Le colza, futur Metarex ?



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C’est souvent par inadvertance, par hasard ou par accident qu’une in-novation naît. L’agriculture de conservation fourmille d’exemples de ce type. Le colza associé en est un illustre exemple. C’est ainsi par acci-dent que Benoît Legein, SDiste dans le Tarn-et-Garonne, à Lafrançaise, s’est rendu compte de l’efficacité d’ajouter du colza au tournesol, sim-plement parce que la crucifère focalise toute l’attention des gastéro-podes.

Le tournesol n’est pas la culture principale de Benoît Legein, en semis direct total depuis 2 ans avec des débuts depuis 5 ans. Non, la culture la plus « rentable » sur son exploitation de 90 ha, qui compte aussi un élevage de chèvres laitières et 2 poulaillers, est le blé améliorant. Pour autant, depuis qu’il est passé au SD (pour la petite anecdote, B. Legein a quand même été vice-champion de labour), le tarn-et-garonnais a logiquement allongé la liste de ses cultures. « Auparavant, il y avait surtout du blé, du tournesol et du maïs ensilage », explique-t-il. Depuis, il a rajouté de l’orge, de l’avoine, du sorgho, du soja, supprimé le maïs et réintroduit le tournesol après s’en être passé un temps. « Il faut dire que beaucoup me dissuadaient de faire du tournesol en SD, arguant que cela ne marchait pas ». C’est sans compter le tempérament un peu frondeur de Benoît qui va aller à l’encontre de ces conseils et tenter la culture. « Plus pour m’amuser, en fait », admet-il. Car il est ainsi : il aime essayer, expérimenter tout en ayant la rigueur d’un compétiteur. Petite précision importante : il n’y a pas d’irrigation sur l’exploitation de B. Legein, ce qui explique aussi ses orientations culturales. Les sols sont majoritairement des argilo-calcaires et les parcelles souvent pentues, particulièrement séchantes en été.

Un rang sur trois de tournesol

Mais revenons au sujet : le tournesol et le colza… L’oléagineux a été réintroduit au printemps 2016. B. Legein le positionne derrière un blé améliorant avec, entre les deux cultures, un couvert fait d’un mélange de pois, féverole, orge et avoine. Nous reviendrons sur le « pourquoi » de cette composition. L’interculture de 2015 est propice au développement d’un très beau couvert que Benoît maintient vivant et dans lequel (hauteur : 1.40 m !) il va semer en direct son tournesol avec son JD 750 A qu’il a, par ailleurs, hautement personnalisé (le semoir est, par exemple, équipé de 4 trémies). Juste après semis, il applique un petit litre/ha de glyphosate, surtout pour gérer les graminées du couvert, orge et avoine que le rouleau hacheur n’arrive pas, en général, à supprimer. Le tournesol est semé un rang sur 3 (entre-rang de 16.5 cm). 2 parcelles de son exploitation accueillent cette culture.
Sur la première, il applique un insecticide dans la ligne de semis et un engrais starter. Entre les rangs de tournesol, il sème, en même temps, du colza de cycle long à 2 kg/ha. « A ce moment-là, mon idée, avec ce colza, était d’en faire une culture qui serait déjà en place à l’automne, après la récolte du tournesol », explique Benoît. La suite ne va pas se passer comme prévu (il est là, l’accident de parcours !) « J’aurais dû faire un désherbage de post semis prélevée avec, par exemple un Novall car l’application de glyphosate n’a pas été suffisante et la parcelle était sale ». Benoit réalise alors un rattrapage avec 3l/ha de Challenge à 5 feuilles du tournesol ce qui supprime, en grande partie, le colza. Mais, dans ses expérimentations, le SDiste prend toujours soin de laisser une partie témoin et dans cette parcelle, il va le faire sans herbicide de rattrapage. « Là, le colza n’est pas monté, il est resté sous la forme de grosses rosettes. » Sur ce témoin, Benoît n’applique non plus d’anti limaces, contrairement au reste de la parcelle. Et c’est sur ce point-là qu’est la grosse surprise : le colza se transforme en véritable appât à limaces qui laissent alors indemne le tournesol.

Soja sous tournesol

Pour la suite de l’itinéraire de cette parcelle, le tournesol a reçu 40 kg/h d’azote à 5-6 feuilles et rien d’autre. Il a produit 24 q/ha, ce qui est honorable. B. Legein indique également avoir, sur cette parcelle, semé deux variétés de tournesol dans le but de favoriser la pollinisation. Est-ce que ce fut grâce à cette astuce mais les têtes des tournesols étaient bien remplies avec une belle culture en végétation.
La deuxième parcelle maintenant… En fait, notre SDiste ne comptait pas y faire de tournesol. Il y a d’abord semé, en direct, un soja de ferme. Il s’est avéré que les semences n’étaient pas de très bonne qualité avec de sérieux défauts de germination. Benoît décide donc d’y resemer un tournesol, variété Clearfield. Là aussi, on lui prédit que cela ne marchera jamais ! Vue la variété de tournesol semée, il désherbe au Pulsar, ce qui nettoie bien la parcelle. Petite remarque de Benoît : « j’avais un peu sous doser mon tournesol, en le semant à 55 000 pieds, plutôt que 65 à 70 000. » La bonne surprise est que tout pousse en même temps, sans concurrence. « J’ai osé faire cela car j’avais parfois remarqué dans d’autres parcelles, pas forcément chez moi, de très belles repousses de tournesol dans du soja. En fait, le soja se trouve très bien à l’abri du tournesol. En plus, ce dernier attire les pollinisateurs qui y trouvent aussi le soja à l’étage inférieur de la végétation ». Benoît ne mettra aucun azote sur cette parcelle, ni même d’engrais starter. Le tournesol a produit un petit 2 tonnes mais Benoît pense que c’est surtout dû à son sous-dosage de départ. Le soja a, quant à lui, sorti 13 q/ha. « Avec un prix d’environ 340 à 350 euros que ce soit en tournesol ou en soja, même si les rendements sont inférieurs, je ne m’en sors pas si mal ! », ajoute notre agriculteur expérimentateur.

Et maintenant, colza-tournesol-soja

Voici donc deux parcelles qui, en 2016, n’ont certes pas répondu aux objectifs de départ qui, rappelons-le, pour l’une, était de sortir du tournesol avec un colza déjà implanté et pour l’autre, tout simplement produire un soja solo. Mais elles ont apporté bien plus et peut-être, ouvert sur de nouvelles astuces de production en AC : le colza comme anti-limaces en tournesol et l’association tournesol-soja. Pour cette année, B. Legein compte évidemment poursuivre ses investigations. Son couvert, toujours de même nature est en place. Benoît tient en effet à la présence des deux graminées, orge et avoine car elles apportent un paillage qui tient longtemps au sol ce qui, dans ses terres séchantes, est un vrai plus (réduction des pertes d’eau par évaporation). Cette fois-ci, il compte semer les trois plantes en même temps : tournesol, toujours 1 rang sur 3, le soja 2 rangs sur 3, avec une bonne densité pour les deux et le colza en plus, sur tous les rangs ; un colza de ferme, peu coûteux. B. Legein s’interroge sur l’opportunité de maintenir l’insecticide dans la ligne de tournesol. « Je pense le faire, histoire de ne pas rajouter à la prise de risques mais au fond de moi, je pense que je pourrais, à un moment, m’en passer. » Bien sûr, il va laisser un témoin. Côté désherbage, il mise sur le petit litre de glyphosate juste après semis et certainement un Challenge ensuite. L’avantage avec le tournesol et le soja est qu’ils ont des herbicides communs. Pas de Pulsar puisqu’il ne va pas semer de variété Clearfield. Pour lui, l’efficacité du Pulsar tend à diminuer. Côté azote si, en 2016, dans l’association soja-tournesol, il n’avait rien apporté ; là, il envisage quand même d’aider un peu, sans doute avec un starter.
Et la récolte avec tout cela ? Pour Benoît, le seul inconvénient est de devoir passer deux fois : une première pour ramasser le tournesol et une seconde, en perpendiculaire, pour récolter le soja. Mais, comme il le souligne : « pas besoin de séparateur ». Un point est aussi à améliorer concernant le placement des rangs de semis par rapport à la moissonneuse.
« Il me tarde l’automne prochain pour voir ce que cette triple association aura donné », s’enthousiasme Benoît. Et nous aussi, d’ailleurs ! Car, voilà peut-être, de quoi solutionner la pro-duction de tournesol en semis direct, réputée compliquée. Dans tous les cas et déjà par rapport aux limaces, B. Legein compte bien sur ce colza d’accompagnement pour ne plus devoir acheter quelques 300 kg de Metarex chaque année.

L’expérience de Thierry Cavaillé (Lot) L’orge avec le tournesol

A l’instar de Benoît Legein, Thierry Cavaillé, SDiste du Lot, connait une problématique limaces récurrente. Difficile pour lui d’envisager de ne pas mettre d’anti-limaces, que ce soit pour les semis de tournesol, de maïs ou de sorgho. Sans compter que d’une manière générale, le tournesol en SD, ce n’est jamais gagné.
Début 2014, il prend connaissance d’une expérience d’un autre ACiste, qui associe au tournesol de l’orge, histoire d’appâter les limaces afin qu’elles délaissent la culture de vente. Au printemps 2014, il tente le coup et ajoute 22 kg/ha d’orge au tournesol. Il va même y introduire 9 kg de fenugrec. Pourquoi pas ? Tout cela est possible parce que son semoir de SD, un Semeato, est équipé d’une trémie frontale mais aussi, si besoin est, de la petite trémie habituellement utilisée sous la moissonneuse-batteuse. Dans la grosse trémie frontale, il met les semences de tournesol ; l’orge est introduite dans la caisse normale de semis du Semeato et la petite trémie sert, dans ce cas, au fenugrec. Mais ce n’est pas tout car Thierry est convaincu que c’est une multitude de petites choses qui peuvent permettre de contrôler les limaces (ou toute autre problématique, d’ailleurs). Il utilise un rouleau qu’il appelle destructeur, de 90 cm de diamètre et équipé de lames tous les 17 cm. « Lorsque le sol est un peu repris en masse, si on passe ce rouleau à grande vitesse, dans les 15 km/h, on se rend compte qu’il fait une sorte de micro-travail de la surface, réchauffe suffisamment celle-ci, bénéficiant au passage du Semeato le jour suivant, à la qualité de semis et à la future levée. J’ai ainsi pu diminuer de 10 % mes pertes à la levée. Je pense en outre que les limaces n’apprécient pas ce passage de rouleau. J’ai aussi peaufiné les réglages du semoir afin d’améliorer le contact terre graine », explique l’ACiste du Lot.
Au final, si, en début de saison, il a pu observer des pressions limaces de l’ordre de 150 indivi-dus/m², après le passage du rouleau, cette pression tombe à 50/m² puis en dessous de 20 individus après levée de l’association tournesol-orge. Cela ne soustrait pas l’agriculteur d’une application d’anti-limaces (cela le rassure) mais il admet qu’il faudrait qu’il laisse un témoin.
La présence de l’orge ne pose pas de problèmes au bon déroulement du tournesol, d’après T. Cavaillé. A noter qu’il le sème néanmoins un peu plus dense, à 100 000 pieds/ha. L’orge est ensuite supprimée par une application de Stratos, 3 semaines à 1 mois après semis. Application qu’il ne va plus pouvoir s’autoriser cette année puisque Thierry est désormais en conversion bio. « Je ne mettrais pas d’orge avec le tournesol mais je vais tenter l’association fenugrec et lentille », comptant sur le décalage de croissance pour ne pas gêner le tournesol et comptant, bien entendu, sur l’effet légumineuse de la lentille.
Si en 2014, son tournesol avait fait un rendement exceptionnel de 33 q/ha, l’année 2015 partait sur un bon potentiel mais l’été très sec a fait tomber le rendement à 23 q/ha. On oublie les résultats de 2016, inférieurs à 20 q/ha mais certainement pas dus à sa stratégie d’association et passage de rouleau.

ATTENTION : contrairement à ce qui est indiqué dans le document joint (à savoir l’article paru dans TCS 91), c’est bien 22 kg d’orge que T. Cavaillé a ajouté à son tournesol et non pas 120 kg. Toutes nos excuses pour cette erreur !

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