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Tomates de plein champ en Agriculture de Conservation


La tomate est une culture très importante. En chiffre d’affaires, elle a atteint la barre des 55 milliards d’euros en 2012. Ce qui la place au quatrième rang juste derrière le soja et devant le maïs et la pomme de terre (source : global soil biodiversity atlas).
La tomate d’industrie pour la fabrication du ketchup, des sauces tomates, des soupes et la préparation des conserves se cultive en plein champ. La Californie, l’Ontario (Canada) et l’Italie sont des régions très dynamiques au niveau de la tomate industrielle. En France, il y a des cultures de tomates de conserve dans le Sud-Ouest.
Au vu de ces chiffres, il est normal que les réseaux d’Agriculture de Conservation (AC) s’intéressent à la tomate d’industrie. Au niveau agronomique, il semble que les plus avancés soient l’Université de Californie(UC) (article 1 et article 2). Au niveau pratique, des ACistes ont montré sur twitter de belles photos de tomates pour leur consommation personnelle. Néanmoins la tomate en AC reste une pratique minoritaire pour l’instant.
Grand consommateur de soupe de tomate en hiver, j’ai entrepris de faire quelques ares de tomate en AC. Pour cette première année, je me suis surtout posé la question de comment implanter la culture. J’ai lu que l’UC transplantait des jeunes plants de tomates et j’ai décidé de faire pareil. Mais je n’ai pas pu voir le détail de leurs transplanteuses. Du coup, j’ai décidé d’utiliser ce qui me semblait le plus approprié : une machine zip drill 1 rang créant un sillon en T-inversé (voir figure 1).

Figure 1
Figure 1

J’ai donc acheté la semence (variété Marmande), préparé mes plants, réglé mon transplanteur et planté mes plants. L’utilisation d’un T-inversé m’a permis de positionner la face inférieure du plot de terre à plat dans le fond du sillon (voir figure 2). Pour la profondeur de semis, j’ai fait coïncider la profondeur du sillon avec la hauteur du plot du transplant. Cela a permis de refermer facilement le sillon et, à priori, de permettre un enracinement rapide de la plante. Grâce à la technologie du T inversé, le plot du transplant avait un contact direct et propre avec le sol de la parcelle. Il n’y avait aucun “Hairpinning”.

Figure 2
Figure 2

En matière de fertilisation, le sol était relativement bien pourvu et il y a eu un apport de bouchons de fientes de poulet disposés en poquets à la surface du sol entre les plantes (figures 3 et 4).

Figure 3
Figure 3
Figure 4
Figure 4

Pour le désherbage, l’herbe en place a été dévitalisée au glyphosate suivi par 2 désherbages manuels en culture. Au niveau des maladies et des ravageurs, rien n’a été fait. En effet, la parcelle étant petite, loin du lieu d’habitation (une heure et quart de route) et destinée à l’autoconsommation, il n’y a pas eu d’action spécifique pour maintenir un haut niveau de productivité.
La culture a eu une pousse vigoureuse avec des feuilles d’un vert foncé bien prononcé (figure 5) et a réussi à finir son cycle avant le premier gel néerlandais.

Figure 5
Figure 5

Les Pays Bas sont un grand producteur de tomates mais uniquement dans les serres. La culture de la tomate industrielle est inexistante car la belle saison est trop courte pour la production de plein champ. D’une certaine façon, j’ai été chanceux d’avoir eu un été suffisamment chaud pour que mes tomates mûrissent (figure 6).

Figure 6
Figure 6

Vers la fin de la culture, j’ai eu un peu de pourriture molle. C’est le signe de la présence d’une bactérie. La bactérie s’est développée au contact du sol. C’est à dire que là où la tomate touchait les résidus du précédent, j’ai pu observer un peu de pourriture molle. Vu que la saison est courte, j’ai récolté mes tomates un peu vertes (figure 7) et, en fin de saison, j’ai laissé quelques tomates au champ et le gel a fait le reste (figure 8).

Figure 7
Figure 7
Figure 8
Figure 8

Au final, j’ai pu récolter suffisamment de tomate pour faire de la soupe, de la sauce tomate et du chutney de tomate et je pense recommencer l’année prochaine.
En réintégrant les travaux californiens et les expériences d’ACistes dans leur jardin, il est possible d’affirmer que la tomate en AC a passé l’épreuve de “faisabilité”. L’étape suivante est le développement d’un itinéraire technique approprié.
Au niveau de l’implantation, les plantules de tomates se sont bien plu dans cet environnement en T-inversé. La méthode sera reconduite l’an prochain et peut être améliorée avec de la fertilisation localisée dans le sol.
En élargissant le cadre au-delà de la tomate, une nouvelle réalité s’affirme : il est possible de transplanter des plants de cultures industrielles en Agriculture de Conservation. A plusieurs endroits dans le monde, le principe a été vérifié : réaliser avec la bonne technique, les transplants supportent bien le non-travail du sol (principalement avec du tabac mais attention fumer est dangereux pour la santé). Par conséquent, il est possible d’imaginer des cultures transplantées à plus grande échelle en Agriculture de Conservation. Le challenge est technique mais rémunérateur. Il est technique car il faut réapprendre ces cultures dans un nouveau contexte de sol et il faut développer les itinéraires culturaux adaptés. Il est rémunérateur car les cultures industrielles offrent des perspectives de revenu plus grandes que les cultures de céréales ou fourragères.
Et, qui sait, peut-être demain toutes nos cultures à base de plants seront possibles en AC !


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