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Agricool, un forum, des compétences, des copains

Cécile Waligora ; TCS n°83 - juin/juillet/août 2015



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Qui, parmi les ACistes, ne connaît pas le forum agricool ? D’abord dédié aux TCS puis à l’agriculture de conservation, cet espace de conversation sur le Net est quasi devenu « culte » parmi les ACistes, du débutant au plus expérimenté. On le sait bien et vous le dites tous : on se sent souvent seul lorsqu’on décide de prendre une route différente des autres, tout particulièrement dans le monde agricole. Ce forum, avant tout technique, a permis à beaucoup d’entre vous de garder le cap, malgré les déboires et les « montrés du doigt » ! Pour les dix ans d’existence du forum, trois de ses protagonistes nous en parlent et nous font comprendre à quel point ce lieu singulier les a aidés dans leur démarche sur leur ferme. Il s’agit de Nicolas Dubos, agriculteur en Gironde, l’un des deux fondateurs d’agricool, Fabien Labrunie, en Indre-et-Loire, arrivé plus tard mais aujourd’hui fervent administrateur et modérateur du orum, et Antoine Chédru, membre « élite » de Seine-Maritime.

Nicolas Dubos, cofondateur

Avec Guillaume Soyeux, N. Dubos a été l’instigateur d’agricool. Il nous raconte : « J’étais étudiant à l’époque. Mon père pratiquait déjà les TCS sur la ferme girondine. De réunion en réunion, j’ai écouté les premiers spécialistes sur la question et j’ai voulu en savoir plus à travers des magazines mais aussi Internet. C’était au début des années 2000 et Internet était vraiment balbutiant. Comme nous n’avions aucun échange sur ces questions avec le voisinage de la ferme, j’ai recherché parmi les premiers forums. Il y avait Terre-net et puis Gros Tracteurs passion. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de “Bidou”, alias Guillaume Soyeux. Guillaume avait déjà un petit forum généraliste. Moi, je voulais un lieu d’échanges où on ne parlerait que de TCS et d’agricultures innovantes. Un site où il n’y aurait aucune publicité, ni revendications politiques ou syndicales. C’est ainsi qu’est né agricool en 2005. Rapidement, cela a drainé de plus en plus d’internautes. Il n’y avait pas que des adeptes du non-labour et il a fallu recadrer. Ce fut la période la plus dure du forum. »

Dix ans après, N. Dubos s’est un peu éloigné du quotidien d’agricool, étant très pris par ailleurs (entreprise de broyage et d’élagage). Il en est toujours l’un des administrateurs et « à chaque fois que je peux y retourner, c’est toujours avec un grand plaisir », avoue-t-il. « Avec mon père, même si nous étions des convaincus du non-labour, nous partions un peu dans toutes les directions au début. Le forum et les discussions avec d’autres TCSistes des quatre coins de la France nous ont beaucoup aidés. Il faut aller en formation, en voyage, mais il faut aussi un appui au quotidien. C’était vital ! »

La ferme de N. Dubos est en non-labour depuis 1991. Elle totalise 140 hectares, dont 40 hectares irrigués mais aussi 10 hectares de vigne. Le Girondin y cultive du maïs, du blé, du tournesol et sème des couverts entre blé et maïs. La céréale est semée à la volée. Les cultures de printemps sont toujours en TCS (Actisol, rotative). « Je suis de près tout ce qui touche à la technique strip-till mais je n’ai pas encore fait le pas dans mes petites parcelles de coteaux argileux. Cette technique a d’ailleurs permis de “recruter” de nouveaux agricoolteurs sur le forum. Au début, on abordait un peu tous les sujets mais quand on a commencé à parler de strip-till, on a vu un bond dans les inscriptions et la fréquentation. C’est un sujet qui a énormément fédéré. »

Fabien Labrunie, les agricoolades !

Fabien Labrunie est arrivé fin 2007 sur le forum. « Comme beaucoup, je recherchais des informations techniques sur les TCS et déjà, lorsqu’on lançait une recherche sur Internet, on tombait rapidement sur agricool. J’avais plutôt tendance à fuir les forums car je voulais essentiellement échanger sur la technique, et pas sur de la politique ou du syndicalisme. Je me suis vite senti à l’aise sur agricool parce qu’il y avait en face des compétences techniques sur des points précis. J’ai aussi apprécié la grande structuration du site. Lorsque vous avez besoin de chercher une information, vous la trouvez facilement. Enfin, j’ai aimé le côté “non sectaire” du forum où on accueille tout le monde avec un leitmotiv : le sol et l’AC. Il y a des membres qui sont en TCS, d’autres en SD, certains en bio. La diversité est appréciée. » Assidu et impliqué, F. Labrunie intègre rapidement la petite équipe des administrateurs du forum (une dizaine, dont 5 à 6 actifs chaque jour sur leurs écrans). Le rôle des administrateurs : valider les inscriptions, faire du tri dans les messages et faire du « rangement » dans les rubriques. Mais agricool, ce n’est pas que du virtuel. Il y a aussi, régulièrement, des tours de plaine organisés chez l’un ou l’autre des membres les plus inspirés. C’est ainsi que sont nées, en 2011, les « agricoolades », à l’image des cousinades. « Il s’agit seulement de prolonger les tours de plaine techniques par un repas type barbecue, et même un peu de tourisme puisque ces agricoolades s’organisent un peu partout en France et même, l’année passée, à l’étranger (Québec) », explique F. Labrunie. Elles rassemblent entre 35 et 40 agricoolteurs et depuis trois ans, elles se font même sur deux jours, dans deux exploitations différentes. « Ces agricoolades prolongent le forum. Même si ce qui nous relie c’est l’échange technique, beaucoup d’entre nous sont devenus de vrais amis », renchérit le SDiste tourangeau. Côté personnel, F. Labrunie a un parcours assez atypique et c’est sans doute pour cela qu’il s’est vite ouvert à un forum comme agricool. Ses parents n’étaient pas agriculteurs et c’est lui qui le dit : « Je suis né dans le 9-3 ! » Mais il voulait être paysan et en Touraine. On l’en dissuade. Il fait un BTS orienté environnement car son autre passion, c’est la chasse. « Mon premier job a été chauffeur de tracteur. J’y suis resté neuf ans et c’est là que j’ai appris le métier, mais c’est aussi là que j’ai été sensibilisé aux TCS, à la réduction des phyto… » Encore un moment double actif, il trouve à s’installer sur 30 hectares au sud de Tours. Aujourd’hui, il exploite 160 hectares. Il est en SD pour quasiment toutes ses cultures (blé, colza, soja, trèfle violet, féverole, avoine de printemps, couverts), excepté du strip-till en maïs et tournesol. « J’ai beaucoup pratiqué de secondes cultures. Désormais, je m’oriente surtout vers la production de gros couverts dans lesquels j’incorpore du colza, dont l’implantation ne me coûte rien. Si les conditions sont là, je produis du colza dans des terres où je n’aurais jamais imaginé en faire ! C’est là aussi que le forum a joué ! »

Antoine Chédru, un rebondissement

Pour Antoine Chédru, ACiste en Seine-Maritime, s’inscrire sur le forum agricool a été l’une des étapes marquantes de son parcours. La première a été en 1985 où il a démarré la technique du bas volume. La seconde fut dix ans plus tard, en 1995, lorsqu’il s’est intéressé au non-labour. « Pour chacune de ces étapes, lorsque j’ai cherché des renseignements, je me suis retrouvé à chaque fois freiné par le manque de conviction des structures de conseil locales. On me mettait en garde avec des : “Tu vas droit dans le mur !” Vingt à trente ans plus tard, ces techniques font partie intégrante de mon quotidien et mon exploitation s’en porte très bien. Je le dois en très grande partie à agricool. » Effectivement, devant le peu d’aide locale, A. Chédru s’est senti très seul et s’est même mis à douter. C’était en 2005-2006 et un jour, après quelques échecs lourds à digérer, le Normand tape seulement deux lettres sur Internet : « SD ». « Ces deux petites lettres m’ont basculé sur la page agricool. Le forum était encore jeune. J’ai très vite été pris dans le bain et passionné. L’accueil y était très chaleureux. D’un seul coup, je ne me retrouvais plus seul dans mes prises de décision, surtout lorsque vous êtes dans un secteur à cultures industrielles et une pluviométrie annuelle de 1 200 mm ! » Au printemps 2007, l’homme rebondit et repart sur de meilleures bases. Il se remet à faire des essais. Passionné de machinisme, il devient vite un incontournable sur le forum. Il a notamment mis au point un strip-tiller maison mais aussi un semoir à dents, fruits de l’évolution de l’AC sur son exploitation mais aussi des échanges et des rencontres avec des agricoolteurs. Devenu depuis membre « élite », même si par manque de temps, il ne peut s’investir davantage dans le forum, certains le contactent directement par téléphone et viennent le voir. Et bien sûr, les tours de plaine et les fameuses agricoolades, il essaie d’en rater le moins possible. A. Chédru avait fait l’objet d’un reportage dans TCS n°76 de janvier/février 2014. Sur ses limons profonds (les « meilleures terres de France », comme les nomment certains), il a mis en place une rotation longue et diversifiée, sur dix ans : lin-blé-colza-blé-betteraves-blé-féverole-blé-maïs occasionnel et bien sûr, des couverts végétaux avec une part de légumineuses importante. Il y a longtemps eu un élevage de vaches laitières mais Antoine a choisi de l’arrêter il y a deux ans.

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