« LE SEMIS DIRECT, C’EST COMPLEXE ! »

Marie-Hombeline Vincent ; Réussir Grandes Cultures - mai 2008



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Dans des coteaux argilo-calcaires pentus, le semis direct sous couvert est aujourd’hui bien maîtrisé à l’EARL Guirefaure… après quelques années d’apprentissage.

« En 1999, j’ai lu un article sur le semis direct sous couvert au Brésil. Tout de suite, je me suis dit, c’est cela qu’il faut faire dans nos coteaux », raconte Frédéric Marchioni. Avec son épouse Marie-José, il exploite 188 hectares à Guirefaure près de Cintegabelle en Haute-Garonne. Selon les parcelles, le taux d’argile varie entre 30 et 38 % avec des pentes allant de 25 à 45 %. Aujourd’hui tous les semis se font sans labour en direct derrière un couvert, voire dans un couvert vivant. Avec de bons résultats tant techniques qu’économiques depuis l’acquisition en 2004 d’un semoir adéquat, un Semeato. « Le semoir dont je rêvais depuis 1999 » explique Frédéric Marchioni.

Depuis trois ans, l’EARL a mis en place une rotation de sept ans avec sept cultures différentes (voir encadré). Seul changement cette année, le pois est remplacé par du tournesol. « Le pois est abandonné à cause de la difficulté à contrôler la bruche, expliquent Frédéric et Marie-José Marchioni qui poursuivent : Sinon, nous ne changeons rien malgré les prix élevés des céréales. En effet la diversité des cultures permet d’alterner les familles d’herbicides. Nous continuons à privilégier l’agronomie sur le court terme ».Après trois ans, les mauvaises herbes sont bien contrôlées avec des herbicides à 50 % environ des doses homologuées (utilisation d’eau adoucie) et une dose adaptée au salissement de la parcelle.

PLUSIEURS ANNÉES D’APPRENTISSAGE

Diversification des cultures, choix des couverts, tout cela ne s’est pas mis en place en une fois. « J’ai cru à la simplicité du semis direct. J’ai eu des déboires et des baisses de résultats. Le semis direct, c’est plus complexe qu’il n’y paraît », reconnaît Frédéric Marchioni.

Entre 1992 et 1999, l’exploitation était emblavée uniquement en blé dur et tournesol, des « cultures à prime ». Rapidement, le désherbage est plus difficile, les rendements tendent à baisser.Des phénomènes d’érosion se manifestent. D’où l’intérêt pour le semis direct sous couvert. Dès l’été 1999, de l’avoine est semée derrière le blé comme couvert avant le tournesol. « Pour me faire la main, j’ai décidé de commencer par ce qui me semblait le plus difficile » raconte Frédéric Marchioni. Un entrepreneur réalise le semis. Sur les vingt hectares, cinq ont été détruits par les limaces. « Le reste était magnifique ! »

Avant d’investir, Frédéric Marchioni commence par modifier un semoir Nodet Pneumasem en y associant une herse alternative. Il obtient de bons résultats en 2001 (22 q/ha sur 50 ha) et en 2002 (26 qsur 75 ha). Mais en 2003, catastrophe  : attaque massive de limaces d’où 17 hectares à ressemer. Le resemis a lieu le 10 juin. La récolte est tardive, fin novembre. Le blé dur qui suit est semé très tard à la volée, dans de mauvaises conditions ; le résultat est un rendement de 25 quintaux.

« Nous avions eu cinq jours de beau temps après la récolte du tournesol. Si j’avais eu le semoir adéquat, le blé dur aurait été semé en direct sans problème. » Très rapidement, l’exploitant de Guirefaure a compris qu’il fallait diversifier sa rotation. Mais sans Semeato, impossible de mettre en place toutes les cultures en semis direct. Du colza est introduit dans l’assolement.

Du soja est testé mais, en sec et en semis direct, il déçoit et il est abandonné. L’avoine est arrivée presque par hasard. « Un couvert d’avoine était tellement beau que j’hésitais à le retourner. Un organisme stockeur était prêt à me l’acheter. Elle est restée » raconte Frédéric Marchioni.

DES LÉGUMINEUSES DANS LES COUVERTS

Il a aussi beaucoup testé de couverts, privilégiant les mélanges, associant légumineuses et autres familles. La présence de légumineuses dans les couverts permet de limiter les apports d’engrais azotés. L’objectif de Frédéric Marchioni et de son épouse est clairement « d’assurer l’autofertilité à chaque culture ».

Actuellement les apports d’engrais azotés se limitent à 97 unités en moyenne, toutes cultures confondues (urée, ammonitrate et sulfamo) ; 600 kg de fumier de porcs déshydraté en bouchons sont épandus avant le sorgho, pour remonter le taux de matière organique des sols. Après plusieurs années difficiles, à cause des aléas climatiques et des tâtonnements techniques, les résultats sont enfin là. L’exercice 2006-2007, clos le 30 avril, a laissé un résultat net comptable de 46000 euros.

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