29
août

Thierry Stokkermans

L’agriculteur préparera toujours son sol

Le cultivateur travaille avec le sol. Mais certains pensent que si le tracteur ne tourne pas, il n’y a rien qui se passe. Est ce vrai ? Est ce faux ? Quelle est la définition de la préparation de sol ? Dans ce billet, je vous propose de regarder ensemble la préparation de sol et le fait qu’un cultivateur désireux de bien faire préparera toujours son sol.
Lorsque l’on parle de préparation de sol, il faut tout de suite se rappeler qu’il existe trois types d’outils de préparation du sol :
- Les outils mécaniques, telle que la herse rotative par exemple,
- Les outils biologiques, telles que les racines par exemple,
- Les outils chimiques, telle que la chaux par exemple.
Les agriculteurs en Agriculture de Conservation (AC) maitrisent souvent très bien les trois catégories d’outils car la bonne gestion du sol est au cœur même du raisonnement AC. Et, dans les réseaux AC, il est bien connu que l’utilisation des outils chimiques et leurs dosages est directement lié aux outils mécaniques et/ou biologiques utilisés dans le système.
En d’autres mots, la préparation chimique est une conséquence des choix mécaniques et biologiques qui ont été faits sur la parcelle. Par exemple, si l’agriculteur fait attention à la structure du sol dans sa préparation mécanique et/ou biologique, il aura moins besoin de chauler. La préparation chimique est donc liée aux conséquences des préparations mécaniques et biologiques. La réflexion autour de ces 2 derniers est donc le point de départ pour maitriser la préparation des sols.
Ce post va donc se concentrer sur la préparation mécanique et biologique des sols. En généralisant, il est possible de classer les systèmes agricoles en fonction de l’intensité de la préparation biologique et de l’intensité de la préparation mécanique. En effet, un sol « couvert et vert » 12 mois par an aura une plus grande intensité de préparation biologique qu’un sol nu 8 mois de l’année.
Ces préparations de sols ont un effet à long terme sur la santé des sols. En effet, un sol qui est déchaumé, décompacté, labouré, émietté et biné chaque année sera sur le long terme plus dégradé qu’un sol en semis direct. En effet, il est connu que le travail mécanique intense mine et détruit les sols. Inversement, un sol qui a une préparation biologique intense avec des amendements organiques et la présence de racines 365 jours par an sera, sur le long terme, en bonne santé.
L’agriculteur a, bien sûr, le choix dans la préparation mécanique et la préparation biologique. Ceci donne un grand nombre de solutions et de combinaisons différentes et variées. Ceci est d’autant plus vrai qu’il y a de la diversité dans le système de culture, tel qu’un système polyculture-élevage par exemple. La figure 1 donne une indication de l’étendue des possibilités et leur effet à long terme sur le sol.
Stratégies de préparation du sol et leurs effets
La figure 1 montre aussi que les racines de la culture de vente ont aussi un effet sur la préparation biologique des sols. En effet, la culture de vente travaille le sol de façon biologique grâce à ses racines et à ses échanges avec la vie du sol. Par exemple, dans le cas d’une monoculture (telle une monoculture de maïs par exemple), année après année, le sol est toujours travaillé par la même racine (celle du maïs). Ce manque de diversité limite l’amélioration du sol. Ceci se voit chez certains agriculteurs des Etats Unis d’Amérique qui font de la monoculture de maïs en semis direct et sans engrais vert ou amendements organiques. L’état de leur sol n’est pas exceptionnel. Il y a des points positifs à leur système car l’érosion y est limitée mais la fertilité est en dessous de ce qu’elle pourrait être. C’est pourquoi ces agriculteurs ont souvent des sols qui sont moyennement dégradés.
Il y a aussi des agriculteurs qui préparent leur sol intensément à la fois de façon biologique et de façon mécanique. Ces derniers obtiennent ainsi une bonne fertilité car les éléments nutritifs circulent rapidement mais malheureusement, leur sol est sensible à l’érosion, peu favorable aux champignons telluriques et exposé aux températures extrêmes qui peuvent tuer la vie du sol, en particulier dans les premiers centimètres. La conséquence de cette gestion des sols intenses à la fois mécaniquement et biologiquement est un sol moyennement dégradé.
Pour avoir un sol en bonne santé, il faut le préparer intensément sur le plan biologique et le travailler mécaniquement aussi peu que possible. Ceci permet de créer un sol vivant où les éléments nutritifs sont présents en quantité et circulent facilement, où la structure du sol permet de stocker l’air, l’eau et les éléments nutritifs nécessaires aux racines des cultures et où la vie du sol est si dynamique qu’il y a peu de place laissée libre aux ravageurs et autres mauvaises herbes.
L’agriculteur qui souhaite avoir un sol en bonne santé apprend à utiliser et utilise les outils biologiques au maximum. Il va placer des racines dans son sol tout au long de l’année et y injecter du carbone et de la matière organique fraîche. Cet agriculteur prépare son sol de façon biologique. C’est moins d’heures de tracteur et de gasoil mais cela demande plus de connaissance et de doigté. L’agriculteur préparera toujours son sol.

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DU MÊME AUTEUR : Thierry Stokkermans


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