[]
7
novembre
2016

Shane Bailey (visiteur)

Kévin Morel, Marne : histoire d’une transition vers le tout à l’herbe

JPEG - 216.8 koKévin est un jeune agriculteur passionné par l’agronomie. Une fois son BTS spécialité agronomie en poche, Kévin se lance dans l’aventure. Il y a deux ans, il reprend une ferme de 140 ha dans la Marne, limite Meuse. L’exploitation se divise en deux activités principales : les grandes cultures en semis direct sous couvert et un élevage bovin allaitant. Son prédécesseur travaillait en système bâtiment, au printemps les vaches se partageaient 70 ha de prairies. Très rapidement Kévin décide de limiter ses frais sur l’atelier élevage, il se tourne alors vers un système herbagé. Le parcellaire très divisé l’oblige à conserver plusieurs lots pour éviter les déplacements de troupeau par la route.

Récolte des excédents avec le matériel à dispositionLa saison de pâturage dans la marne s’étend de mars à fin octobre. Malgré des sols de limons hydromorphes, Kévin pense gagner un à deux mois de pâturage en fin d’automne et finir la saison en novembre-décembre. Le but est de favoriser la production à l’herbe pour limiter le temps en bâtiment. Son potentiel de production est estimé entre 16 et 18 tonnes de matière sèche par hectare, assez bien réparti sur l’année malgré un faible creux estival. Les flores endémiques sont majoritairement composées de ray-grass anglais et de trèfle blanc. L’alimentation hivernale est basée sur les foins réalisés au printemps dans les parcelles débrayées ainsi que par les couverts végétaux enrubannés (Avoine brésilienne, vesce, trèfle d’Alexandrie, pois fourrager…) sur les parcelles en semis direct.

Dans un premier temps Kévin décide de mettre en place un système « couloir » sur 17 ha. La parcelle est découpée en 8 couloirs dans le sens de la largeur, pour avoir les couloirs les plus long possibles. Les objectifs sont multiples : engraisser les animaux avec de l’herbe d’une qualité optimale grâce à une taille de parcelle toujours adaptée tout en apprenant à gérer le pâturage à l’aide du fil avant fil arrière.

Le système de couloir est très pédagogue, il permet un enseignement simple et rapide du pâturage tournant. En effet, la taille variable des parcelles permet d’allouer plus ou moins de ressources en fonction de la taille et des besoins du lot. Au changement de parcelle le jour suivant, en fonction de la hauteur des résiduels et du comportement animal, l’éleveur juge son travail. Il lui suffit de modifier la taille des parcelles les jours suivants en fonction de ses observations afin de répondre au plus juste aux besoins de ses animaux. Une pesée régulière permettrait de juger au plus près les performances. Les couloirs ont une largeur de 40m. Dans le sens de la longueur les piquets sont placés tous les 25m. Les mesures de surface sont donc simples, un carré entre 4 piquets représente 1000m². La dimension des parcelles à dessiner est simple, il suffit de compter le bon nombre de piquets et le tour est joué !

Le couloir d'engraissement : les engraissées à gauche, les taries à droitePour un engraissement optimal des génisses de 2 ans à l’herbe, Kévin utilise deux lots d’animaux : les « engraissées » et les « nettoyeuses / esclaves ». Les deux lots se suivent dans un même couloir avec un jour d’intervalle. Les lots sont conduits en 24h. Le premier lot profite de la qualité dans une parcelle de grande taille, le deuxième mange les restes et prend soin de la flore. Dans cette situation, les animaux du premier lot ne sont pas en concurrence pour la nourriture de qualité. En revanche, le deuxième lot doit consommer l’ensemble des refus des « engraissées ». La taille des parcelles est définie pour répondre aux besoins des deux lots. Le lot de « nettoyeuses » est composé soit des vaches taries, soit par les jeunes d’un an. Le cas échéant, des jeunes génisses de 18 mois nettoyaient les parcelles. La phase de transition nécessite toujours quelques concessions.

Un des objectifs du troupeau dans les années à venir est le vêlage à 24 mois. Les animaux doivent donc croître rapidement, la conduite en couloir est adaptée à ce type de conduite. Elle permet d’obtenir une croissance exceptionnelle grâce à de l’herbe de qualité tout au long de la saison de pâturage. Pour obtenir un vêlage à 2 ans, la saillie doit avoir lieu à 15 mois lorsque 60% du poids adulte est atteint. Si ce critère n’est pas respecté, la croissance des génisses est compromise. Le vêlage est effectué à 90% du poids adulte. La génétique est un atout important pour atteindre ces objectifs : la race Aubrac, grâce à son faible gabarit est adaptée à cette conduite. Le sevrage doit avoir lieu vers le 15 juin lorsque la pousse diminue. Les animaux sevrés sont alors conduits sur les parcelles d’engraissement en couloir.

La conduite du troupeau est simple, le troupeau est actuellement composé exclusivement de charolaises. Trois taureaux sont présents pour 70 vêlages par an : deux charolais et un limousin. La race limousine apporte une facilité aux vêlages sur les génisses, un atout non négligeable pour limiter les interventions humaines. Aussi Kévin observe que les veaux croisés sont plus vifs et plus autonomes dès la naissance.L’éleveur préfère les saillies naturelles aux inséminations, elles lui permettent de gagner du temps et limitent les sorties de trésorerie.

Le jeune éleveur souhaite adapter sa troupe au pâturage, il a pour cela investi dans une petite dizaine de vaches Aubrac. « Leur gabarit est plus petit, elles sont mieux adaptées à l’herbe…  » Kévin espère également profiter des qualités maternelles de la race Aubrac.Cette année encore, il a dû aider un veau à téter, une opération qu’il qualifie de « perte de temps ; faire boire un veau, ça me tue ! ». A l’avenir Kévin a prévu d’acheter un taureau Aubrac pour son nouveau troupeau. Le faible gabarit de la race Aubrac lui confère des qualités supplémentaires : une facilité de pâturage sur des prairies peu portantes à l’aide d’un poids plus faible, une croissance rapide à l’herbe et bon instinct maternelle. La différence de conformation entre les deux races ne pénalise pas l’Aubrac. En effet, ces dernières années le marché porteur se tourne vers la viande hachée, il n’est donc pas nécessaire de s’obstiner à produire des bêtes parfaitement conformées dont la valorisation (des quartiers arrières notamment) ne paierait pas les dépenses liées à ce type de finition. Le taux de renouvellement est de 30%, soit 20 génisses par an. Le nombre est élevé selon Kévin, mais l’adaptation du troupeau à ses critères nécessite un renouvellement important.

JPEG - 137.7 koEngraisser les broutards. Grâces aux économies de surface réalisées, Kévin pense dorénavant engraisser une partie, voir l’intégralité des mâles. Pour accomplir cet objectif, cette année, un mélange à base de chicorée, plantain, et trèfles associés a été implanté. L’objectif de se mélange est de produire de la nourriture de qualité durant tout l’été soit à partir du 15 juin. Les flores conventionnelles commencent à ralentir leur pousse à partir de cette date. Les broutards de l’année seront engraissés sur deux printemps pour une période totale de 18 mois. Après le sevrage au 15 juin, les veaux mâles seront conduits sur les couloirs de chicorée. Les changements de parcelle seront effectués toutes les 24h jusqu’à l’automne. L’hiver sera passé en bâtiment avec une ration simple composée majoritairement de foin et de couverts enrubannés. Dès le printemps suivant, les animaux seront finis sur la chicorée jusqu’à l’âge de 18 mois (fin juin de l’année suivante). Les parcelles ainsi libérées seront utilisées pour les veaux de l’année. L’essai doit commencer ces jours-ci avec une dizaine de mâles, si les clôtures sont posées à temps…

Les flores présentent sur la majorité des surfaces sont des flores endémiques. Les espèces dominantes sont ray-grass, trèfle blanc, fétuques. L’exploitation de Kévin était composée de prairies permanentes avant la reprise. Sur des parcelles dégradées, le jeune agriculteur décide de détruire la flore existante pour implanter un nouveau mélange. Après 1 an d’implantation, l’éleveur qualifie cette opération comme « la plus grosse connerie que j’ai faite depuis que je me suis installé  ». En effet, les parcelles sont aujourd’hui envahies de rumex alors que cette plante n’était pas présente avant. La portance a été perdu car il a fallu travailler légèrement le sol après un semis direct échoué. Le printemps pluvieux de cette année n’a pas non plus favorisé cette portance. Un désherbage a été réalisé début juin sur ces parcelles pour limiter l’invasion d’adventices ce qui retarde d’autant plus le pâturage de plusieurs mois, la qualité alimentaire de la prairie sera perdue bien avant cette date. Kévin pense dorénavant conserver toutes ses parcelles de prairie naturelle et améliorer la flore directement à l’aide du pâturage.

(Les objectifs de flores)

Pour le moment Kévin ne possède pas de parc de contention, mais il a accès à une bascule chez un de ses voisins. Cet outil lui permet de peser ses lots en début et en fin de saison. Une pesée plus régulière permettrait un meilleur suivi des performances animales, mais la distance entre les ilots complique le lieu d’implantation d’un parc de contention en dur. Un parc mobile équipé d’une pesée serait un atout pout notre éleveur.

Après seulement un printemps de pâturage tournant Kévin est déjà satisfait. Il souhaite étendre son système « couloir » sur une majorité de ses ilots, les 17 ha sont aujourd’hui insuffisant pour l’ensemble du troupeau « je regrette de ne pas avoir clôturer toute la propriété dès cette année » répète Kévin. Affaire à suivre !

écrit par Guillaume Tant


DU MÊME AUTEUR : Shane Bailey (visiteur)

Contact - Mentions Légales - Problème technique ?