Rats taupiers : comment remettre en état les prairies ?

Chambre d’Agriculture de la Lozère

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Cet hiver a été marqué par d’importants dégâts causés par les rats taupiers, aussi appelés campagnols terrestres.

Le campagnol terrestre ou rat taupier

Le campagnol terrestre est un herbivore. Sa consommation quotidienne correspond à son poids en racines, de préférence charnues, type pissenlits, légumineuses, bulbes et rhizomes. Il ne boit pas. Il peut être rencontré jusqu’à 2500 m d’altitude. Le rat taupier utilise en premier les galeries des taupes, il creuse ensuite les siennes grâce à ses incisives, il repousse ensuite la terre avec ses pattes avant puis arrière. La terre est repoussée sous forme de tumuli visibles à la surface et indice du taux d’infestation de la parcelle. Le campagnol atteint sa maturité sexuelle à l’âge de 2 mois. Sa période de reproduction s’étend d’avril à octobre. Sa durée de gestation est de 21 jours. 5 à 6 portées par an sont possibles, avec 2 à 8 petits par portée.

Lorsqu’une parcelle est infestée par les campagnols terrestres, son rendement peut chuter jusqu’à 80% voire 100%. Le rat taupier va s’attaquer en priorité aux légumineuses. La parcelle va doit voir son taux de légumineuses descendre, une légère augmentation des graminées et une prolifération de mauvaises herbes si rien n’est fait, d’où une baisse du rendement et de la valeur fourragère. De plus la présence de terre dans les fourrages d’où une augmentation des butyriques dans le lait. Le cycle de pullulation du campagnol terrestre est pluriannuel : 5 à 6 ans. Il se décompose en quatre phases : phase de base densité, phase de croissance, pic de pullulation et phase de déclin.

La lutte contre le rat taupier

Contrairement à la taupe, le campagnol ne vit pas seul mais en couple, par conséquent, suite à la prise d’un individu, il faut laisser le piège en place pour le deuxième individu voire plusieurs. Lutte chimique Les agriculteurs souhaitant utiliser la lutte chimique, doivent être adhérents à un Groupement de Défense contre les Organismes Nuisibles (GDON). A l’heure actuelle, les agriculteurs ont la possibilité de traiter les campagnols terrestres avec un rodenticide sous forme d’appât sec à base de blé enrobé d’un anti-coagulant. Lutte biologique Méthode alternative et complémentaire des autres méthodes, elle a pour objectifs de favoriser les habitats des prédateurs des campagnols. En Lozère, il y a des clôtures, les parcelles sont de taille moyennes avec généralement des lisières de forêts. Les prédateurs sont normalement en place. Autrement, afin de les favoriser, il faut qu’il y ait des perchoirs (piquets de clôture), nichoirs, mise en place de haies… Les prédateurs naturels du rat taupier sont les buses, renards, hermines… Lutte physique La lutte physique correspond au piégeage. Le piégeage est efficace mais demande du temps. Il existe plusieurs types de piégeages :
- Piège Scherman : boite en aluminium avec un système d’entrée à bascule,
- Piège guillotine : système d’entrée à bascule avec guillotine,
- Fers à taupe,
- Détaupeur à gaz ou rodenator (2 CUMA équipées sur le département) : injection de propane et d’oxygène d’où une déflagration. Pour l’utiliser, il est important de bien connaître sa cible : c’est une chasse.

Une partie importante de la réussite de l’élimination réside dans la capacité qu’aura l’utilisateur du détaupeur à identifier le réseau de galerie souterraine, repérer les traces récentes et la zone qui sert de nid aux rats ou aux taupes. Il apparaît nécessaire de ne pas casser les taupinières en surfaces avant d’avoir traité la zone. L’absence de ces éléments de lecture du terrain compliquant la recherche des nids notamment.

La lutte se fait de l’extérieur d’un champ vers l’intérieur pour éviter de repousser le problème chez le voisin mais surtout pour ne pas laisser d’échappatoire à l’animal pourchassé. Les nids sont généralement sous les arbres, près des talus ou murailles. Et la zone du nid n’est jamais travaillée de frais. Les récentes taupinières correspondent en réalité au territoire où le rongeur fait ses emplettes. Dans les prairies naturelles, la galerie est plus profonde et l’explosion peut la faire s’affaisser. Il est donc recommandé d’éviter la proximité des maisons. En revanche, le traitement pendant l’hiver pourrait bien s’avérer davantage efficace. Lorsque le sol est gelé sur 3 à 5 cm cela vient réduire l’évaporation du gaz injecté et améliore ainsi l’efficacité du traitement. Lutte raisonnée La lutte raisonnée est possible. Ce type de lutte permet d’anticiper les cycles de pullulation afin de garder un équilibre fourrager. Elle associe diverses méthodes : prévention, prédation naturelle, organisation collective du territoire, piégeage, lutte chimique.

Avant la remise en état, un état des lieux s’impose

Afin de remettre les parcelles touchées en état, il faut en premier lieu connaître l’étendue des dégâts. Pour cela, il est primordial de réaliser un état des lieux sur le niveau de dégradation et l’état d’infestation des campagnols. Afin de réaliser une remise en état efficace, il faut être sûr que les campagnols ont été traités et que la population n’est pas en phase d’augmentation. Pour cela, il faut observer le nombre de monticules : s’il baisse par rapport à l’année précédente et si les taupes reprennent le dessus c’est que la population de rats taupiers diminue. Il faut alors écarter les taupiers et traiter si ça redémarre. Cela suppose donc une présence importante sur la parcelle en question. En revanche, si le nombre de taupiers augmentent, on se situe dans la phase d’augmentation des campagnols. Il faut écarter les taupiers, traiter dès le redémarrage et attendre la phase descendante du cycle de pullulation avant de re-semer : fin d’été ou début printemps 2014.

Pour la remise en état des prairies, il faut intervenir tôt au printemps, donner la priorité aux parcelles les plus touchées (> 50% de terre) et utilisées le plus fréquemment. L’importance des dégâts peut s’apprécier grâce à la note d’enherbement. Le principe est de délimiter un cadre (5m sur 10m) et de noter de 0 (pas d’herbe du tout) à 5 (100% d’herbe). Répéter la mesure tous les 15-20 pas en traversant la parcelle et faire la moyenne des notes comme indiqué dans la figure suivante.

Technique de sur-semis et re-semis

Sur-semis : semis de graines de prairies dans les espaces laissés libres sans destruction de l’ancienne prairie. Re-semis : destruction totale de l’ancien couvert et semis d’une nouvelle prairie Dès que les conditions de travail sont défavorables (humidité, faible niveau de fertilisation, altitude), le sursemis est préférable au re-semis. En effet, il permettra de conserver les graminées et légumineuses adaptées au milieu.

l’autre semis, il faut surveiller la levée. En cas d’apparition d’adventices pérennes (type rumex), un désherbage de rattrapage peut être réalisé. Les semis ou sur-semis présentent de bons résultats en fin d’été. Au printemps, un des principaux risques sont les gelées tardives et les chaleurs de mai, juin. C’est pour cela, qu’il est préférable de réserver les semis de printemps aux prairies les plus dégradées et pour lesquelles il n’y a pas d’autres solutions que le re-semis. Au printemps, la meilleure période est à la reprise de végétation (300-400 °C jours), au verdissement. Dans tous les cas il faut semer avec peu de chaleur pour que les graines germent facilement.


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