Semer 3000 ha par an avec un semoir de 3 m

Document Thierry Stokkermans

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SD au Cross Slot en Nouvelle ZélandeIl est un pays où des entrepreneurs sèment 3000 hectares par an avec un semoir de 3 mètres de large : c’est la Nouvelle Zélande. Ce n’est pas un pays de grandes plaines et le parcellaire est morcelé. Alors comment font-ils ?
La Nouvelle Zélande a un climat océanique doux et est un pays de montagnes. Ce climat permet à l’herbe de pousser toute l’année. Ils élèvent des moutons et des vaches, aussi bien pour la viande que pour le lait. Il y a aussi des grandes cultures mais rares sont les exploitations spécialisées en grandes cultures. La majorité des exploitations sont en élevage ou en polyculture-élevage. Dans un tel terroir et dans de tels systèmes, il est possible de semer 10 mois par an, marqués par une pause hivernale de plus ou moins 2 mois.
Le calendrier de semis est environ le suivant  :
• En sortie d’hiver, les agriculteurs sèment les orges de printemps, les pois de printemps et des cultures fourragères telles que des associations plantain-trèfle.
• Au cours du printemps, ils sèment un certain nombre de cultures fourragères qui permettront de tenir l’hiver suivant tel que du chou ou des betteraves fourragères. Suivies de près par les semis de maïs.
• Au fur-et-à mesure que le printemps avance, les températures augmentent et les semis prennent de l’altitude dans ce pays de montagnes.
• En début d’été, les prairies en altitude (jusqu’à 1000 mètres) sont ressemées avec des pluriannuelles tels que du trèfle ou du ray-grass.
• Tout au long de l’été, les semoirs suivent les batteuses pour semer des fourragères dans les chaumes et produire un maximum de fourrages pour l’hiver.
• En fin d’été, certains agriculteurs sèment du colza mais c’est une culture assez rare et un grand nombre refont les prairies vieillissantes pour gagner en production de fourrages les années suivantes.
• Et finalement, en automne, les céréales d’hiver sont semées ainsi que les dernières plantes fourragères juste après les récoltes d’automne.

Du fait de son climat clément, de la diversité des cultures et du relief, les semis sont répartis sur toute l’année et un grand nombre d’Entreprises de Travaux Agricoles (ETA) proposent du semis à leurs clients. Certaines ETA font plusieurs centaines d’hectares avec un semoir, d’autres dépassent le millier d’hectares et plusieurs font 3000 hectares avec un seul semoir rigide de 3 mètres de large.
Avec un semoir de 3 m travaillant à 12-13 km/h, il est possible de semer 3 hectares par heure. Mais quand la parcelle est biscornue ou que la pente oblige à ne semer que dans un sens, celui de la descente, le rendement horaire chute rapidement. De plus, si on ajoute le temps de route, l’entretien et la relation client, le tracteur tourne 1500 heures par an devant le semoir et l’attelage occupe 1 UTH, soit une personne à temps plein.
En regardant de plus près les ETA qui sèment plus de 2000 ha par semoir, on observe deux points communs : le suivi agronomique et la qualité du semis.
Ces ETA de semis visitent souvent les parcelles lors de la levée. En effet, faire un tour de plaine et passer chez le client dans les semaines qui suivent est un exercice agronomique et de relation clientèle auquel se prêtent souvent ces ETA. Cela a plusieurs effets positifs : observer les réussites et les problèmes, affuter ses connaissances agronomiques et la qualité du semis, connaître son client et gagner sa confiance. A terme, les clients voient leur ETA comme leur expert et conseiller du semis et, dans ce pays d’élevage, peuvent leur donner un rôle de décideur pour l’implantation des cultures.

Ces ETA travaillent en semis direct et avec des semoirs Cross Slot. En Nouvelle Zélande, certains agriculteurs labourent, d’autres font des TCS et d’autres font du semis direct. Au niveau du matériel, il y a les mêmes semoirs qu’en Europe tels que John Deere, Great Plains ou Aitchison (ce dernier est un constructeur néo-zélandais). Il y a des entrepreneurs qui proposent un gamme complète en travail du sol, d’autres proposent du semis direct avec John Deere ou Aitchison. Mais les seuls qui arrivent à utiliser leur semoir 1000 heures et plus par an sont les propriétaires de Cross Slot à châssis court. La principale raison est la capacité du Cross Slot à passer toute l’année et dans tous les terrains. Et de part ce fait, à assurer une production élevée de fourrages et de matières sèches. L’intérêt du châssis rigide sur un Cross Slot est que les deux barres de semis sont rapprochées pour facilement semer en dévers dans un grand nombre de pentes. Les châssis repliables ont des roues plus grandes qui éloignent les deux poutres de semis et accentuent les effets de dévers.
A titre de comparaison, une ETA dans la région du Waikato n’utilise son semoir John Deere 750A de 6 mètres que sur des terrains plats ou suffisamment nivelés et uniquement à l’automne. Le faible débattement vertical de l’élément semeur ne lui permet pas de semer dans les prairies permanentes qui comportent un grand nombre de trous et de bosses. Et la qualité de la mise en terre lui permet uniquement de vendre ses services pour les semis d’automne. En effet, en Nouvelle Zélande comme en France, les semis d’automne sont les plus faciles à réaliser en semis direct.
En Nouvelle Zélande comme en France, l’élément semeur Cross Slot est lourd à tirer. De plus pour tirer le semoir en montagne, il faut majorer la taille du tracteur et sa puissance. Les néo-zélandais sèment avec l’inter-rang de 6 pouces soit 150 mm. Un semoir de 3 mètres a donc 20 éléments semeurs. Sur le plat, il faut 200 chevaux pour le tirer. Mais la Nouvelle Zélande étant un pays de montagnes, le tracteur moyen pour un tel semoir est d’environ 280 chevaux. Pour assurer la traction, le tracteur est jumelé si possible et est lesté à 45-50 kilogrammes par cheval. Ce qui donne un poney de 14 tonnes. Ces chiffres donnent le vertige mais ils font moins peur que certaines de leurs parcelles qui ne se sèment qu’en descendant.

La facturation d’un semis Cross Slot est d’environ 200 dollars néo-zélandais ($NZ) par hectare. Cela varie de 180 à 220 $NZ selon la région et l’ETA. Et pour des chantiers où la productivité est très basse, petite parcelle et semis en descente par exemple, certaines ETA facturent à l’heure au lieu de facturer à l’hectare. A titre de comparaison, un semis Aitchison ou au John Deere est facturé moitié prix. Et c’est donc bien la polyvalence, la qualité du semis, le gain de rendement et le suivi agronomique qui justifient l’écart de prix auprès des clients.
En termes d‘investissement, un ensemble tracteur-semoir neuf et de largeur 3 mètres coûte environ 600 000 $NZ. Le semoir coûte autant que le tracteur (ou inversement). Pour calculer rapidement la rentabilité d’un investissement, les ETA néo-zélandaises appliquent la règle du tiers : il faut au moins dégager l’équivalent du tiers de l’investissement en chiffre d’affaires annuel. Soit pour l’ensemble neuf ci-dessus, il faut au moins facturer 200 000 $NZ/an, soit plus de 1000 ha/an.

Pour ces ETA, les clients ont des profils différents et variés. Certains sont engagés dans une démarche d’Agriculture de Conservation et construisent leur sol. D’autres sont à la recherche de l’efficience économique et font pâturer jusqu’aux racines (voir photo ci jointe). Comme tout métier qui comporte une relation de confiance avec le client : accepter le chantier, c’est s’engager à satisfaire le client. Ces ETA l’ont très bien compris et ils travaillent pour et avec leurs clients. Pour valoriser au maximum leur ensemble tracteur-semoir, il leur faut être mobile et disponible. Travailler le dimanche est monnaie courante. La majorité de leurs clients est à moins d’une demi-heure de route en voiture des bâtiments de l’ETA mais, parfois, deux bonnes heures en voiture sont nécessaires pour les clients les plus éloignés.



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