Jérôme Labreuche, céréales sous couvert permanent

Document Camille Atlani-Bicharzon

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JPEG - 188.1 koCette interview a été réalisée dans le cadre du Village Agroécologique d’Innovagri qui se tiendra les 6, 7 et 8 septembre 2016.

Quels retours d’expérience avez-vous d’agriculteurs en Région Centre cultivant sous couverts permanents ?

Cette pratique est encore peu répandue dans la Région. La plupart des agriculteurs la pratiquant sur une partie de leur exploitation sont en phase de test et d’apprentissage. Les premiers résultats de cette phase exploratoire montrent à la fois des réussites et des échecs. Un résultat encourageant est que, jusqu’ici, les rendements se maintiennent, malgré une diminution des apports en azote et herbicide. En revanche, nous constatons aussi quelques échecs, liés notamment à des couverts mal implantés ou au contraire trop développés et ayant des effets concurrentiels sur les cultures. Nous notons aussi, pour l’instant, des difficultés de désherbage puisque le couvert vivant dans la culture restreint l’usage potentiel des herbicides. Sur certains sites nous constatons aussi que les couverts perdurent difficilement au-delà de un ou deux ans, après quoi ils deviennent hétérogènes, éclaircis et n’apportent donc plus les bénéfices escomptés.

Cette pratique demande beaucoup de technicité. Aujourd’hui, nous ne sommes pas encore certains que les contraintes techniques l’emportent sur les bénéfices. L’un de nos stagiaires réalise actuellement des enquêtes pour éclairer tous ces aspects.

Quels en sont donc ses bénéfices supposés ?

Le premier bénéfice supposé concerne la structure du sol, en particulier dans des sols de limons sableux hydromorphes. Naturellement, ces sols ne sont pas faciles à conduire en travail du sol réduit ou absent, comme dans le cas du semis direct. La présence de racines vivantes dans le sol pourrait donc en améliorer la structure et faciliter une réduction du travail du sol ; ce qui, à son tour, aurait un impact positif en termes d’autonomie des agriculteurs puisque les charges de mécanisation et d’énergie en seraient réduites. Grâce à cette amélioration de la structure du sol, les couverts permanents ou plantes associées pourraient aussi favoriser l’infiltration de l’eau en hiver et, donc, permettre d’avoir des cultures d’hiver en meilleur état. Des observations confirment déjà cela sur des colzas associés, ou sur du blé sur couverts permanents.

Le second bénéfice supposé concerne la réduction de la fertilisation azotée puisque, bien sûr, la légumineuse en apporte naturellement dans le sol. Ce bénéfice n’est cependant pas automatique et dépend de la dynamique de croissance du couvert. Nous pouvons par ailleurs espérer concurrencer la levée des mauvaises herbes – à condition que le couvert ne devienne pas, lui-même, concurrentiel de la culture. Sachant qu’avec cette pratique le spectre des herbicides utilisables dans les cultures est restreint, nous n’y voyons pas encore très clair sur les bénéfices ou contraintes de la pratique vis-à-vis du désherbage. Enfin, chez les éleveurs, cela peut aussi permettre de produire du fourrage en interculture et donc de gagner en autonomie sur l’alimentation des animaux et même, pourquoi pas, d’un méthaniseur.

En somme, nous avons encore besoin de prendre du recul et d’acquérir des références sur le sujet pour pouvoir estimer les bénéfices réels de cette pratique.
Quels types de couverts recommandez-vous en Région Centre ?

Nous recommandons essentiellement les légumineuses pérennes, en faisant attention à ce qu’elles soient adaptées au type de sol. Dans un terrain humide, nous éviterons par exemple les luzernes pour plutôt aller vers des trèfles – trèfle blanc, trèfle violet, voire même du lotier corniculé. Dans des sols plus séchants, nous pourrons aussi utiliser du trèfle blanc ou violet, mais les plus adaptés seront la luzerne et le lotier corniculé.

Que recommandez-vous aux agriculteurs s’intéressant à cette pratique mais qui hésitent à sauter le pas ?

Pour l’instant nous ne sommes pas dans la préconisation, mais bien dans l’observation et l’accompagnement des personnes qui, spontanément, voudraient se lancer. Nous tentons de donner à ces derniers des éléments techniques sur les effets possibles des couverts sur les cultures et sur comment les gérer – notamment, les herbicides utilisables ou les types de couverts présentant un intérêt particulier. Nous avons par ailleurs des recommandations formalisées sur les espèces, les densités de semis, la gestion des couverts dans les cultures mais il m’est difficile de vous donner un itinéraire technique « standard ».

La Région Centre cultive du tournesol et surtout du colza. Les agriculteurs peuvent profiter de ces cultures pour y installer des plantes compagnes pérennes, pouvant par la suite devenir des couverts permanents ou semi-permanents. Il est par exemple assez courant d’installer une légumineuse en même temps qu’un colza. L’objectif est bien d’installer le couvert sans exercer de contrainte sur le colza, pour que ce couvert puisse bénéficier au colza mais surtout au blé suivant, voire même à une troisième culture dans la rotation.

Comment définissez-vous l’agroécologie et comment le fait de cultiver des céréales sous couvert peut-il y participer ?

Avec l’agroécologie, il s’agit de mettre en avant des processus écologiques pour tenter de remplacer les intrants de synthèse. Dans le cas qui nous occupe, nous pourrons faire travailler le couvert végétal pour essayer de remplacer certains intrants. L’amélioration de la structure du sol permet en effet de réduire ou remplacer le travail du sol ; la légumineuse fixatrice d’azote peut aussi réduire l’utilisation d’azote de synthèse ; dans certains cas, le couvert peut enfin jouer un rôle de perturbateur pour les bio-agresseurs au sens large – insectes, maladies ou mauvaises herbes – ce qui permettra de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. En théorie, donc, le couvert végétal rend certains services pouvant remplacer un certain nombre d’intrants. Cependant, la théorie peut être compliquée à mettre en œuvre. L’idée n’est pas forcément de remplacer totalement les intrants de synthèse, car de toute façon nous ne savons pas le faire aujourd’hui avec des couverts permanents.
Vous animerez à Innov-Agri un atelier et une conférence sur la culture de céréales sous couvert permanent.

Que pourrons-nous y apprendre ?

Je souhaite partager les résultats de nos études sur les couverts permanents. Je parlerai notamment de comment installer ses couverts permanents, comment les gérer l’année qui suit, comment gérer la conduite du blé pour tuer – ou garder vivant – le couvert. J’aborderai aussi l’impact de ces couverts sur la culture de blé, mais aussi sur la rotation. Au moment d’Innov-Agri, nous aurons quatre années de recul sur ces expérimentations ce qui nous permettra de dresser un premier bilan de nos expériences.

En plus de nos essais, les enquêtes que nous réalisons en ce moment impliquent des évaluations multicritères. Nous espérons ainsi pouvoir mesurer, de la manière la plus globale possible, les contraintes générées par les couverts végétaux, les bénéfices qu’ils apportent, ainsi que la conduite nécessaire pour obtenir les meilleurs résultats avec un minimum de contraintes.



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