Merci les pionniers, ... (18ème siècle)

Document Matthieu Archambeaud

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Il y a cinq siècles, des paysans pionniers flamands avaient déjà compris qu’il fallait boucher les trous, mais ce sont les physiocrates qui en propagent l’idée dans toute l’Europe.

« Sans engrais point de récoltes, sans bestiaux pas d’engrais dont l’effet soit prompt ; sans prairie artificielle point de bestiaux ; enfin, sans la suppression des jachères, point ou trop peu de prairies artificielles ; tout est lié en agriculture ; son système doit être complet. »
(Instruction de la Convention nationale, 1794 ; in Mazoyer et Roudart, histoire des agricultures du monde).

Jusqu’au 16e siècle, en Europe, la pratique de la jachère (rotation céréale / jachère pâturée) n’a pas permis d’éviter les disettes et les famines : la fertilisation des parcelles par les animaux est insuffisante et la jachère favorise la prolifération des mauvaises herbes. C’est la suppression de la jachère au profit de la prairie artificielle qui va permettre à l’Europe de doubler ses rendements, et par conséquent de libérer de la main d’œuvre au profit de l’industrie naissante.

Pratiquée dans les Flandres dès le 15e siècle par quelques agriculteurs, cette première révolution agricole des Temps Modernes ne pu se développer en France qu’au 18e siècle, moment où le contexte économique et politique bascule avec la Révolution : abandon du droit de vaine pâture, de l’assolement obligatoire et institution de la propriété privée.

Le développement conjoint de la révolution agricole et de la révolution industrielle permet dès la seconde moitié du 19e siècle de produire de nouveaux outils (charrues, herses, semoirs, faucheuses, moissonneuses …) et de doubler ainsi la superficie exploitable par travailleur, tout en allégeant des calendriers de travaux devenus très chargés.

L’amélioration de l’efficacité des labours permet de mieux lutter contre les adventices et de préparer le lit de semence. Il permet également la minéralisation de l’humus par l’aération des horizons de surface, et par conséquent la libération d’éléments minéraux nutritifs pour les cultures. Les rendements augmentent alors fortement, et les exportations d’éléments sous forme de grains, de fourrage ou de tubercules sont compensées par un retour au champ des résidus organique et par les déjections des troupeaux.

Dans ce système, les anciennes jachères sont converties en prairies artificielles à base de graminées et de légumineuse, et alternent sans discontinuité avec les céréales et les cultures sarclées. Ainsi, grâce à cette nouvelle valorisation de la surface, combinée avec l’apport d’azote des légumineuses, la production de fumier est multipliée par deux. La réorganisation du système permet de doubler la production agricole du pays sans faire appel à des intrants extérieurs.

à suivre...



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