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Patrick Meyer, Nothalten (Bas-Rhin) : les couverts sont un carburant pour le sol

Cécile Waligora - Viti ; septembre 2015



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Les couverts végétaux n’ont presque plus de secrets pour ce viticulteur alsacien. Loin d’être une contrainte, il en a fait un véritable outil pour développer la fertilité naturelle de ses sols, sans pénaliser la production de raisins, bien au contraire.

Patrick Meyer, du domaine viticole alsacien Julien Meyer, est en viticulture biologique depuis la fin des années 1980, en biodynamie depuis 1998 et en travail du sol simplifié également depuis 1998. La couverture végétale des sols (« enherbement ») a suivi naturellement ce cheminement et toutes les parcelles (8,5 hectares) sont ensemencées chaque année. «  Nous suivons les mêmes principes que les couverts végétaux en grandes cultures. Par cette couverture, nous cherchons à protéger la surface du sol, à améliorer l’efficience de l’eau dans le profil, à développer l’activité biologique et la transformation des matières organiques (surtout l’humification)… Mais si, en grandes cultures, les paysans cherchent à maximiser la biomasse produite du couvert, en viticulture, ce serait insensé d’avoir un tel objectif. Il faut penser avant tout à la qualité des raisins, ce qui passe par le contrôle de la production du couvert  », souligne le viticulteur.

5 à 12 espèces en mélange

Patrick Meyer, qui commence à avoir une certaine expérience de la couverture végétale, se fixe ainsi quelques règles. Il ne sème que des mélanges, composés de cinq à dix, voire douze espèces. Il tient à se procurer ses semences en local, auprès de paysans voisins. Il complète au besoin avec des semences du commerce. Ses compositions varient donc chaque année. Il tient ensuite à avoir un certain pourcentage de légumineuses ; cette proportion variant notamment en fonction de l’historique de la parcelle et de sa vigueur. S’il s’agit d’une très jeune plantation (entre un et deux ans), il va semer jusqu’à 100 % de légumineuses. « Je les vois comme un vrai carburant du sol », précise-t-il. Une fois la vigne démarrée, le viticulteur va quelque peu tempérer le pourcentage de légumineuses avec une moyenne de 60 %. En cas de « survigueur », il va inverser la proportion entre légumineuses et graminées avec plutôt 60 % de ces dernières dans son mélange. « Dans ce cas bien précis, les légumineuses sont juste là pour nourrir les graminées », complète-t-il.

Semis direct de grosses graines

Bien entendu, toutes les espèces choisies sont adaptées au contexte alsacien, « pas question d’utiliser des espèces “exotiques” ! » Elles sont aussi non gélives. Parmi les légumineuses, Patrick Meyer utilise notamment du pois ou de la féverole. Dans les graminées, le seigle, le triticale et le blé d’hiver conviennent bien. Enfin, parmi les autres familles, la phacélie, le sarrasin ou encore les radis chinois et fourrager s’immiscent favorablement. Le viticulteur privilégie les grosses graines pouvant être semées en direct à 3-4 cm de profondeur. « De plus petites semences, implantées à 1-2 cm nécessiteraient un travail de sol plus fin, pas de SD car nous avons un fort passé prairial et dès qu’on remue la terre, les espèces natives ressurgissent rapidement.  » Le semis du couvert se fait à l’optimum en août, de manière à obtenir un couvert d’une dizaine de centimètres à l’entrée de l’hiver. Au printemps, la gestion de la couverture est fonction de l’activité biologique du sol, directement liée à l’humidité. En cas de printemps sec, le couvert est roulé et il va rester en place un moment. Si le printemps est humide, « du fait d’une grosse activité biologique, les résidus peuvent disparaître en trois semaines !  » Il est aussi arrivé au viticulteur alsacien de devoir faire un sursemis, déjà pour ne pas que la « prairie » ne reprenne le dessus mais aussi pour assurer une production de fleurs pour les pollinisateurs. Pour finir, un petit conseil pour un viticulteur qui démarrerait dans les couverts végétaux : « Je mettrais déjà tout à plat afin de partir d’une situation saine au niveau du salissement. Durant les deux premières années, je retournerais le sol un rang sur deux à l’automne pour, au printemps, semer le couvert de manière conventionnelle. Le semis direct n’est à réserver que lorsque le salissement de départ est géré et lorsque le sol commence à mieux fonctionner. »

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