28
mars

Cécile Waligora

Nos campagnes battent de l’aile

Un tiers d’oiseaux en moins dans nos campagnes en seulement 15 ans.... C’est un nouveau chiffre édifiant de la spectaculaire régression de la biodiversité que nous apportent deux études distinctes portées par, d’un côté, le CNRS et de l’autre, le MNHN (Muséum national d’histoires naturelles).
Et dans 15 ans, qu’en sera-t-il ? 15 ans... c’est demain ! Doit-on s’attendre à ne plus entendre aucun oiseau dans nos campagnes (et dans nos villes aussi) ? Impensable...
Alors la faute à qui ? Toujours le même, bien entendu : l’humain ! Puisque ces études-là ont porté sur les oiseaux des campagnes, elles pointent du doigt l’agriculture. Vous allez me dire : encore nous ! Et oui.... tout comme l’industrie, les villes... sont responsables de la régression d’autres espèces !
Pourquoi les oiseaux sont-ils moins nombreux dans nos agroécosystèmes ? En premier lieu, parce que leur alimentation a diminué. Et de quoi se nourrissent nos petits passereaux des campagnes ? D’insectes et de graines principalement. Il y a donc moins d’insectes et moins d’espèces végétales productrices de graines nourricières. Une étude européenne vient d’ailleurs d’apporter un autre chiffre qui corrobore ce constat. A l’automne 2017, une équipe de scientifiques allemands et britanniques a estimé que le nombre d’insectes volants avait chuté de 75 à 80 % sur le territoire allemand depuis le début des années 1990 (étude publiée en octobre 2017 dans la revue PloS One). C’est donc toute la chaîne alimentaire qui est touchée...

Bruant proyer
Bruant proyer
Le bruant proyer est un passereau inféodé aux agroécosystèmes. Tout comme l’alouette des champs ou la bergeronette printanière, lui aussi voit ses populations nettement diminuer. Son régime alimentaire est fait d’insectes lorsqu’il est encore oisillon. En grandissant, les adultes de bruant proyer se nourrissent à 85 % de graines.

Une autre étude, enfin, rentre un peu plus dans le détail des pratiques agricoles qui sont en cause. Il s’agit d’une thèse menée dans le cadre du MNHN dont nous relayons les résultats dans un prochain numéro de TCS. En résumé : le labour, ce n’est pas bon (on pouvait l’imaginer !) mais, encore plus que le type de travail du sol, ce sont les herbicides (puisque ce sont ces intrants qui ont été analysés dans cette thèse). C’est-à-dire qu’un semis direct avec encore pas mal d’applications herbicides s’avère très impactant sur la faune. Par contre, dès lors qu’on introduit des couverts végétaux, c’est déjà beaucoup mieux. L’étude rend compte de résultats du même type sur les chauves-souris dont le régime alimentaire est insectivore.
Il n’y a donc pas lieu de baisser les bras ! Notre agriculture de conservation est sur la bonne voie, même si des marges de progression restent à faire.

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DU MÊME AUTEUR : Cécile Waligora


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