ROULAGE DES COUVERTS, UNE TECHNIQUE RICHE D’OPPORTUNITÉS QUI RESTE À MAÎTRISER

Matthieu Archambeaud - TCS n°64 ; septembre/octobre 2011



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Importée d’Amérique du Sud peu après le semis direct, la destruction des couverts d’interculture par roulage s’est fortement développée dans le monde et en France. La technique est si prometteuse qu’on peut aujourd’hui l’observer sur tous les continents, aussi bien en AC que désormais en AB ou en agriculture plus classique. Contrairement à la destruction par mulchage, le « rolo faca » (rouleau hacheur) permet de ne pas toucher au sol et par conséquent d’arrêter une végétation vivante à moindre coût, sans ou avec peu de chimie, et surtout sans toucher au sol et donc sans risque de relancer une germination. Par ailleurs, la conservation de la couverture morte après roulage permet de garder une protection au sol contre les agressions climatiques, le salissement, l’évaporation et les variations brutales de température. Enfin, l’incorporation progressive de la couverture au sol diminue le risque de faim d’azote pour la culture suivante, ce qui n’est pas le cas avec un mulchage.

Un couvert sensible est un couvert à forte biomasse

L’objectif du roulage est de blesser les plantes dans des conditions climatiques extrêmes pour qu’elles ne puissent pas survivre. Si les Sud-Américains utilisent la technique en conditions sèches et chaudes, en Europe, c’est le froid, voire le gel, qui en améliore l’efficacité. La technique intéresse naturellement les SDistes et les bios français, mais on voit se multiplier les essais en agriculture plus classique. En effet, la réussite de plus en plus fréquente de couverts à forte biomasse peut gêner la fauche ou le broyage : le roulage devient une solution économique et relativement simple de contrôler ce type de végétation.

Plusieurs conditions doivent être réunies pour assurer une destruction efficace de la couverture. En premier lieu, le roulage n’est efficace que sur une végétation haute et développée. Le facteur mécanique intervient tout d’abord : une plante développée pourra être blessée en plusieurs endroits, multipliant les portes d’entrée pour le froid, la chaleur, les pathogènes ou les ravageurs. Deuxièmement, on sait qu’à partir de la floraison, les plantes sont beaucoup plus sensibles à ce mode de destruction : les réserves du végétal sont alors réorientées vers la reproduction plutôt que vers la végétation.

Cette sensibilité est d’ailleurs valable au roulage comme au gel et parfois à la fauche et au broyage. Bien entendu, pour atteindre ce stade critique, le couvert doit auparavant avoir mis en place son appareil racinaire et aérien et avoir atteint son optimum de végétation, date à laquelle il aura par ailleurs rempli efficacement son rôle de couvert.

En fonction de la date de destruction envisagée, c’est donc la date d’implantation qui va déterminer la réussite du roulage. Si pour des intercultures longues, des dates relativement tardives de semis sont envisageables (sans toutefois attendre l’arrêt de la végétation), pour des intercultures courtes avant céréale, une date de semis très précoce est indispensable.

Le gel est une aide précieuse mais pas indispensable

En ce qui concerne les conditions d’opération, il est généralement recommandé de rouler lors d’une gelée : des plantes pouvant survivre normalement au froid, verront leurs tissus rendus cassants et atteints en profondeur par le rouleau, entraînant une mort certaine. La nécessité du gel sera rendue d’ailleurs d’autant plus nécessaire que l’outil n’est pas spécialisé (rouleau lisse, trop léger, etc.) ou que le couvert est trop faiblement développé (date de semis tardive, espèces résistantes au roulage et/ou manque de fertilité du sol). On entend également couramment que le roulage doit intervenir sur sol gelé pour éviter de porter atteinte à la structure, mais de façon générale, un sol bien couvert gèlera plus difficilement et c’est la biomasse du couvert elle-même qui servira d’amortisseur. Attention toutefois au poids des tracteurs qui circulent à cette période, bien que le besoin de puissance soit minime pour ce type d’opération.

Des rouleaux spécifiques

La spécificité du rouleau est également un facteur de réussite. Un simple rouleau lisse, ou mieux, un rouleau de type crosskill ou à barres, aura une certaine efficacité à condition d’opérer lors d’une gelée blanche et sur des couverts développés. Cependant, moins les conditions climatiques, le stade et le type de végétation seront propices, plus le rouleau devra être spécialisé. Un diamètre important du rouleau permet tout d’abord d’avoir une vitesse de rotation moins élevée et davantage de lames sur la bille : l’outil pianotera moins, tout en gardant de la stabilité et de la pression dans les biomasses importantes. Cela laisse aussi la possibilité de charger le rouleau avec de l’eau ou du sable en fonction de la météo et de la coriacité du couvert (sinon des masses de tracteur font tout aussi bien l’affaire).

L’inclinaison des couteaux par rapport au diamètre joue aussi, sachant qu’en fonction de l’angle d’attaque, on aura un outil plus ou moins agressif : dans la plupart des cas, un angle fuyant suffira à blesser les tiges mais l’inversion du sens de montage permettra d’augmenter l’effet des couteaux sur des couverts ligneux par exemple. Attention d’ailleurs dans le cas d’outils trop « mordants » par rapport au volume de végétation  : un rouleau fait alors un très mauvais déchaumeur et se chargera d’ailleurs assez rapidement de terre. La disposition des lames sur la bille entre également en jeu : un montage « droit » (perpendiculaire au sens d’avancement) favorise le pianotage et réduit donc la stabilité ; la pression de pincement est de plus inutilement répartie sur toute la largeur de roulage.

Un montage hélicoïdal des lames, ou plus simplement un montage en « ailettes décalées  », permettra de contourner le problème.

Choisir les espèces et les variétés sensibles

Le dernier point à aborder concerne la sensibilité des espèces, voire des variétés. La question est d’autant plus importante que la couverture doit parfois être détruite en dehors des périodes de froid, avant un semis d’automne ou de printemps tardif par exemple. Les espèces qui montent seront ainsi plus facilement détruites que celles qui restent au ras du sol : un radis fourrager sera aisément tué, au contraire d’une navette ou d’un colza dont les organes de réserve souterrains sont protégés du froid et du roulage.

La physiologie de la plante et son stade de développement jouent également, les tiges creuses étant plus facilement détruites que celles qui sont pleines ou déjà lignifiées. Une moutarde verte se détruit facilement, ce qui n’est plus le cas d’une moutarde fleurie dont la tige a durci. Dans le même ordre d’idée, un trèfle incarnat fleuri ou une féverole se détruisent aisément par roulage, à l’inverse d’un trèfle violet ou d’une luzerne qui sont des plantes pérennes. Le cas des céréales est encore plus intéressant  : le roulage (conventionnel) d’une céréale en herbe renforce le tallage et donc la vigueur des plantes, alors qu’elle peut être détruite par un simple passage de rouleau (spécifique) au stade épiaison. Attention toutefois de seulement blesser les tiges de céréales et non de les trancher : la plante s’épuise à essayer d’alimenter des talles pincées mais en émettra de nouvelles, si celles-ci sont tranchées (comme pour un broyage, une fauche ou un pâturage d’ailleurs).

Sélectionner des variétés adaptées

Le choix de la variété entre également en ligne de compte pour tous les facteurs abordés précédemment, il est nécessaire de choisir des couverts qui atteindront le stade adéquat à la date de destruction envisagée : ni trop avancé (risque de montée à graines) ni trop peu (difficulté de détruire la couverture par roulage).

Au final, si on veut augmenter les chances de succès, c’est-à-dire de destruction totale sans utilisation de travail de sol ou de chimie complémentaire, notamment dans les zones hors gel de l’ouest de la France, le choix des espèces et du rouleau est primordial. Quand les conditions ne sont pas réunies, un deuxième passage peut être envisagé, voire l’utilisation complémentaire de doses réduites de désherbants, comme l’a montré Arvalis (lire notre encadré page 8).

Une technique riche d’opportunités à explorer

En dehors de la destruction des couverts, et à condition de connaître ses avantages et ses limites, le roulage peut devenir un outil performant de gestion des plantes. Tout d’abord, sans aller jusqu’à la destruction totale du couvert, un passage de rouleau à l’automne ou au printemps peut permettre de calmer une végétation jugée trop vive et de différer ainsi une destruction mécanique ou chimique ultérieure, voire d’achever la destruction dans la culture qui suit avec un programme de désherbage adapté.

Les différences de sensibilité des végétaux au roulage, qui sont souvent vues comme un inconvénient, peuvent être considérées d’un autre oeil en faisant du rouleau un « désherbant mécanique sélectif » qui éliminera les plantes sensibles et conservera les plantes résistantes. On peut envisager la destruction de plantes hautes (implantées ou spontanées) au profit de plantes-relais tapies dans le fond d’un couvert (céréale, colza, trèfle ou luzerne par exemple), l’affaiblissement de plantes vivaces fleuries dans une jachère ou dans une prairie sans faucher et donc sans relancer de tiges (chardon, rumex…). Pourquoi également ne pas remplacer les socs de la bineuse par des rouleaux pour assurer un désherbage localisé de l’interrang sans toucher au sol et en conservant le mulch ? Enfin, des utilisations comme aplatisseur ou éclateur de C. WALIGORA/PIXEL IMAGE chaumes de céréales, maïs, tournesol ou colza ne sont pas à exclure.

Si le roulage des couverts semble simplissime au premier abord, on s’aperçoit en fait qu’il n’en est rien et que c’est un ensemble de paramètres qui détermine la réussite. Cependant, la maîtrise technique du roulage permettra sans doute de passer d’un simple outil de destruction des couverts à un outil polyvalent capable de calmer et de sélectionner des végétations, de désherber en association avec d’autres moyens mécaniques et/ou chimiques, et sans doute encore d’autres atouts qui restent à découvrir. Toutefois, avant de se lancer dans l’achat ou la construction de rouleaux perfectionnés, essayez déjà celui qui est dans la cour.

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