Êtes-vous mûrs pour le semis direct ?


J’avais crayonné ce tableau sur un bout de nappe dans un restaurant pour essayer d’expliquer simplement à des étudiants ce qu’il faut résoudre comme problèmes avant de parvenir à faire du semis direct permanent.

Avantages comparatifs des moyens de travail du sol

Les principaux avantages attendus du travail du sol sont :

- La gestion des résidus de la culture précédente pour permettre l’implantation de la culture suivante ;
- La structuration (temporaire) de la couche dite arable pour aérer le sol et permettre un bon développement des racines ;
- Le réchauffement dudit sol pour permettre la minéralisation de la matière organique et donc la fertilisation des cultures ;
- La destruction des adventices (temporaire) pour éviter la concurrence en début de végétation.

Ce qui signifie que lorsqu’on réduit ou supprime le travail du sol, on va devoir travailler différemment pour contourner ces difficultés, et que le semis direct est la technique la plus délicate car elle n’en résout aucun.

Si on prend les TCS " intensifs " qui combinent travail profond sans retournement et travail de surface, il y a peu de différence avec le labour, hormis qu’on ne dilue pas la matière organique (seulement vrai si le fissurateur ne mélange pas les horizons de terre).

Le strip-till localise quand a lui le travail du sol et résout donc la majorité des problèmes à condition de travailler dans de bonnes conditions.

Les TCS de surface permettent la plupart du temps de bien gérer les résidus, le salissement et le réchauffement du lit de semence mais pas du tout la structure : la pratique des couverts végétaux et une bonne activité biologique commencent à devenir essentielles. Les sols limoneux ou très argileux risquent de poser des questions pendant de longues années...

Pour le semis direct, il faut commencer à ruser sérieusement avec la nature !

- Résidus  : soit ils se décomposent très vite (légumineuses plutôt que pailles), soit le semoir joue bien avec (dents avec du dégagement, disques tranchants, résidus verts ou bien secs), soit on les écarte (roulettes chasse-débris, prétraçage, écartement des rangs) ;
- Structure  : pas trop de problème dans les textures favorables (sols sains, sables, argilo-calcaires superficiels), sinon il va falloir de la patience, de la matière organique et de l’activité biologique. Pas de problème non plus avec les céréales, peu sensibles aux sols compacts ;
- Réchauffement et fertilisation : relativement peu de problèmes en automne sain et en fin de printemps (sols ressuyés voire réchauffés, cultures peu sensibles et à cycle long) bien que le climat des dernières campagnes ait parfois mis à rude épreuve les convictions ; les cultures de printemps et les cultures sensibles (colza, pois) sont plus délicates à réussir. Dans tous les cas une fertilisation starter (minérale, organique, voire biologique) est un plus : la jeune plantule ayant davantage besoin d’une activité biologique performante autour de sa radicule que de grandes quantités d’éléments minéraux. Dans les conditions froides et humides, le réchauffement préalable du lit de semence peut s’avérer indispensable (passage de surface, pré-traçage au strip-till ou avec le semoir à vide) ;
- Adventices  : pas trop compliqué avec des désherbants, d’autant plus que le semis direct limite fortement les levées ultérieures. Pour les bios et ceux qui souhaitent doivent réduire les IFT, la seule solution est de se retrouver avec un sol propre au moment du semis ou avec des adventices qui n’en sont pas (plantes estivales gélives non montées à graine, plantes non gênantes pour la séquence de rotation qui vient) : la solution est souvent d’avoir un couvert conséquent et implanté très tôt, ainsi qu’une rotation adaptée, par exemple de type 2/2.

On aurait pu ajouter la gestion des ravageurs : limaces, taupins et campagnols mais on sort un peu du sujet pour rentrer dans une réflexion plus globale.


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