Echos du terrain

TCS n°76 ; janvier/février 2014



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FRANÇOIS CHAIGNE (79) : PRÉTRAÇER AVEC LE SEMOIR

Agriculteur dans une zone assez bocagère sur des sols moyens (limon sur schiste et limon argileux), F. Chaigne est en SD depuis maintenant 6 ans après 10 ans de TCS. Il produit des céréales d’hiver mais aussi du maïs et du tournesol. Les couverts ont également évolué vers beaucoup de légumineuses en mélange : vesce, féverole, pois et depuis peu il revient à mettre de la moutarde et envisage le trèfle. Il y a 5 ans, un semis de tournesol lève difficilement et les limaces finissent le travail. Il ressème donc la parcelle une quinzaine de jours plus tard et la levée est superbe. Même si le décalage et certainement le réchauffement du sol ont un impact positif, le SDiste remarque que le sillon est beaucoup mieux refermé et la qualité du positionnement de la graine nettement améliorée après le premier passage du semoir. Si cette observation plaide en faveur du strip-till, F. Chaigne n’est pas très favorable à passer une dent devant ses semis au risque de lisser et d’assécher le sol. Le prix de l’outil pour si peu de préparation le freine également. Il décide donc d’utiliser simplement son semoir pour faire du prétraçage. « C’est bien entendu un peu plus d’usure sur le semoir qui fait presque le double d’hectares, mais c’est toujours moins cher que d’investir dans une machine spécifique et un ressemis en tournesol ou maïs coûte trop cher aujourd’hui pour prendre des risques », insiste l’agriculteur. Maintenant équipé d’un JD Max-Emerge, il prétrace systématiquement devant les tournesols et souvent devant maïs depuis 4 ans et affirme ne pas avoir loupé un semis. « L’idéal est de passer 2 à 3 jours avant. Cela permet de dégager les résidus, légèrement travailler le sol avec les disques ouvreur et les roues de fermeture à doigts. On obtient ainsi une petite zone favorable et beaucoup plus d’homogénéité pour semer lorsque les terrains sont changeants », précise-t-il. En fonction des conditions de sols et de météo, cette règle est cependant très malléable. L’année dernière par exemple, il a prétracé une parcelle de 4 ha et comme la terre avait bien séché entre-temps, il l’a semée dans la foulée. « Il faut s’adapter en fonction des conditions mais aujourd’hui et avec le recul, je préfère stopper la ventilation et faire un passage à vide plutôt que de prendre le risque de louper mon semis », insiste-t-il. Pour ce qui est du suivi entre les deux passages, F. Chaigne assure que ce n’est pas plus compliqué qu’avec un strip-till. Il suffit de libérer suffisamment la machine par rapport au tracteur et elle suit assez bien les premières traces. Avec la qualité des semoirs et le niveau des équipements, c’est presque trop simple et trop évident : pourquoi ne pas y avoir songé plus tôt ? Dans tous les cas, bons semis !

Frédéric THOMAS

COVER CROPS : SO WHAT ?

On a souvent mis en avant les avantages et l’intérêt des couverts végétaux dans le système de l’agriculture de conservation : protection des sols face à l’érosion et aux agressions climatiques, amélioration de la structure du sol, recyclage des éléments minéraux, limitation des fuites d’azote, nourriture pour la vie du sol, étouffement des mauvaises herbes, augmentation du taux de MO, etc. Si nous évoquons souvent les raisons agronomiques ou environnementales, il faut savoir que l’impact du couvert végétal se mesure aussi en termes économiques. Lors du dernier National No- Till Conference (NNTC - le NLSD américain), Dave Robison a présenté des données issues des essais qu’il avait conduits sur sa ferme. Comme présenté dans le tableau ci-contre, on voit que le rendement en maïs est toujours supérieur lorsque le sol avait été couvert pendant l’hiver, et ce même si le couvert n’était constitué que d’une seule espèce. Et qui dit rendement supérieur, dit meilleure marge à l’hectare (colonne 2). Pour aller plus loin (colonne 3), il a calculé le gain en tenant compte des coûts générés par le couvert (semis et semences). Et on voit que, même si la mise en place du couvert a coûté de l’argent, le revenu à l’hectare reste quand même supérieur au témoin (sol nu) du fait qu’on a pu augmenter le rendement de la culture principale. Enfin, si on fait la différence entre le revenu généré pour chaque essai et celui en sol nu, le gain net est variable d’un couvert à l’autre, mais toujours supérieur à la bande témoin et il peut s’élever jusqu’à un peu plus de 200 €/ha (colonne 4).

Au regard des résultats obtenus, cela prouve bien que le cou- vert végétal ne doit pas être vu comme un coût mais comme un investissement !

Sarah SINGLA

AGROFORESTERIE SORTIE D’UN CAHIER DVD « PLANTATION ET TAILLE DES ARBRES DE PLEIN CHAMP »

Un nouvel outil technique vient de sortir pour assister les planteurs dans la gestion pratique de leur projet de plantation et d’entretien des arbres agroforestiers.

Un projet collectif

« Rassembler les connaissances puisées au cours de nos rencontres dans notre travail au quotidien, pour tenter de créer un outil pédagogique "différent", suscitant la réflexion et capable de rendre compte des techniques dans leurs réalités de terrain, tel a été le point de départ du Cahier-DVD », explique Fabien Liagre. C’est la Scop Agroof, société coopérative et participative spécialisée en agroforesterie, qui s’est attelée à ce projet. Un projet d’écriture et de réalisation vidéo qui s’est déroulé par étapes, sur 4 années, entre 2008 et 2012, et qui se concrétise en 2013 sous la forme d’un cahier de 46 pages, un DVD de 2 h 40 et une page Internet dédiée. Un projet pas forcément facile à gérer par l’étendue de sa thématique d’une part, et par sa construction d’autre part, qui a demandé la participation d’une vingtaine de professionnels de l’agroforesterie.

Au centre : la gestion des arbres agroforestiers

Un arbre de pleine lumière se comporte différemment d’un arbre en forêt. Sans taille ni élagage spécifiques, cet arbre ne donnera jamais du bois de qualité et fera concurrence aux cultures associées. Engagé depuis 2000 dans la recherche et le développement de nouvelles pratiques agricoles incluant les arbres, Agroof mesure auprès des agriculteurs, étudiants et organismes techniques, la difficulté d’aborder les pratiques agroforestières sans une connaissance minimum des arbres et de la façon de les conduire en plein champ. Suivre des arbres est une action sur le long terme : leur entretien relève plus de l’apprentissage que d’une recette qu’on applique. En multipliant les points de vue et expériences, il s’agissait de rendre compte d’une pratique, évolutive, plus que de réponses toutes faites, forcément inadaptées aux singularités du terrain.

1 cahier + 1 DVD + 1 page Internet = 1 outil

Dès lors, l’équipe d’Agroof réfléchit à la manière de bâtir un outil qui puisse accéder aux réalités du terrain. Le texte (le cahier) est axé sur l’aspect théorique du fonctionnement des arbres et fournit des éléments simples de compréhension des techniques de plantation et de taille. La vidéo (le DVD), développe, par l’exemple, la singularité des situations de terrains agrémentée d’explications, conseils et astuces des professionnels de la pratique. Près d’une centaine d’exemples sont abordés, prenant en compte différentes essences d’arbres, regroupées selon leur vigueur et leur rapidité de croissance. La page Internet en lien avec Facebook, ouvre une continuité du projet, en permettant l’échange entre internautes et le partage de mise à jour sous formes de commentaires, vidéos, et photos. Trois supports audiovisuels différents construits dans leur complémentarité pour servir d’outil à tous agriculteurs, techniciens, collectivités, qui souhaiteraient tirer pleinement parti de l’apport des arbres dans leurs systèmes de production. Agroof est une société coopérative et participative spécialisée en agroforesterie.

L’ouvrage « Plantation et taille des arbres de pleins champ » est disponible sur commande sur le site www.agriculture-deconservation.com au prix de32 euros TTC + frais de port Extraits vidéos et témoignages : http://www.dailymotion.com/agroof

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