Choisir les espèces de couverts végétaux en fonction du mode de destruction envisagé

Jérôme Labreuche - Perspectives agricoles ; novembre 2008



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Gel, broyage, roulage, travail du sol, les techniques de destruction d’un couvert végétal sont multiples. Le choix doit être réfl échi en adéquation avec les objectifs recherchés sur l’exploitation, et conditionne aussi le choix des espèces à implanter.

Détruire une culture intermédiaire est une opération importante. Choisir la date de destruction est un compromis entre les bénéfi ces escomptés du couvert et ses effets dépressifs potentiels. Le couvert n’aura des bénéfi ces agronomiques et environnementaux que s’il a suffi samment de temps pour se développer (protection des sols, piégeage de nitrates, fi xation d’azote pour les légumineuses, protection et nourriture pour la vie du sol ou le gibier…). A contrario, des couverts détruits tardivement peuvent dégrader les conditions d’implantation de la culture suivante, notamment en sol argileux, ou limiter la disponibilité en azote et en eau pour la culture. Un compromis doit donc être trouvé pour gérer ces effets contradictoires. En zone vulnérable, la directive nitrate doit aussi être prise en compte. Il faut aussi tenir compte des objectifs de l’exploitation (économie, temps de travail, travail du sol…) pour rendre cohérente la destruction du couvert avec le reste de l’itinéraire technique. Les différents modes de destruction disponibles (labour, broyage, roulage, herbicides totaux…) n’ont en effet pas les mêmes coûts, débits de chantier ou impacts sur la structure du sol.

Détruire le couvert végétal à la bonne date

Le développement du couvert végétal n’est pas le bon critère pour décider de sa destruction. Arrivé en entrée d’hiver, un petit couvert aura peu de possibilité de croître correctement par la suite, avec le climat du nord de la France tout du moins. S’il s’est peu développé, c’est qu’il a mal levé ou trop tardivement. Dans d’autres cas, c’est que l’azote disponible dans le sol était limité et que le couvert a été bloqué dans son développement à cause de ce facteur limitant. Cela se voit fréquemment sur des couverts ou repousses, qui montrent alors des symptômes de carence en azote (jaunissement, rougissement…).

Il est donc peu utile de détruire un couvert tardivement dans ce cas. Inversement, il faut éviter de détruire un couvert en début d’automne sous prétexte qu’il est déjà bien développé. En effet, s’il y a beaucoup d’azote disponible dans le sol (minéralisation, mauvaise absorption par le précédent…), il est dommage de ne pas piéger tout l’azote absorbable. Ses autres effets agronomiques pourront aussi être prolongés.

La date de destruction du couvert doit se raisonner en fonction du rôle qu’on veut lui donner. Par exemple, il a été montré qu’un couvert implanté en été a joué son rôle de piégeur de nitrates dès la mi-novembre. Les autres fonctions attendues du couvert comme la protection du sol ou du gibier auront souvent été atteintes à cette date. Dans de nombreuses situations, il est conseillé de détruire le couvert vers la mi-novembre et cela est cohérent avec la directive nitrate de nombreux départements. Cette date permet de laisser le temps au couvert de se décomposer pour fournir à la culture suivante une partie de l’azote piégé. Cette décomposition des résidus permet aussi de ne pas trop retarder le ressuyage du sol dans les premiers centimètres en surface en cas de semis sans labour. L’arrêt de la croissance du couvert en novembre permet également à la pluie hivernale de recharger la réserve en eau du sol. Si la culture est implantée assez tard au printemps suivant (maïs par exemple), il est possible de retarder la destruction à février tout en conservant un délai suffisant entre la destruction du couvert et le semis de la culture. En sol léger sensible à la battance ou à l’érosion, maintenir une couverture du sol longue permettra de protéger le sol plus longtemps, même si cela n’apporte rien vis-à- vis des fuites d’azote. Les sols argileux peuvent cependant imposer des destructions plus précoces pour ne pas pénaliser les conditions d’implantation du maïs.

Lorsqu’un couvert végétal est mis en place avant une céréale d’hiver, il est possible de le détruire au dernier moment sans avoir d’effet dépressif, dans la mesure où la céréale a des besoins faibles en automne et à condition de disposer du matériel adapté au semis de la céréale. La période d’automne et d’hiver permettra à l’azote du couvert d’être minéralisé et à la réserve en eau du sol de se recharger, avant la montaison de la céréale.

Les dates de destruction des couverts préconisées sont résumées dans le tableau 1. Elles sont déclinées en fonction de la culture suivante et du type de sol. Le mode de travail du sol peut aussi intervenir.

Des moyens de destruction très variés

Toutes les espèces de cultures intermédiaires ne sont pas adaptées aux multiples modes de destruction utilisables. Cela signifie que si un mode de destruction a été choisi en cohérence avec les objectifs de l’exploitation (temps de travail, structure du sol, coût…), il faudra savoir adapter son choix d’espèce en conséquence. Cela est aussi valable pour les utilisateurs de mélanges de couverts, où les différentes espèces doivent être sensibles au mode de destruction envisagé. Pour ceux qui excluent la destruction chimique de leur itinéraire (réglementation, CAD, choix personnel…), la liste des couverts utilisables se restreint.

La sensibilité des couverts aux différents modes de destruction est présentée dans le tableau 2. Les résultats sont donnés à titre indicatif car d’autres paramètres sont aussi à prendre en compte. Par exemple, un couvert bien développé est plus sensible à un mode de destruction donné qu’un autre de la même espèce et moins développé. Ceci est valable pour le gel, le roulage, le broyage…

Le gel est aléatoire pour la majorité des espèces La destruction par le gel est le moyen « idéal » : gratuit, rapide, écologique et ne dégradant pas la structure du sol. Malheureusement, peu d’espèces sont suffisamment sensibles pour être détruites dans 100 % des cas. Des espèces peuvent répondre à ce cahier des charges  : nyger, sarrasin, moha… sont tuées par les premières gelées blanches. Le tournesol, utilisé comme couvert végétal, se détruit assez facilement avec des températures d’environ - 2° ou - 4°. Les couverts cités précédemment ont l’avantage de geler facilement, mais leurs besoins en chaleur les rendent en contrepartie délicats à implanter (semis précoce impératif).

La moutarde est plus facile à implanter, mais gèle moins facilement, vers - 6° ou - 8° environ. Ce niveau de température est atteint dans presque 100 % des cas à la mi-janvier avec le climat de Essey-les-Nancy (54), ce qui permet de détruire un couvert avant une orge de printemps avec une relative sécurité. En plein cœur du bassin parisien, à Boigneville (91), la probabilité de connaître un gel à - 6° est de 90 % le 1er février.

Par contre, pour connaître une gelée à - 8°, elle n’est que de 70 % en attendant le 1er mars (figure 2). Cela rend la destruction d’une moutarde aléatoire même avant maïs. Dans le climat de l’Ouest de la France, la destruction d’une moutarde par le gel est encore plus aléatoire. Par exemple, à La Jaillière (44), la probabilité de connaître un gel à - 6° est de 60 % fi n février et de 20 % pour un gel à - 8°.

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