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octo

Frédérique Hupin

Une ferme en AC, primée pour son accueil de la biodiversité

Buse variable (© Bruno Marchal) L’agriculture de conservation a pour particularité d’offrir le gîte et le couvert aux oiseaux (pour autant que des techniques de limitation des herbicides soient mises en place). Les vers de terre, les insectes, les graines de tournesol, et j’en passe sont un menu de luxe et présent en permanence dans les fermes en AC.
En mars 2018, les médias sonnaient l’alarme en relayant le message de la plateforme internationale des scientifiques de la biodiversité et des services éco-systémiques, l’IPBES(le GIEC de la biodiversité) : depuis les années ‘80, l’abondance des espèces d’oiseaux des terres agricoles a diminué de 57% en Europe occidentale et centrale. L’agriculture était pointée du doigt. Ce message était également relayé dans le carnet de Cécile Waligora sur ce site sous le titre "Nos campagnes battent de l’aile".
JPEG - 71.5 ko Un agriculteur belge pratiquant l’agriculture de conservation vient d’être primé par une fondation privée et a reçu le prix de l’environnement pour la gestion de sa ferme (le fonds Baillet Latour). Il ne s’agit pas ici d’une prime agroenvironnementale de 150 à 1500 € l’hectare mais de 25.000 € pour l’ensemble de sa ferme !! C’est dire si les gestionnaires de ce fonds ont eu l’oeil et l’intuition que c’est dans ce sens là qu’ils souhaitent voir gérer les domaines agricoles.
105 hectares de cultures (céréales, betteraves, colza, pommes de terre), 60 moutons, 2 hectares de maraîchage, 7.000 m² de serres. Un havre de paix pour la biodiversité, les oiseaux, la faune et la flore du sol et même les clients des serres Henricot.

Avec ce prix, la famille Henricot souhaite implanter des taillis de saules à courte rotation et en exploiter le bois dans une chaudière qui servira à chauffer les serres. L’objectif recherché : une ferme zéro carbone.

La ferme Henricot pratique l’agriculture de conservation depuis 15 ans. Cette ferme a fait l’objet d’un reportage dans la revue TCS n°87.

De hautes haies d’espèces indigènes (saules têtards, aulnes glutineux, sorbiers des oiseleurs) entourent la ferme. Les haies diminuent les nuisances visuelles, améliorent la cadre de vie et abritent une multitude d’oiseaux. Il y a douze ans, un premier nichoir à faucon crécerelle est installé. D’autres sont ensuite construits pour les chouettes hulottes, chevêches et effraies, ou pour des plus petits oiseaux comme les mésanges, les moineaux et même les hirondelles. Pas moins d’une vingtaine de nichoirs tapissent ainsi les murs des hangars et les arbres autour de la ferme.
« Nous construisons ces nichoirs nous-même grâce à des plans trouvés sur internet » explique Damien Henricot. « Pour les placer, nous sommes conseillés par deux ornithologues, qui passent sur la ferme depuis plus de dix ans pour baguer et compter les oiseaux. C’est grâce à eux que je me suis un peu initié à l’ornithologie. Les chardonnerets et les tarins vont bientôt arriver pour se nourrir des graines des aulnes glutineux et ils feront leurs nids dans les arbres autour de la ferme. J’ai pu observer un sizerin, un bruant des roseaux, un bruant jaune, des bergeronnettes. J’en vois parfois dix sur cette plaine de cinq hectares ».

Hirondelle rustique (© Bruno Marchal) Pascal Goset est collaborateur bénévole du musée des sciences naturelles de Belgique (ils sont 350 pour couvrir la Belgique). Il vient régulièrement à la ferme Henricot pour baguer les oiseaux et les recenser.
Les oiseaux observés sur la ferme sont entre autres :
Canard colvert, Epervier d’Europe, Faucon crécerelle, Vanneau huppé, Tourterelle turque, Chouette chevêche, Hirondelle rustique, Accenteur mouchet, Rougegorge, Merle noir, Mésange à longue queue, Mésange bleue, Mésange charbonière, Moineau domestique, Pinson des arbres, Pinson du nord, Verdier d’Europe, Chardonneret élégant, Tarin des aulnes, Sizerin cabaret, Bruant jaune, Bruant des roseaux.

Pascal Goset témoigne : « un hiver, alors qu’il y avait très peu d’oiseau partout ailleurs, Claude Henricot m’a appelé car il en avait observé beaucoup. Je me suis rendu sur place, je n’en croyais pas mes yeux, c’était l’arche de Noé ! ».

  • Nichoirs à hirondelles
  • Nichoir pour Faucon Crécerelle
  • Ouverture pour les chouettes
  • Nichoir à chouettes

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DU MÊME AUTEUR : Frédérique Hupin


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