÉFLEXION SUR UN NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE

Frédéric Thomas - TCS n°66 ; janvier/février 2012 -



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« Less is more » ou « moins égale plus » est un nouvel axe de pensée économique qui est en train de se développer timidement à différents niveaux de notre société. L’idée s’appuie sur une approche globale tout en recherchant un double intérêt : économique et environnemental. À la fois source d’innovation, de démarche collective et de développement durable, ce concept intitulé aussi « économie de fonctionnalité » apporte des solutions alternatives, efficaces et compétitives. La recherche d’un effet environnemental n’est plus l’objectif premier mais plutôt la résultante d’une organisation économique drastiquement différente. Cette nouvelle approche possède également une dimension sociale forte redonnant à l’Homme sa vraie place en tant que décideur, acteur et constructeur de son propre avenir individuel et collectif.

Entre crises et préoccupations environnementales, notre modèle de développement basé sur la sacro-sainte « croissance  », la consommation et la multiplication sans fin de la production industrielle trouve aujourd’hui ses limites. Il en est fini de cette boulimie exponentielle car l’accès aux ressources naturelles (énergie, minerai, eau, espace…), loin d’être renouvelables, se durcit fort heureusement. À l’autre bout de la chaîne, ce sont les déchets qui s’amoncellent et nous ensevelissent, avec en prime des pollutions et des impacts environnementaux majeurs (algues vertes, déchets radioactifs, réchauffement climatique, perte de biodiversité…) qui perturbent à tous les niveaux les équilibres biologiques et mettent en danger la planète. Enfin, cette frénésie et ce tumulte des temps modernes occultent progressivement la place de l’Homme, qui n’est censé trouver son salut qu’en consommant plus.

Aujourd’hui, il est grand temps de comprendre et d’accepter pour de bon que les Trente Glorieuses sont du passé déjà vieux de trente ans : les conditions ont complètement changé et sont même opposées. Il faut donc arrêter de s’arcbouter sur les anciens schémas et de se crisper sur des stéréotypes économiques qui ne fonctionnent plus. Pire, en économie comme en agriculture ou en médecine, en cherchant à masquer les symptômes, on en aggrave généralement la cause. Comme nous l’avons anticipé dans les réseaux AC, par intuition mais aussi conscients de cette évolution inévitable du monde, des changements de conditions de production et de l’accroissement des soucis environnementaux, nous avons su troquer ce toujours « plus » pour le - = + qui est aujourd’hui devenu le moteur de notre approche. - de travail du sol pour + de gain de temps, de réduction de coûts de mécanisation mais également de matières organiques et d’organisation naturelle des sols. - de fertilisation grâce à + de légumineuses, de couverts, de vers de terre et d’activité biologique. - d’irrigation grâce à + de couverture du sol, un meilleur accueil des pluies et stockage de l’eau dans l’épaisseur du profil des sols. - d’herbicides au travers de + de diversité de cultures, de rotations et d’associations habiles comme avec le colza. - de phytosanitaires grâce à + de diversité biologique au sein des parcelles, dans les bordures des champs mais aussi grâce à la diversité des paysages que nous commençons à façonner par les couverts et les cultures. - de dépendance et de soucis économiques pour + d’autonomie et de robustesse qui évitent souvent la fuite en avant de l’agrandissement pour maintenir le revenu. - d’impacts environnementaux négatifs localement mais également régionalement et globalement grâce à + de respect et + d’utilisation des fonctionnalités naturelles toujours plus économes et efficaces que des solutions externes coûteuses et partielles. - d’individualité, de ragots et de discriminations pour + de dialogues, d’écoutes, de compréhensions, d’échanges et de respect afin de continuer de progresser et d’innover.

L’étendue des connaissances, la nécessité de multiplier les expérimentations et les observations exigent la collaboration de tous et la plus grande diversité des compétences. C’est la fin de l’agriculteur « opérateur/applicateur » qui subit les dictats de son environnement commercial et politique. Il n’y a plus un modèle agricole monolithique mais une grande diversité de systèmes complexes qui repositionne l’agriculteur dans ses conditions pédoclimatiques, avec ses goûts et ses choix comme véritable décideur et acteur. Cela se traduit inévitablement par - de routine, d’habitudes consenties, de compromis bâtards pour + d’enthousiasme, d’envie et de plaisir : une dimension humaine et sociale terriblement importante dans ce monde où planent la tristesse, la désillusion, la soumission et le mépris. Aujourd’hui, plus que jamais, il faut sortir de cet affrontement stérile et improductif de modèle contre modèle qui endort et anesthésie le monde pour laisser le pouvoir de décision à ceux qui commanditent, alimentent et articulent les conflits dans leurs intérêts personnels. Il faut s’orienter vers un modèle qui porte en lui la diversité des solutions.

En cette période électorale, où règne une surenchère de propositions rapides et démagogiques sans vraiment de fond ni de projets cohérents face à une vraie nécessité de changement, tout le monde peut s’indigner que personne ne fasse jamais rien et rêver qu’un individu providentiel puisse éventuellement tout changer. Peut-être ! Mais nous sommes tous collectivement responsables de cette situation et de cet enlisement. Ce n’est que le courage de nos décisions qui se veut le moteur de nos actions. C’est d’abord de la base que les choses doivent changer pour inverser le cours des événements, et c’est la multiplicité des actions individuelles et responsables qui bouleversera notre avenir commun.

À ce titre, notre mouvement, qui s’est mis en marche autour de l’Agriculture de Conservation, sans aucun appui, aucune aide financière, aucun soutien politique, est une excellente étude de cas. Cette réussite peut être rapidement transférée à l’ensemble de l’agriculture et adaptée à de nombreux niveaux de la société. Notre expérience démontre admirablement bien que l’équation - = + fonctionne avec beaucoup de cohérence et qu’elle est certainement la clé de voûte de nouveaux modèles socio-économico-environnementaux qui préfigurent les orientations que notre société doit adopter afin de réussir en douceur et ensemble cette transition qui est inévitable.

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