Le bon couvert et le mauvais couvert

Document Matthieu Archambeaud

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Tout le monde connait le concept du bon chasseur et du mauvais chasseur.
Il semble que l’on puisse l’appliquer aux couverts végétaux.

Sur cette plateforme d’essai de la chambre d’agriculture de la Haute-Saône, ces deux couverts semblent à première vue similaires : même hauteur, même biomasse, même avantages... (le couvert de gauche a d’ailleurs l’air plus vaillant). Si on se rapproche on observe qu’ils sont cependant radicalement différents.


Le couvert de gauche est composé de moutarde et de phacélie, plantes rapides, efficaces sur l’azote et capables de faire de la biomasse et de la structuration de sol. Cependant, si on laisse ce type de couvert se lignifier, il sera très riche en carbone et demandera par conséquent de l’azote pour se décomposer et être intégré à la matière organique du sol.

À titre d’exemple, une étude de l’INRA de Colmar avait montré qu’une moutarde ayant piégé 80 kg/ha d’azote une année, n’en redonnait que 35 kg/ha aux cultures au bout des 7 années suivantes, les 45 kg/ha restants étant incorporés à la matière organique créée. D’autre part, ces deux espèces ayant un port dressé et droit, elles laissent la lumière arriver au sol et par conséquent laissent les repousses et autres gracieusetés se développer. Moralité : faim d’azote en TCS et SD et un piètre contrôle du salissement.


Le couvert de droite, plus complexe, est composé de tournesol, phacélie, vesce et pois. Il intègre des légumineuses et par conséquent permet une fixation d’azote atmosphérique et un rééquilibrage des espèces telles que le tournesol ou la phacélie.

En fournissant de l’azote au système, le pois et la vesce permettent également de pousser le couvert plus loin et d’éviter des montées à graines trop rapides. Enfin, le port rampant de ces espèces leur permet de s’accrocher dans les tuteurs tournesol et phacélie et occulte complétement la lumière : pas de salissement dessous. Moralité : azote disponible, sans doute davantage de biomasse et effet nettoyant.

Bien entendu il n’existe pas de mauvais couvert (hormis celui que l’on ne maîtrise pas) et tout l’enjeu consiste à piloter le C/N des plantes qui se succède sur le sol pour fixer du carbone et produire de l’azote : ni trop de l’un ni trop de l’autre... Une vesce dans la moutarde-phacélie aurait sans doute suffit.

PS : Il n’est pas impossible que la partie droite du couvert de gauche sur la première photo (est-ce clair ?) ait profité de l’effet légumineuse de son voisin de droite : les plantes sont plus développées et encore vertes.



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