Joseph Pousset, Orne : un objectif parmis d’autres, déstocker

Cécile Waligora - TCS n°59 ; septembre/octobre 2010

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Connu pour ses publications, notamment « Engrais verts », « Agriculture naturelle » et « Agriculture sans herbicides », Joseph Pousset nous a ouvert les portes de sa ferme en Normandie. C’est là qu’il expérimente, depuis près de trente ans, une agriculture naturelle, à partir d’une conduite biologique. Sa gestion des adventices est particulièrement intéressante avec un objectif : limiter le stock semencier. Pour cela, il a plusieurs armes : ses façons culturales et la succession de ses cultures ou plutôt de ses mélanges de cultures.

Les 25 hectares de sa ferme normande sont son laboratoire. Agronome dans l’âme, Joseph Pousset a d’emblée, dès son installation en 1979, cherché à appliquer une agriculture dite naturelle sur son exploitation. Il entend par là, une agriculture qui s’inspire, au maximum, des mécanismes naturels, tout en produisant décemment. Sa ferme est ainsi devenue, au fil des années, le support expérimental de ses études, vulgarisées au gré de ses publications et de ses interventions. Il a tout de suite adopté la conduite biologique.

Et, contrairement aux exploitations qui l’entourent, il n’a pas souhaité se spécialiser dans l’élevage car il voulait véritablement se concentrer sur la recherche agronomique. Ses sols sont naturellement pauvres, très pierreux (grès) ; de quoi argumenter auprès de ses interlocuteurs de régions plus chanceuses… J. Pousset est aussi en TCS de longue date. Il n’envisage pas le semis direct en AB, considérant que, même si la clé de la gestion du salissement est la rotation et la couverture végétale, les interventions mécaniques restent incontournables. Pour autant l’agriculteur réduit autant que possible ses interventions pour plusieurs raisons, notamment pour ne pas « réveiller » des graines d’adventices au mauvais moment. « Ce sont surtout les vivaces qui nous empêchent d’aller vers du semis direct », précise-t-il.

La rotation de J. Pousset est relativement « intensive » sur ce type de sol à faible potentiel : « jachère » (à base notamment de mélilot, trèfle d’Alexandrie, trèfle blanc, trèfle violet ou trèfle incarnat, en mélange ou pas)
- culture d’hiver (blé ou avoine)
- culture de printemps tardive (sarrasin) - culture de printemps précoce (blé ou avoine). Puis la jachère de légumineuse(s) revient. Elle sera suivie d’une avoine d’hiver si, dans la succession précédente, c’était un blé d’hiver, puis d’un sarrasin et d’un blé de printemps s’il y avait eu une avoine de printemps. À chaque cycle, J. Pousset prend donc garde de changer l’espèce. Bien entendu, il ne s’agit là que d’une ossature, et la rotation est le siège de bien des adaptations (surtout d’associations). L’agriculteur ne travaille pas ses sols après la récolte, il sous-sème dans la culture et c’est plutôt avant l’implantation qu’il met en oeuvre ses façons culturales, qu’il nomme « façons légères, inversées et progressives ».

Façons légères, inversées et progressives

Il étale ses façons sur trois semaines à plus d’un mois. Il utilise pour cela trois outils de base. Si le terrain est recouvert de beaucoup de résidus végétaux assez longs, il commence par un cover-crop équipé de disques crénelés, plus efficaces que des disques simples car un peu plus agressifs. Ils brisent les résidus du précédent, les mettent bien en contact avec les premiers centimètres de terre, mais ont aussi l’inconvénient de tronçonner les organes végétatifs des pluriannuelles (favorisant donc plutôt leur dissémination). Le deuxième outil (ou le premier selon les cas) est un cultivateur à dents, à socs très étroits. Celui- ci a pour but de remonter à la surface certaines graines en dormance, mais aussi d’arracher les racines et les rhizomes des vivaces qui vont alors se dessécher à l’air libre. J. Pousset fait remarquer, par ailleurs, que ces façons culturales permettent d’injecter progressivement de l’oxygène en profondeur, facilitant l’action d’organismes auxiliaires type Azotobacter.

Le troisième outil de base est une sarcleuse « à vivaces », munie de socs à ailettes. Elle est destinée à mettre à l’air, racines et rhizomes des pluriannuelles. « Elle est plus efficace au printemps car elle agit sur des organes en partie épuisés par l’hiver. Ils sont donc plus faciles à détruire », note l’agriculteur agronome. Sans cesse en recherche, ce dernier tente toujours d’améliorer ses outils, soit en les remplaçant par de plus performants qu’il aura découvert au gré de ses pérégrinations, soit en les modifiant. C’est ainsi que sur sa sarcleuse, il envisage de donner une certaine courbure aux dents de la herse peigne (qui servent, normalement, à niveler le sol derrière l’outil) afin d’améliorer l’extirpation des racines récalcitrantes. « Il n’est pas facile, dans mes conditions, de trouver le bon outil car le fort volume de pierres de mes parcelles est un gros handicap », ajoute-t-il. Pour finir, ces outils de base doivent parfois être complétés par d’autres, comme les lames d’un rotalabour ou un vibroculteur dont les dents ont été rallongées pour améliorer encore et toujours l’extirpation des racines. Mais l’outil a un gros défaut : il sort un peu trop de cailloux.

Les engrais verts « berceaux »

Dans sa gestion des adventices, J. Pousset a une autre arme. Il essaye de semer ses cultures de vente en association avec d’autres espèces qu’il nomme alors engrais verts « berceaux » car ils sont là pour aider au bon démarrage de la culture. En apportant une concurrence vis-à-vis de plantes non souhaitées et, comme il s’agit le plus souvent de légumineuses, en injectant de l’azote naturel dans le système.

C’est ainsi qu’il explore, avec satisfaction, la piste du trèfle incarnat semé à la volée, en même temps que le blé (à partir d’un coffre à petites graines, monté sur le semoir à céréales, d’où descend le trèfle entre les éléments semeurs principaux). Les deux espèces sont semées avant le 5-10 octobre, si possible. Si le trèfle incarnat démarre assez lentement, il se développe bien à partir du mois d’avril. « Non seulement j’ai observé l’apport d’azote de la légumineuse et les bénéfices de sa couverture vis-à-vis des adventices, mais j’ai aussi noté une amélioration de la teneur en protéines du blé », indique Joseph.

À la question « pourquoi le trèfle incarnat ? », l’agriculteur répond : « Déjà, il s’agit d’une légumineuse. Il a ensuite l’intérêt d’être annuel contrairement à d’autres trèfles. Il est rustique et s’adapte à des terres assez pauvres comme chez moi. Enfin, le trèfle incarnat mûrit un peu avant le blé, ce qui me permet de les récolter ensemble. » Sa moissonneuse est équipée d’un système de double nettoyage qui lui permet de séparer directement (plus ou moins bien), sur la machine, la céréale des graines de trèfle. Le seul inconvénient est qu’il doit moissonner un peu moins vite car il doit régulièrement vider les sacs remplis de trèfle. Le sarrasin constitue aussi un couvert berceau pour le blé. Il est là pour empêcher que trop d’adventices se développent et disparaît ensuite aux premiers coups de gel. Le sarrasin représente aussi une culture de printemps qu’il sème tardivement, entre le 15 mai et le 10 juin. Il est alors accompagné d’une légumineuse « berceau », un trèfle blanc, un lotier ou une minette. J. Pousset insiste : « En remplaçant le développement des « mauvaises » graines par de « bonnes  » graines, je contribue à neutraliser les premières. »

Ces légumineuses accompagnatrices forment donc, en quelque sorte, une partie de ses couverts. D’autres restent un peu plus longtemps dans les parcelles. C’est le cas, par exemple, du mélilot que Joseph affectionne tout particulièrement. Celui-ci est semé à la volée, au mois d’avril, dans le blé et il va occuper le terrain tout l’été suivant. « Je trouve cette légumineuse encore plus intéressante qu’une luzerne, par exemple. Bien que son système racinaire soit moins puissant que celui de cette dernière, il s’installe plus vite. Et, ce qui ne gâche rien, c’est aussi une excellente plante mellifère. » Pour varier les plaisirs, l’agriculteur expérimentateur a équipé sa moissonneuse d’une petite caisse sur le côté, afin de pouvoir également semer des couverts au moment de la moisson  ; histoire de maintenir en permanence une couverture au sol.

Agriculture naturelle, agriculture biologique, agriculture de conservation… À travers une nouvelle expérience telle que celle de Joseph Pousset, on voit bien à quel point ces agricultures se rejoignent par bien des aspects. Les couverts berceaux de l’agriculteur normand viennent appuyer et confirmer les propres recherches faites au sein des réseaux en agriculture de conservation. Associer, combiner, accompagner les plantes entre elles est une des clés de l’agriculture d’aujourd’hui et de demain.


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