Du maïs en corridors solaires

Document Opaline Lysiak

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Comment bâtir la fertilité des sols quand on cultive du maïs en utilisant la technique des corridors solaires ou du maïs à 150 cm ?
Comment partager nos essais et apprendre ensemble en impliquant des étudiants dans le partage des connaissances ?
C’est l’objet de cet article !

Le maïs est la 2ème plante la plus cultivée en France et la 1ère plante cultivée au monde. C’est un défi d’implanter un couvert végétal après la récolte du maïs, car il fait souvent trop froid et la luminosité diminue.
En écrivant cet article, j’aimerai vous donner envie de tester la technique du maïs à 154 cm et surtout, valoriser et partager vos résultats en les faisant remonter à la communauté des étudiants de l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse.

Pourquoi semer du maïs en utilisant la technique des couloirs (ou corridors) solaires ?

Implanter un couvert pendant la culture du maïs permet de sécuriser le développement du couvert, couvrir et structurer les sols, apporter de la biodiversité pendant la culture et de la biomasse pour les sols.

En Amérique du Nord, la technique des "Solar Corridors" (ou 60 pouces, ou 1m50, ou corridors solaires, ou couloirs solaires) est expérimentée depuis 2005 et a fait ses preuves. Cela peut surprendre, mais écarter les rangs à 150 ou 154 cm selon vos semoirs entraîne pas ou peu de baisse de rendement, si l’on respecte quelques bases de l’itinéraire technique. Et puis si vous avez tendance à penser long terme, une baisse de rendement la première année ne devrait pas vous effrayer.

En 2018, 5 agriculteurs de l’Iowa (Etats-Unis) réalisent que l’écartement des rangs et le semis de couverts à la fin du printemps permet d’assurer le développement d’un couvert abondant et diversifié, par rapport à une technique de maïs à 37,5 cm qui engendre des problèmes de fertilité à long terme. Ils obtiennent des rendement similaires entre l’écartement classique (30 pouces - 77 cm) et l’écartement double (60 pouces - 154 cm).

Les essais se poursuivent en 2019 aux Etats-Unis et au Canada. Au Québec, en 2019, un groupe de 11 agriculteurs (7 en bio, 4 en AC) parmi lesquels Sébastien Angers (qui lance le groupe) et Jocelyn Michon, mettent en place des essais dans leurs parcelles.

Aux Etats-Unis et au Canada, 15 années d’expérience montrent que :
⇒ Semer un couvert sur 50% de la surface de la surface pendant la croissance du maïs permet de bâtir la fertilité des sols pendant la culture du maïs
⇒ Cette technique permet de réduire les coûts de fertilisation et de travail du sol - certains l’utilisent en période de transition vers l’agriculture du conservation ou agriculture régénérative.
⇒ Ainsi, si la baisse de rendement "terrain" moyenne la première année est de 20%, le rendement économique devient très intéressant après 3 à 5 ans.
⇒ Le couvert végétal étouffe les adventices pendant la culture du maïs et après la culture du maïs, facilitant la gestion de l’enherbement sur l’ensemble d’une rotation. C’est donc aussi un bon levier pour passer en bio !
⇒ Le carbone labile est essentiel dans la dynamique de l’azote. La biomasse de couverts produite joue un rôle essentiel. Certaines plantes créent de l’enracinement profond, pour injecter du carbone à différentes profondeurs. Le maïs à 154 cm permettrait de diversifier les types d’enracinement dans un même espace-temps sur la parcelle.

L'intelligence collective du groupe d'agriculteurs québécois sur le maïs à 60 pouces

« Un prémisse de la technique des corridors solaires est que l’architecture de la plantation donne au maïs l’accès à des radiations photosynthétiquement actives, ce qui augmente la production de composés carbonés avec au final une augmentation de biomasse et de grains récoltés »
(Kremer and Deichman, 2014)

Dans cette interview que j’ai réalisée à distance, Sébastien Angers explique pourquoi mettre en place la technique :

Vous pouvez aussi écouter Sébastien en podcast audio dans votre tracteur !
Cette technique est donc très intéressante pour tous ceux qui souhaitent :
⇒ Bâtir la fertilité des sols
⇒ Implanter des couverts plus facilement après maïs
⇒ Eventuellement faire pâturer les couverts
⇒ Limiter les traitements herbicides ou le désherbage mécanique
⇒ Plus facilement allier AB et AC !

En France, après la visite de Sébastien Angers en mars 2019, Bertrand Paumier choisit de mettre en place un premier essai. La sécheresse combinée à une technique d’implantation des couverts (à la volée) non adaptée n’a pas permis un développement fructueux des couverts.

Comment faire : un ITK créatif mais respecter certaines règles !

La technique des couloirs solaires débarque en France : l’objectif est de ne pas se limiter en termes de créativité des agriculteurs, et, pour reprendre Frédéric Thomas, de faire un "screening" et ratisser large dans les idées des paysans. Par contre, il faut aussi limiter la casse en tenant compte des retours d’expériences du Québec notamment.

Dans cette vidéo, Sébastien présente les bases de l’itinéraire technique. Beaucoup de choses sont applicables directement en France, mais à adapter évidemment dans votre contexte régional et selon les objectifs de votre ferme !

Vous pouvez aussi écouter Sébastien en podcast audio dans votre tracteur !

La technique de semis la plus utilisée est la suivante : sur un semoir 8 rangs, on ferme un rang, on ouvre 2 rangs, on ferme un rang, on ouvre 2 rangs. Au final, les couloirs ouverts à 150 cm sont séparés par 2 lignes de maïs à 75 cm. Cela permet d’obtenir une densité de semis de 134 000 sur le rang mais une population à l’hectare toujours égale à 90 000 pieds/ha. On évite ainsi de trop densifier sur le rang.

Ici, Jocelyn Michon a créé des couloirs solaires de couverts végétaux tous les 1m50

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Préférez une orientation des rangs qui permette au soleil de pénétrer dans le rang sur une longue période de la journée, pour maximiser la photosynthèse du couvert et des feuilles les plus basses du maïs

Optez pour des variétés de maïs qui répondent bien à une augmentation du potentiel de photosynthèse, qui peuvent faire 2 épis par pied, plutôt pour des dentés qui vont réguler le nombre de grain par épis en fonction de la ressource en azote, en lumière et en eau.

Adapter la dose de semis en fonction du potentiel de fertilité de la parcelle : plus le potentiel de fertilité azoté est élevé plus vous pouvez vous permettre de densifier

L'architecture de la technique des corridors solaires (source : H.L. Britt)

Préparation du sol : trouvez une manière de désherber, chimiquement ou mécaniquement, avant le semis du maïs et des couverts, car le désherbage

Largeur de couverts : il est vivement conseillé de semer le couvert dans les couloirs solaires sur une bande de 60 à 70 cm pour limiter la compétition avec le maïs et pouvoir gérer le couvert (fauche par exemple)

Le matériel utilisé pour le semis des couverts dépend de vos moyens et de votre créativité ! Au Québec, Pierre Olivier Gaucher utilise un semoir SD à céréales dont les rangs qui passent au dessus du maïs sont fermés.

Ne pas semer trop tard le maïs et les couverts, pour leur permettre un développement optimal. Certains sèment tout en même temps, d’autres sèment le couvert au stade 3 à 6 feuilles du maïs.

Gestion des couverts : : un équilibre est à trouver entre la « diversification » du mélange de couverts et la quantité de passages et de travail demandée pour gérer les couverts. On a deux extrêmes au Québec entre Jocelyn Michon - un passage pour le semis de maïs et cow pea, zéro opérations jusqu’à la récolte du maïs - et Sébastien Angers - 3 semis de 3 mélanges de couverts différents et gestion du couvert par la fauche.
La floraison est essentielle pour permettre au couvert de créer tout son potentiel.

Sébastien Angers a fauché son couvert multi-espèces puis a réalisé que cela donnait peut-être un "coup de fouet" au couvert qui puise des ressources dans le sol au détriment du maïs. Pourtant la fauche était nécessaire pour éviter la montée en graines du couvert. A creuser !
Jocelyn Michon, lui, préfère semer un couvert mono-espèces de cow-pea.

Jocelyn Michon explique dans cette interview que j’ai réalisée à distance, pourquoi il s’est lancée dans la technique et détaille son ITK.

Vous pouvez aussi écouter Jocelyn en podcast audio dans votre tracteur !

Choix des couverts : soyez créatifs !

Sébastien Angers propose de raisonner en terme de nombre « d’espèces par espace-temps » :
- Maïs seul = 1 espèce par espace-temps
- Maïs + cow pea = 2 espèces par espace-temps
- Maïs + mélange de 7 espèces = 8 espèces par espace-temps

Pierre-Olivier Gaucher conseille, dans un article du TCS n°107 : « Les intercalaires en écartement classique subissent rapidement l’effet ombre du maïs et les espèces ont toujours été limitées à celles préférant une faible luminosité (Ray-grass, lin et trèfle incarnat). Dans le cas du 154 cm, c’est tout l’inverse. Beaucoup plus d’espèces sont possibles, la saison végétative est plus longue, le potentiel fixateur d’azote du mélange et son rapport C/N (stabilité et qualité carbonée), ainsi que l’arrière effet attendu l’année suivante ont été pris en considération. C’est donc au final, un mélange 7 espèces qui fût choisi pour assurer la bonne conjugaison entre les critères désirés. (pois fourrager, féverole, sarrasin, radis, ray-grass, mélilot et lin) »

Sébastien Angers (en bio) a semé son maïs dans une bande travaillée, sur un couvert multi espèces

Certains ont semé le maïs en même temps que les couverts. D’autres ont semé les couverts au stade 3 feuilles du maïs. D’autres ont semé les maïs dans des couverts encore vivants.
« Au Québec, pour ceux qui ont déjà vu et vécu notre saison de croissance, le maïs pousse vite voir très vite. Le moment d’implantation de l’intercalaire est donc crucial. Le stade privilégié par notre consortium a toujours été entre 4 et 6 feuilles. Dépassé ces stades, le maïs s’emballe et sa croissance limite le développement de la végétation de l’inter rang et annule le potentiel agronomique et économique du couvert »

Jocelyn Michon a opté pour le cow pea dans l'entre-rangs

Exemples de plantes semées au Québec :
Vivaces : luzerne, lotier, trèfle rouge, chicorée, ray-grass, fléole,
Bi-annuelles : mélilot, vesce velue, seigle
Annuelles : pois fourrager, trèfle d’Alexandrie, sarrasin, phacélie, haricot noirs, teff, tournesol (non hybride), chia, etc...

Quel protocole pour pouvoir mesurer vos résultats...

Voilà, vous avez beaucoup d’infos pour démarrer votre essai. Et si vous souhaitez pouvoir le partager, le comparer, voilà ce que vous pouvez faire :

⇒ Le mettre en place juste à côté d’un témoin à écartement normal, dans une parcelle accessible pour faciliter les visites des curieux. Vous verrez c’est très agréable de se promener dans un couloir de soleil plein de papillons et d’abeilles.

⇒ Semer 2 à 3 passages de semoir au moins (tout dépend de votre relation au risque et si vous êtes joueur)

Mettre en place un suivi et des mesures simples : comptage de couverts, biomasses des couverts, test bêche, test du slip, et bien sûr, rendement. Si vous répétez l’essai pendant plusieurs années vous verrez que la matière organique augmente sûrement plus vite sur l’essai en corridors solaires. Vous pouvez utiliser l’outil les Indiciades pour mesurer l’évolution de la matière organique avec le bilan humique.

... et partager cet essai à une plus grande communauté ?

" Les agriculteurs sont les mieux à même de connaître le mélange adapté à leur parcelle pour la production de maïs. En revanche chaque agriculteur devra faire remonter au reste de l’équipe son choix de mélange pour tirer les meilleures conclusions de la force du groupe car le détail du mélange le plus adapté à ce type de culture est une deuxième étape assumée du projet qui vise l’optimisation de cette technique. La mesure de la production du couvert et les données biologiques et physico-chimiques du sol sont des données suffisantes à ce stade de la recherche pour la comparaison inter-sites et l’explication des différences observées" explique Sébastien, évoquant le mode de fonctionnement au Québec.

Et bien sûr si vous faites des mesures, vous savez que plus les agriculteurs à mettre en place cet essai seront nombreux, plus on apprendra rapidement et on fera évoluer la technique.

" Expérimenter au même moment permet d’avoir une expérimentation collective et plus la créativité des agriculteurs est développée plus l’intelligence collective est forte"

La créativité des agriculteurs est sans limites : ici du maïs façon technique des trois soeurs !

Si vous souhaitez vous lancer dans une aventure agroécologique humaine, voilà ce que je vous propose :

⇒ Recevoir le "kit" et vous connecter avec tous les agriculteurs qui vont mettre en place l’essai cet année, en vous manifestant à travers ce formulaire et en indiquant que vous souhaitez entrer dans le réseau de l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse pour l’essai maïs à 154 cm.

⇒ Dans ce kit, je vous donne des éléments pour savoir comment nous faire remonter votre ITK et vos résultats. Ce sont les étudiants de l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse, qui ont envie d’apprendre avec vous et de vous aider à partager vos innovations, qui feront ce travail.

⇒ Les étudiants échangeront avec vous à distance et viendront dans vos fermes pour faire des mesures, réaliser des vidéos, valoriser votre travail, et centraliser les données pour catalyser l’apprentissage sur cette technique.

⇒ En échange, nous vous demanderons d’adhérer à l’association Les Agron’Hommes ; le prix est libre, mais nous conseillons une adhésion à 100€ pour les fermes et 50€ pour les étudiants (66% déductible des impôts bien entendu). Ainsi, si 10 agriculteurs adhérent, il y aura 1000 euros pour financer le travail des étudiants : consolidation des résultats et de valorisation !

Nicolas Gorin, Pierre-Henri Hamon et Bertrand Paumier mettent en place l’essai en 2020.

" Pour travailler en équipe il faut séparer les idées des personnes. C’est dans le partage collectif de nos histoires qu’on trouvera
comment faire de l’agroécologie ensemble » Sébastien Angers

Dans cette vidéo, Sébastien Angers et Jean-François MESSIER expliquent quelles bases ils ont développées pour un partage de connaissance, un apprentissage bienveillant et performant au sein de la cellule d’innovation sur le maïs en couloirs solaires. Ils ont créé une page Facebookdédiée au partage des informations.

Vous pouvez aussi écouter Sébastien et Jean-François en podcast audio toujours dans votre tracteur (... ou en faisant la vaisselle) !

Une Ecole d’Agroécologie Voyageuse ?

Chaque agriculteur est engagé dans un chemin de la transition agroécologique, à sa manière. Le projet Les Agron’Hommes lance l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse en septembre. Un programme d’un an pour que les étudiants puissent aider les agriculteurs dans leurs projets en faisant voyager les connaissances de ferme en ferme, tout en apprenant sur le terrain. L’objectif est d’inspirer et former des paysans facilitateurs de transition agroécologique !

Sébastien Angers avec les étudiants du lycée agricole de Chambray en Normandie

Parmi les thèmes que les étudiants pourront choisir pour leur parcours : la réintégration de l’élevage dans les fermes céréalières, les macérations de plantes en grandes cultures, l’Agroforesterie successionnelle ou encore le maïs en corridors solaires. Si vous avez des idées de thèmes et souhaitez participer au projet, remplissez ce formulaire !

Merci à tous et n’oubliez pas : la créativité des agriculteurs est l’un des piliers pour construire des paysages vivants !



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