Équilibrer le carbone et l’azote dans la rotation (1)

Document Matthieu Archambeaud

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le sol (et l’activité biologique qui lui est liée) à un rapport carbone sur azote (C/N) qui tourne autour de 10 : il y a une part d’azote pour dix de carbone. Cela signifie que les apports de biomasse au sol doivent respecter cet équilibre, tout comme un éleveur cherche l’équilibre énergie/protéine dans la ration alimentaire de son troupeau. Or, les rotations céréalières européennes sont trop riches en carbone puisque le C/N des pailles est compris entre 50 et 150 et conduit donc à un excès.

La solution consistant à réintroduire massivement les légumineuses dans l’agriculture européenne semble donc prometteuse et nécessaire mais nous sortons du cadre technique du propos pour rentrer de plein pied dans la politique... revenons à nos moutons (néo-zélandais ;-) )

Une solution très simple et d’ailleurs largement répandue existe pour rééquilibrer le C/N. Il s’agit de multiplier les passages de travail du sol en été et à l’automne avant l’implantation de la culture suivante ; cela permet de doper l’activité biologique qui consomme alors le carbone et le transforme en CO2 (dont on a d’ailleurs pas besoin dans l’atmosphère à l’heure actuelle). L’azote, momentanément mobilisé par les microorganismes pour digérer le carbone, redevient rapidement disponible pour la culture à venir une fois le surplus évacué. En dehors de ses avantages pour gérer les pailles, cette gestion de l’interculture permet également de se débarrasser des repousses, de quelques adventices, sans compter les limaces, rongeurs et autres indésirables... par contre ce nettoyage par le vide favorise la baisse des taux de matière organique dont il n’a pas la peine ici de rappeler les conséquences.

Avec l’arrivée de la “ quatrième directive nitrates ”, non seulement on ne dispose plus de la même période pour gérer les états de transition entre deux cultures (paille, salissement, lit de semence...), mais on court le risque de rajouter une couche de carbone si le couvert est mal équilibré. Ainsi, une moutarde semée à la va-vite sur un sol peu structuré et peu fertile sera rapidement stressée, fleurira et ... produira du carbone. Pour prendre une image, on redonne de la purée à un gamin entre deux repas sous prétexte qu’il digère mal.

Les TCSistes et SDistes de la première heure l’avaient bien compris puisqu’ils constataient une augmentation des besoins en azote de leurs systèmes de culture : « tu parles d’un progrès au prix où est l’azote ! » En effet, lorsqu’on perturbe moins le sol, on minéralise moins la matière organique et par conséquent le carbone reste dans le sol ; si le carbone reste dans le sol, il faut lui trouver l’azote correspondant, soit 1 kg d’azote pour 10 kg de carbone. En un mot, pour regagner 1 point de matière organique il faut trouver 2 500 kg/ha d’azote (1 ha = 3 500 t de terre et donc 1% de MO = 35 t ; à raison de 70 kg d’azote par tonne d’humus on a 2 450 kg d’azote organique par point de matière organique).

Deux solutions s’offrent à nous : apporter de l’azote minéral (pour les actionnaires des firmes de fabrication d’engrais) ou mettre des légumineuses dans les couverts. Dans le premier cas c’est par exemple ce qui est fait lorsque les pailles sont arrosées d’azote avant l’implantation d’un colza : on finance la synthèse de matière organique avec de l’ammonitrate ou de l’urée.
Dans le deuxième cas la légumineuse compense correctement l’apport de carbone de la céréale, ce qui explique d’ailleurs la pérennité des systèmes maïs / haricot américain, riz / lentille indien, blé / lentille égyptien, grec ou romain.

La suite dans un prochain post...



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