Strip-till : travailler moins pour gagner plus

Ludovic Vimond, Gaëtan Coisel - Réussir Grandes Cultures ; n°246 - avril 2011

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Originaire du Middle West américain, la technique du strip-till
— qui consiste à ne travailler profondément qu’une faible bande sur le rang — perce en Europe et en France. Et pour cause : gains de temps, de carburant, de rendements et bénéfices agronomiques à moyen terme

La technique du strip-till a fait ses premiers pas en France il y a quelques années et semble prendre de l’essor. Le principe est simple : ne travailler qu’une faible bande de terre sur la ligne de semis pour des cultures à fort espacement entre rangs (maïs, colza, tournesol, betteraves…) principalement semées au monograine. « C’est un bon compromis entre le travail du sol sans labour classique, pour préparer et réchauffer le sol avant implantation, et la technique du semis direct, explique Damien Brun, ingénieur en travail du sol à Arvalis-Institut du végétal. L’un des buts est de limiter l’érosion. »

« Sur les terres très sensibles, le sol reste bien en place, poursuit Pascal Amette, délégué régional de l’institut technique de la betterave sur l’Aube et l’Yonne. Qui plus est, le ressuyage est meilleur tout comme la portance lors des conditions de récolte.Mais aussi, quand on reprend le sol pour une autre culture, il est plus sain. »

RÉCHAUFFEMENT ET ÉMIETTEMENT DU SOL

Le fait de laisser une grande partie de la surface non travaillée favorise le développement des micro-organismes et un retour massif des vers de terre, comme l’observent unanimement les agriculteurs qui le pratiquent. Contrairement au semis direct peu favorable à la germination de certaines cultures comme la betterave, le strip-till génère un réchauffement et un émiettement du sol procurant un lit de semences favorable à une levée rapide. « Comparée à d’autres techniques de culture sans labour, nous observons une meilleure levée des betteraves, explique Pascal Amette, qui expérimente le strip-till depuis six ans sur terres argileuses dans l’Yonne et depuis trois ans en Champagne crayeuse. Réchauffée, la terre peut être ensemencée plus facilement que derrière d’autres techniques sans labour, tout en gardant une certaine fraîcheur favorisant la germination, notamment dans les argiles asséchées en superficie. »

En ameublissant à 15-20 centimètres, le strip-till favorise le développement des racines pivotantes. En terres blanches et en semis combiné, il n’y a pas de tassement par les roues de tracteur. Comparé aux techniques sans labour classiques, le strip-till engendre beaucoup plus de betteraves avec une belle racine pivotante, donc moins de betteraves fourchues, difficiles à nettoyer et fragiles en termes de conservation.

En betteraves, Pascal Amette a observé un meilleur développement racinaire, avec des rendements en moyenne 4 à 5 % supérieurs (et même jusqu’à 11 %) à ceux observés avec d’autres techniques sans labour.

Dans ses essais sur maïs aux États-Unis, l’agronome américain Mike Petersen a également montré un développement plus important des racines en strip-till comparé à un travail superficiel classiquement pratiqué dans le Middle West.

Si sur le rang travaillé au strip-till, le travail profond favorise l’oxygénation, donc la minéralisation de la matière organique, le taux d’humus tend à s’enrichir entre les rangs. Huit années de mesures réalisées par l’USDA (centre de recherche du ministère américain de l’Agriculture) ont montré une minéralisation de la matière organique fortement réduite en strip-till par rapport à du non-labour classique. Il en découle une amélioration de la teneur en matières organiques du sol, donc un accroissement de la réserve utile du sol et de la résistance à la sécheresse.

LES ADVENTICES CONTRECARRÉES

Mais le bénéfice le plus immédiat est certainement le gain de temps et de carburant. « En ne travaillant qu’un tiers à un quart de la surface, le besoin en puissance de traction est réduit par rapport à un travail sur toute la largeur, explique Damien Brun. En conséquence, la consommation de carburant à l’hectare baisse. » Quant aux phytosanitaires, le fait de ne pas remettre en germination les adventices sur les bandes non travaillées limite leur développement.De plus, les résidus laissés sur place, ou les couverts végétaux implantés à l’automne, créent un effet écran contre les mauvaises herbes, laissant du temps à la culture implantée pour recouvrir le sol. En revanche, laisser les résidus en surface peut augmenter le risque de transmission de maladies fongiques, notamment en maïs sur maïs.


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