Le semoir sur la planche à dessin

Document Thierry Stokkermans

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Semis directL’agriculture évolue et ses outils changent. En semis-direct (SD) et en semis-direct-sous-couvert (SDSC), les semoirs ont beaucoup évolué ces 50 dernières années. Il y a 50 ans, les premiers semoirs de semis direct avaient des éléments semeurs à double-disques ou à dent droite. Aujourd’hui en plus de ces deux derniers, il y a des mono-disques, des mono-disques inclinés, des double-disques inclinés, des socs à ailettes, des dents fines, des socs larges et des combinaisons dent-disque. Les SDistes et les SDSCistes ont aujourd’hui le choix. Mais y-a-t-il une machine optimale ? Une technologie supérieure à toutes les autres et à maturité ? Et bien la réponse est « non ». En effet, le semis direct n’a que 50 ans et reste une technique jeune. L’agroécologie (dans sa version moderne) est encore plus jeune. Le SD et SDSC fonctionnent bien, il y a des exploitations entières qui produisent de belles récoltes et des bilans comptables dorés avec ces systèmes. Néanmoins, il y a beaucoup à apprendre avec ces techniques et il reste beaucoup à apprendre. C’est pourquoi il est possible de dire que le SD est, encore aujourd’hui, au stade du « gentil bordel créatif ».
En observant les champs, les cultures, les sols, en lisant les livres en anglais, en français ou en espagnol et en écoutant les experts, il est possible de voir plusieurs axes sur lesquels les semoirs vont évoluer/s’améliorer dans les années à venir. En voici quelques-uns :
1) La micro-gestion de l’eau autour de la graine  : on observe encore assez fréquemment des levées décalées dans le temps au niveau de la parcelle ou des levées en deux temps. La disponibilité de l’eau autour de la graine est souvent une ou la raison. En effet, certains sillons ne gardent pas bien l’eau (gazeuse ou liquide) autour de la graine, ils ont tendance à sécher. Et là où l’humidité est critique au moment du semis, on peut observer des graines qui prennent beaucoup de temps à s’hydrater et/ou qui marquent un arrêt dans le processus de germination. Ceci peut porter à conséquence sur la gestion de la culture et/ou sur le rendement. Comme le savent beaucoup de maïsiculteurs : une levée homogène et rapide est un élément important pour réussir une culture et un bon rendement.
2) La micro-gestion des résidus autour de la graine  : lorsqu’on évoque résidus et semences, il y a 2 mots qui viennent de suite à l’esprit des SDistes : hairpinning et allélopathie. En effet, lorsqu’il y a des résidus dans le sillon et qu’un épisode pluvieux s’en suit, les résidus sont décomposés et ce processus libère des jus acides qui vont brûler les germes des semences à proximité. C’est une des raisons pour lesquelles il est important d’éviter la présence de résidus dans le sillon.
3) La compaction au niveau du sillon  : les semoirs à double disques sont connus pour pouvoir compacter le sillon mais ils ne sont pas les seuls. Les conditions idéales de semis sont très rares et les parcelles sont souvent hétérogènes, c’est pourquoi il arrive souvent (avec certains semoirs) de compacter le sillon et la principale conséquence est une difficulté d’enracinement. Cela peut ressembler à ça. Un problème d’enracinement se traduit par une perte de rendement. Les cultures à cycle court tel que l’orge de printemps par exemple sont très sensibles à ce type de problème. En effet, il y a peu de temps entre le semis et la récolte et le sol n’a pas le temps de se refaire.
Les semoirs de semis direct ne sont pas égaux, certains sont plus performants que d’autres et il faut s’attendre à beaucoup d’évolutions dans les années à venir, en particulier au niveau des fonctions biologiques de ces semoirs tel que la germination ou l’enracinement. On sait aujourd’hui qu’un sol en SDSC est plus fertile qu’un sol labouré. Un meilleur sol doit mener à un meilleur rendement, à de meilleures récoltes. Aujourd’hui, les rendements sont souvent égaux voire légèrement en dessous des itinéraires labourés. Il est donc évident que nos pratiques et nos outils peuvent et doivent encore évoluer et, à mes yeux, les semoirs ont leur rôle à jouer dans ce défi.
Pour ceux que le sujet intéresse, il y a un très bon livre qui parle de la biologie du semis direct. C’est un livre de la FAO des Nations Unies qui fait intervenir les principaux experts du domaine. Il est gratuitement disponible en anglais et en espagnol. J’ai participé, fut un temps, à la version français mais elle n’a malheureusement pas abouti.



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