Exportation des pailles en sol crayeux : se poser les bonnes questions avant de s’engager

Marcel Estienne - La Marne agricole ; 22 Mai 2009

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Un entrepreneur digne de ce nom doit avoir tous les éléments de connaissances en sa possession pour prendre de bonnes décisions. C’est bien sûr le cas des agriculteurs. Sur le dossier Paille, quelques-uns n’ont pas l’impression d’avoir toujours des conseils très objectifs. Un agriculteur a donc, par lui-même, après un an d’investissement souhaité faire part de ses recherches afin d’alimenter le débat et pour que chacun soit maître et conscient de ses choix.

Il est peu commun que la Marne Agricole laisse accès à ses colonnes pour un dossier complet rédigé par un agriculteur.

Pour autant, il se trouve que sur le terrain, certains exploitants dépensent beaucoup d’énergie dans la réflexion des modes de production. C’est le cas de Marcel Estienne, de Saint-Jean-sur-Moivre qui, après des nombreuses heures de recherches, d’entretiens, d’analyses bibliographiques, a réuni un ensemble de connaissances concernant les exportations de paille dans nos sols de craies. Son objectif n’est pas d’affronter les projets des uns ou de défendre aveuglement le choix des autres, mais tout simplement, informer des conséquences de choix qu’on peut être amené à prendre, comme un véritable chef d’entreprise.

Après un an de collecte d’articles de presse, de lectures d’anciens livres d’agronomie, d’entretiens, il a souhaité au travers de ce dossier vous faire partager la somme des recherches qu’il a accumulée afin que vous aussi, vous puissiez prendre toutes vos décisions en mesurant tous les aspects d’une exportation ou non de la paille dans les sols et plus particulièrement crayeux.

Le Soleil, le Vent et les Pailles…

...ont un point commun, se sont des énergies renouvelables et au vue des nombreuses études de gisement paille, communiquées via Internet, on pourrait en déduire quelles auraient encore un autre point commun : appartenir à tout le monde et être bien sûr disponibles puisque les pailles étant parfois classées dans les déchets diffus ! (cinq millions de tonnes seraient alors disponible annuellement au niveau national, représentant en autre l’équivalent énergétique d’environ deux tonnes d’uranium). Plus précisément sur le sujet de la paille, il n’existe pas ou très peu d’études récentes, surtout pour nos sols de craie, et concernant ce qui intéresse directement les agriculteurs, les conséquences éventuelles d’exportation de paille de manière durable et importante. Ce sujet ne s’arrête pas pour ma part à une simple interrogation. « Combien de pailles peut on laisser sans problème pour de nouvelles filières ? ». Il y a vingt ou trente ans les soucis des agriculteurs étaient très différents de ceux qui nous attendent demain, le contexte également, raréfaction des énergies fossiles, pression écologiste en hausse, réduction importante et obligatoire de l’utilisation des produits phytosanitaires et très grande incertitude sur le prix de nos denrées agricoles mais aussi sur les engrais, on entend parler « d’Agriculture Ecologique Intensive  » de plus en plus, d’IFT (indice de fréquences de traitement), de Nodu (nombre de doses unité) et le référentiel Agriculture Raisonnée sera vite dépassé par l’HVE (haute valeur environnementale). Pour aborder ces problèmes à venir et tenter de répondre à mes interrogations, j’ai passé en revue les moyens dont nous disposons aujourd’hui, dont le rôle très important des engrais verts, et ceux qui se profilent à l’avenir et cela en étroit rapport avec les conséquences éventuelles d’exportation importante de nos pailles. Cette introduction, a pour seul et unique but, de faire part de mon étude personnelle qui essaiera de répondre à la question suivante : peut-on de manière durable détourner toute ou partie des pailles du retour à la terre ?

Contexte

Notre département a toujours été un département novateur, prêt à développer des filières, à la veille des développements de l’Agriculture notamment sur les vocations non alimentaires du secteur. Amèneront-elles une grande richesse pour la région ? Est-ce que les agriculteurs, principaux intéressés, en auront pleinement le retour ? C’est une autre question ! Depuis quelque temps, plusieurs projets s’appuyant sur la valorisation des pailles de céréales sont en gestation.

Il faut noter que déjà, suite aux premiers chocs pétroliers, des organismes agricoles et politiques s’étaient déjà intéressés aux produits agricoles pour diversifier ces sources énergétiques. Un de ces projets, entre autre C5D, s’inscrit dans une logique durable pour améliorer l’efficience énergétique de nos productions de biocarburants et autres débouchés de Bazancourt. Le projet de fabrication de pâte à papier et d’extraction de composés chimiques par la paille est également intéressant. La question est : est-ce rentable ? Qui porte ces outils ? Qui bénéficiera de la valeur ajoutée ? Les projets marnais et régionaux sont-ils compatibles et suffisamment sobres en volume de paille pour ne pas impacter, les marchés et la fertilité de nos sols ? Les éleveurs devront-ils subir ces projets ? Pour ma part, j’ai du mal à trouver les vraies réponses à toutes ces questions. Notre département doit continuer à se développer dans ces voies mais uniquement si tous les éléments de réussite et d’échecs sont bien identifiés. A ce jour, d’après mes informations, le projet C5D est réétudié avec des volumes inférieurs et deux autres projets de moindre envergure seraient à l’étude. Le projet CIMV quant à lui, doit se monter et fonctionner dès 2010, mais les volumes de paille consommés sont très nettement revus à la baisse. A la différence de nos productions agricoles régionales, pratiquement rien ne pourrait, à court terme, remplacer les pailles. C’est donc dès aujourd’hui qu’il faut se poser les bonnes questions avant de s’engager car demain lorsque les usines seront lancées, il sera trop tard pour faire machine arrière.

Gisement de paille officiel

Afin d’avoir une vision claire sur les ressources en paille disponible de façon pérenne, la Chambre régionale d’agriculture de Champagne Ardenne a mené une étude en 2006 sur le gisement disponible et a mis au point un outil informatique innovant avec le soutien financier du Conseil Régional de Champagne-Ardenne. La Chambre régionale a appuyé son étude sur les conseils des quatre Chambres départementales d’agriculture, d’Arvalis Institut du végétal et sur l’observatoire des systèmes d’exploitation afin de déterminer la part de paille exportable pour chaque système d’exploitation en tenant compte des besoins de l’élevage, du maintien du potentiel agronomique et de la nature des sols. L’étude a tenu compte de la paille produite dans la région et a déduit l’utilisation potentielle par les éleveurs et s’est basée sur l’export d’une paille sur trois pour la valorisation non alimentaire (Vana). Résultats (chiffres 2006, affinés depuis) la Marne dispose d’une ressource d’environ 235 000 t de paille exportable (située essentiellement en terre de craie, voir carte). Tout en sachant, que les négociants de paille commercialisent près de 110 000 t de paille marnaise. Pour autant, ces opérateurs sont confiants. Ils pensent réorienter ces volumes vers les nouveaux clients comme CIMV (voir article de la Marne Agricole du 6 février 2009).


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