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juil

Opaline Lysiak

L’agriculture syntropique n’est pas que pour les tropiques

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« Les environnementalistes vivent dans une photo alors que la forêt est un film » c’est Joã Pereira qui parle. Créateur de Sitio Semente, ferme référence en agriculture syntropique, il utilise ces mots pour décrire le noeud du problème en ce qui concerne la relation Homme-Nature. Pour lui, on doit admettre que l’homme a un impact énorme sur la nature puisqu’il FAIT partie de l’environnement. Mais Joã fait le choix d’avoir un impact positif comme catalyseur des processus naturels. L’aventure commence il y a 15 ans lorsqu’il rencontre Ernst Götsch, créateur de l’agriculture syntropique :

« Ernst n’a pas créé de recette. Il rend simplement disponible aux être humains la recette de la forêt par une traduction simple. Et en plus, il propose une manière d’accélérer de 10 à 20 fois ces processus pour régénérer les sols rapidement ». Parce qu’il y a urgence en fait, si on veut rester sur cette planète un peu plus longtemps que « prévu ».

« L’eucalyptus est une plante merveilleuse, qui a créé des écosystèmes humides dans son environnement originel, l’Australie. Le problème, c’est QUI plante l’eucalyptus, et ce que cette personne en fait ». L’eucalyptus, plante de croissance rapide, est un formidable fournisseur de matière organique. Taillé chaque année de manière intensive, il relâche dans le sol des giberrélines, hormones de croissance qui stimulent le sol en maintenant le système sol-plante jeune, retardant le processus de sénescence. « On dit que le bananier est la maman et l’eucalyptus le papa. Deux plantes qui poussent vite et qui ont comme premier rôle de nourrir l’écosystème - préparer le terrain pour des plantes plus exigeantes - et comme second rôle de nous nourrir et de produire du bois ou de l’huile essentielle » explique Nathalia, la femme de Juã. Deux piliers essentiels des systèmes syntropiques sont la taille des arbres pour produire de la matière organique sur place et relarguer les hormones de croissance dans le sol. Les autres sont la succession des espèces dans le temps, et l’organisation dans l’espace.

Nathalie a concentré son attention sur la création de systèmes agroforestiers aromatiques et médicinaux :

Sur la photo ci-dessous, une volontaire a coupé les eucalyptus présents sur la ligne de droite pour répartir la matière organique (bois et feuilles) sur le sol entre les lignes de maraîchage.

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Le modèle développé par Juã vise à prouver qu’il est possible de produire des légumes en quantité dans un système agroforestier successionnel. Il démarre par la plantation d’une trentaine d’espèces ensemble, réparties sur 3 lignes de maraichage encadrées par deux lignes incluant les arbres.
Le système ci-dessous a été planté il y a une semaine. Toutes les plantes de la succession ont été implantées ensemble. Parmi les espèces présentes : fraisier, laitues, roquette, radis, moutarde, betterave, oignons, ciboulette, persil, bananier, eucalyptus et un mélange de graines d’une quinzaine d’essences d’arbres natifs de la région.

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La photo suivante présente le système 8 mois plus tard. Les plantes annuelles de cycle court ont déjà été récoltées et remplacées par des plantes de cycle plus long : tomate, maïs, choux. Au pied du maïs, du feijão de porco, un haricot produisant une forte biomasse, destiné ici à couvrir et nourrir le sol.
La ferme est aussi une école où ont lieu de nombreux cours. J’ai pu participer à un cours de transformation et valorisation des aliments agroforestiers, que j’ai résumé avec cette vidéo :

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Quand les Brésiliens me demandent s’il y a de l’agroforestier en France, je leur dis que oui, beaucoup, mais que notre nature est différente : climat, sol, espèces. Au delà du fait que notre société s’est aussi développée différemment avec une relation à la forêt spécifique, les forêts françaises sont moins abondantes en termes de biodiversité et de biomasse. Tous ces facteurs influencent le développement de l’agroforesterie.

La ferme Sitio Semente est clé dans l’itinéraire possible de l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse Les Agron’Hommes :
- Par le niveau de connaissances et d’expériences en systèmes agroforestiers syntropiques
- Par l’expérience de Nathalie en transformation des produits agroforestiers (huiles essentielles, thés, cosmétiques)
- Par leur souhait d’apprendre avec les jeunes français, notamment sur la valorisation des plantes aromatiques et médicinales.

Les étudiants participant au projet Les Agron’Hommes pourront catalyser le développement de l’agriculture syntropique en France, en apprenant avec les Brésiliens et en comprenant bien les éléments du contexte du Brésil à réadapter dans leur contexte régional.

Si vous souhaitez prendre part à la communauté Les Agron’Hommes pour créer ensemble une Ecole Agroécologique Voyageuse, inscrivez vous ici !

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DU MÊME AUTEUR : Opaline Lysiak


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