Produire des micro-organismes : pas si simple !

Document LALLEMAND PLANT CARE

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Les micro-organismes (levures, bactéries et champignons) sont les nouvelles stars de l’agriculture. Présents en grande quantité dans le sol, leur rôle est essentiel dans ses fonctions clés. Ils sont nécessaires pour la minéralisation de la matière organique, contribuent à une meilleure structure du sol, ils participent à la dégradation de polluants organiques et à un meilleur état sanitaire dans les sols. Enfin, ce sont de formidables partenaires des cultures. Les produire et en apporter au sol se révèle une affaire complexe.

Si vous voulez en savoir plus sur la vie du sol, l’humification, et tout un tas de questions que vous vous posez peut-être… on a déjà écrit quelques lignes sur le sujet par ici.

Mais revenons-en à nos microbes. Si les micro-organismes sont déjà dans le sol, est-il bien nécessaire d’en rajouter ? Et ne vais-je pas mettre le bazar dans l’écosystème existant ?

JPEG - 38.1 ko Notre philosophie chez Lallemand est d’inoculer des plantes et non des sols. Dans un sol, on va trouver 30.000 ou 40.000 espèces de micro-organismes (sans compter les souches…), autrement dit, c’est un écosystème avec une forte inertie. Si vous espérez impacter positivement votre sol par un apport de micro-organismes, il va falloir en apporter des quantités fabuleuses et ils vont entrer directement en compétition avec une flore indigène par définition bien adaptée à son milieu. Vos micro-organismes feront ils le poids ? Cela risque d’être aussi compliqué que décevant.

En revanche, si vous apportez des micro-organismes dans une zone très proche des racines, et que la plante y trouve un bénéfice, alors, pour les fidéliser, elle va nourrir ces petits partenaires en leur rétrocédant une partie du sucre qu’elle a produit grâce à la photosynthèse. Bien nourris, ces micro-organismes se multiplieront et feront profiter la plante de leurs bienfaits. Certaines bactéries sont par exemple très efficaces pour solubiliser les minéraux bloqués dans le sol, comme le phosphore, d’autres encore peuvent émettre des métabolites de croissance pour stimuler la croissance racinaire et ainsi développer leur territoire, certaines sont juste très encombrantes et font barrière aux pathogènes... La plupart ont généralement plusieurs cordes à leur arc, mais méfiez-vous tout de même des produits miracles qui font tout.

Cette relation gagnant/gagnant est ce que l’on va appeler une symbiose (ou mutualisme).

Bien sûr, de telles symbioses peuvent se créer de manière naturelle. Mais l’échelle de temps nécessaire à les voir se produire est difficilement compatible avec le rythme de l’agriculture. Inoculer une culture revient à recréer artificiellement un mécanisme naturel qui se serait créé sur du très long terme. Il faut voir les choses en face, même sans labour ou sans pesticides, l’agriculture restera une action « contre nature » vis à vis du biotope sol. Introduire massivement un végétal exogène unique à des fins de production n’est pas naturel (même si c’est la moins mauvaise des solutions pour se nourrir) et l’accompagner avec quelques-uns de ses partenaires microscopiques afin de favoriser son acclimatation nous semble pertinent.

Mais après, ces micro-organismes, ils deviennent quoi ?

Une fois la culture terminée, les micro-organismes de la rhizosphère, privés de nourriture, vont progressivement disparaître. Il en restera bien quelques-uns qui auront sporulé (un genre d’hibernation pour résister jusqu’à des temps plus favorables), mais dans une proportion trop faible qui rendra les futures symbioses aléatoires.

Est-ce que tout le monde peut produire des microorganismes ?

En théorie ça n’est pas bien compliqué. D’ailleurs, on peut bien faire sa propre bière, est-ce si différent ? Un micro-organisme, si on lui donne du sucre, va se mettre à fermenter, c’est simple non ?
(je vous donne un indice : non)

Pour développer la flore de mon sol, pourquoi ne pas récupérer un peu de sol, nourrir les micro-organismes qui s’y trouvent pour qu’ils se multiplient et ré-inoculer le tout ?

Le problème en faisant cela, c’est que l’on ne sait absolument pas ce que l’on a dans cet échantillon de sol. Donc on ne sait pas quels micro-organismes on va produire ? Des micro-organiques bénéfiques ? Des agents pathogènes ?... ça sera la surprise !

Il y a donc, au départ, un gros travail de sélection qui prend plusieurs mois. On se sert du criblage qui permet de sélectionner les micro-organismes qui présentent un intérêt agronomique.

Mais une fois qu’on a la bonne souche, c’est bon ?

Une fois que l’on a sélectionné des souches intéressantes, on va les faire se reproduire. Mais en étant sûrs que ce sont bien elles qui sont produites, sans aucune trace de contamination (parce qu’une fois dans le fermenteur, tous les micro-organismes vont se développer, les bons, comme les mauvais). Enfin, on veut que nos souches restent vivantes, stables et capables de se reproduire jusqu’à leur ré-inoculation dans un milieu.
Par ailleurs, on le sait, lorsqu’on élève un enfant par exemple, en fonction de l’éducation ou l’alimentation que l’on va lui donner, l’épigénétique (l’expression des gènes) va faire qu’il va évoluer d’une certaine manière. Eh bien pour les microorganismes c’est exactement pareil. On a pu constater que pour une souche donnée, le système d’élevage (on devrait dire production - mais c’est pour l’analogie) va influer très fortement sur l’expression ou non des gènes qui nous intéressent.

Ainsi une même souche peut donner des descendants plus ou moins efficaces ou flémards en fonction de tout un tas de critères :
-  quels sont les nutriments dont cette souche a besoin ?
-  quelle est la dose de nutriment qui les rend le plus efficaces ?
-  quelle est la température idéale ?
-  leur faut-il de l’oxygène et dans quelle proportion ?
-  est-ce qu’ils seront plus efficaces si on les stresse à la production… ?

Bref, c’est un métier extrêmement technique.

D’ailleurs, ceux d’entre vous qui ont déjà tenté de produire du vin, de la bière ou du pain au levain le savent bien. Même si vous avez fait de votre mieux et qu’il vous semble avoir fait exactement pareil que la fois précédente, de temps en temps, la fermentation vous échappe, et ça tourne mal…

Etes-vous sûrs de vouloir prendre le risque d’inoculer des pathogènes dans vos cultures ?



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