Smart seeder et semoir Aurensan

Victor Leforestier et Frédéric Thomas - TCS n°81 ; janvier/février 2015

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CX6 « SMART SEEDER » LE PREMIER SEMOIR SANS FIL

Apparu pour la première fois en 2013 au Farm Progress Show de Regina (Canada) sous la forme d’un élément prototype, le CX6 est désormais prêt à rentrer en production. Baptisé « Smart Seeder », semoir intelligent en anglais, il regroupe de nombreuses innovations pour répondre aux problèmes spécifiques des grandes plaines canadiennes. Dans les grandes plaines du Canada, les semoirs de plus en plus larges entraînent des problèmes techniques et logistiques. Les plus gros modèles atteignent 30 m de large avec des trémies pouvant atteindre 20 t. Le premier problème technique est le manque de réactivité de la distribution de la semence et des engrais lorsque l’on suit la prescription d’une carte de sol. En effet la distance entre la distribution et l’élément semeur atteint plusieurs dizaines de mètres ce qui entraîne un décalage entre le moment où la distribution agit et où la semence tombe effectivement au sol. Le deuxième problème est logistique. La capacité des trémies a augmenté pour garantir une autonomie suffisante, mais en contrepartie le remplissage prend plus de temps lorsque l’on s’arrête. Le débit de chantier est alors conditionné par l’organisation du ravitaillement. C’est en réponse à ces deux problèmes que la société Clean Seed Capital a dessiné le semoir CX6. L’objectif est d’améliorer l’efficience du semis à chaque étape : depuis la distribution du grain et des engrais jusqu’à la mise en terre et au ravitaillement.

Mise en terre

Le CX6 est équipé d’éléments sur parallélogramme. Un disque ouvreur cranté est suivi par une dent « Terra Glide Mark III » suivie par deux roues de jauges en caoutchouc. La pression au sol est réglable hydrauliquement sur chaque élément. La position des roues de jauges définit la profondeur de semis. La dent « trident » offre la particularité de pouvoir diriger les différents produits sur trois positions : au fond de la pointe, ou sur chacune des ailes, gauche ou droite, ou les deux à la fois. Sa forme assure une séparation franche de la graine et de l’engrais, très importante dans le contexte canadien où de grandes quantités d’engrais sont placées lors du semis. Le placement de chaque pro-duit se règle en tournant une des six molettes situées en arrière de chaque élément. Pour le moment un seul écartement de 30 cm (1 pied) entre rangs est prévu. La combinaison d’un disque ouvreur et d’une dent est relativement nouvelle sur le marché canadien. Elle permet une plus grande polyvalence qu’une dent ou qu’un disque seul, tout en gardant un mouvement du sol minimal. Le très faible bouleversement de la dent « Terra Glide Mark III » a été mesuré par le NRCS américain comme étant inférieur aux 30 % recommandés. La forme « affûtée » de la dent crée un mouvement progressif du sol sans retournement et laisse un sol meuble sous la graine.

Distribution

Sur la plupart des semoirs, la distribution se fait jusqu’à plusieurs dizaines de mètre de l’élément semeur et les tuyaux peuvent avoir des longueurs très différentes. Cela résulte en un décalage entre le moment où la variation de dose (d’engrais et/ou de semence) est demandée et le moment où elle arrive effectivement au sol. Le manque de réactivité des distributions actuelles est aussi une source de gaspillage lors des recroisements, malgré les coupures de tronçons et ne permet pas de compenser la surdensité, ou sous-densité lors des virages. Afin de répondre à ce problème, Clean Seed Capital a déplacé la distribution au-dessus de chaque élément, à l’image des semoirs monograines à trémie centrale. Jusque six produits peuvent être acheminés depuis la trémie principale vers les éléments. Sur la trémie principale, les différents produits sont dosés par des trappes guillotines comme sur un semoir centrifuge. Ensuite chaque élément possède une « cartouche » avec six distributions, entraînée indépendamment chacune par un moteur électrique. Un petit réservoir reçoit la semence, qui est ensuite dosée par une cannelure en mousse et tombe par gravité vers le sol. En cas de panne, chaque cartouche peut être remplacée par une neuve en débranchant les deux fils d’alimentation. La console en cabine dialogue avec les distributions de chaque rang par « Bluetooth » éliminant ainsi tous les fils, permettant la modulation de dose de chaque produit sur chaque rang. La console est compatible avec la plupart des cartes de prescription disponibles au Canada. Le semoir Smart Seeder CX6 est le premier semoir en ligne à distribuer la semence rang par rang et à proposer une modulation de dose instantanée indépendamment pour chaque rang jusqu’à six produits avec trois placements possibles.

Châssis

L’été dernier la firme a testé au champ son premier semoir « grandeur nature » avec un objectif de présérie de quinze machines pour 2015. Six machines ont déjà été vendues, pour 500 000 $CA, un prix équivalent à la concurrence pour une machine de 18 m. Les éléments de semis sont fixés sur une seule barre, pour faciliter l’entretien et les interventions. La barre de semis se replie horizontalement le long de la trémie et la flèche d’attelage est télescopique. Au transport elle s’allonge pour permettre le repliage et au travail elle se rétracte pour rapprocher le tracteur de la trémie pour plus de maniabilité. La trémie à six compartiments d’une capacité de 450 bu, soit douze tonnes de semences de blé, est posée sur un train de chenilles Camoplast. Comparativement à la concurrence qui propose des trémies traînées devant la barre de semis ou derrière, allant jusqu’à 20 t de capacité, Clean Seed Capital ne propose pour l’instant qu’une trémie intégrée au châssis. L’autonomie du semoir est améliorée par l’emploi d’une trémie ravitailleuse. Plutôt que d’arrêter le semoir et de devoir le remplir avec un camion et une vis, la trémie ravitailleuse (qui peut elle aussi être compartimentée pour six produits) est amenée en bout de champ. Le conducteur recule alors le semoir pour atteler la trémie puis continue à semer. La trémie ravitailleuse remplie donc la trémie du semoir tout en semant. Arrivé au bout du champ, le conducteur la décroche. Une personne vient alors rechercher la trémie pour la remplir de nouveau et la disposer de nouveau plus loin. Cette solution originale suscite beaucoup d’intérêt dans un environnement où la main-d’œuvre est rare et où l’efficacité de la logistique du ravitaillement est cruciale.

Aurensan : LE DISQUE INCLINÉ OUVRE SON SILLON DANS LE SUD-OUEST

Alain Aurensan est un constructeur local du Gers. Pendant l’hiver 2012-2013, il visite François Coutant qui est voisin et l’aide pour quelques modifications sur son prototype de semoir : une base de Max Emerge JD reconditionné en disque poussé et incliné que nous avons déjà présenté (TCS n° 71 de janvier/février 2013). Cependant l’idée le séduit et il commence à travailler sur sa propre version qui débouche sur une première machine à l’été 2013 : un semoir de 1,5 m pour semer des couverts dans les vignes. Après plusieurs essais, il vérifie et valide la capacité de pénétration dans le sol de ce positionnement original d’un disque ouvreur tout comme son aptitude à trancher et à gérer les résidus même s’il est difficile de retenir la terre sur le côté avec ce premier dispositif. Il décide donc d’adapter le concept en modifiant plusieurs points. Le disque ne sera pas réellement poussé pour des rai- sons de fabrication et surtout de fiabilité. Il réduit aussi légèrement l’angle d’inclinaison comme celui d’entrure pour limiter l’éjection latérale de terre. Enfin il accole à chaque disque une roue de jauge pneumatique du côté vers lequel la terre est levée et repoussée. Tout en maintenant la profondeur, cette roue légèrement décalée vers l’arrière va retenir le sol afin qu’il reste en place et retombe sur les graines. De plus, et comme sur les semoirs conventionnels du même type, cette roue qui frotte sur e disque joue le rôle de nettoyage. La profondeur est donc réglable assez facilement rang par rang par un système simple de crémaillère.

Un sillon en forme de « U »

Outre sa capacité de pénétration et de cisaillement des résidus, cette forme d’ouverture laisse un sillon plutôt en forme de « U » et non en « V » dans lequel la rasette qui accompagne le disque sur le côté opposé de la roue dépose la graine. Protégée par le disque et surtout son inclinaison, cette rasette ne touche pas le sol. Elle ne risque donc pas de lisser ni de modifier la qualité du sillon et son usure sera limitée également. En fait la terre est tranchée et à vitesse réduite retombe sur les graines.Enfin et pour la finition du travail, A. Aurensan propose plusieurs types de roues de fermeture (roue large en caoutchouc ou disque cranté) dont il est possible de régler la pression et l’inclinaison en fonction des conditions. C’est en ripant légèrement sur le sol que ce dispositif assure la fermeture du sillon sans beaucoup de pression.

Un châssis et un poids réduit

Pour la version céréales, c’est un ressort à boudin simple et réglable qui assure pour chaque élément la pression au sol. En fait, et comme les disques pénètrent plus facilement, les éléments qui sont moins contraints ont pu être allégés comme le châssis. Ce dernier est constitué de deux poutres sur lesquelles les éléments fixés par brides peuvent être facilement glissés pour adapter, si nécessaire, l’écartement entre rangs. Ainsi le poids d’un semoir standard de 3 m est compris, selon le nombre d’éléments, entre 1 400 et 1 600 kg soit à peine 100 kg par élément. Cela autorise une conception en porté avec tous les avantages que cela peut comporter. Cette charge réduite permet également à A. Aurensan de réfléchir à un ensemble avec trémie frontale et rampe de semis attelée sur le 3 points à l’arrière du tracteur : une solution certainement envisageable pour les machines plus larges qu’il sera facile de replier pour le transport sans l’encombrement de la trémie. « Si toutefois, dans des situations extrêmes, le semoir manque de poids, il est toujours possible d’en rajouter », insiste le constructeur. Avec cette approche originale, on se dirige vers une forme de semoir automoteur, léger qui pourrait être très appréciable en coteaux comme dans le Gers. En revanche, légèreté ne signifie pas augmentation de la vitesse de travail qui doit rester entre 6 et 8 km/h afin de bien conserver la terre levée sur le sillon.

Même si le semoir ou plutôt le mode d’ouverture du sillon adapté par A. Aurensan n’est pas tout à fait finalisé, les premiers tours de disques sont extrêmement prometteurs. En tant que « petit » constructeur, il reste aussi à l’écoute des conseils du terrain et peut encore se permettre de faire presque du sur-mesure. Avec l’appui des réseaux AC et quelques petites évolutions, il est certain que ce semoir ou plutôt ce mode d’ouverture du sillon va apporter du nouveau et de l’émulation avec à la clé, plus de réussite en semis direct notamment en argile et pour les cultures de printemps.


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