Avez vous les bons outils ???


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Naissance d’un ver de terre
Naissance d’un futur laboureur

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai passé pas mal de temps à chercher l’outil idéal qui allait me faire gagner beaucoup d’argent tout en respectant mon sol. J’ai beaucoup cherché, beaucoup douté aussi à vouloir écouter les avis de tous le monde, je me suis formé avec des décompactages de cerveau à répétition, tout devenait de plus en plus confus dans ma tête puis il y a eut un espèce de vide "sidéral", comme si tout ce que j’avais appris à l’école était devenu obsolète, et personnes ne pouvaient me conseiller vers cette quête de sol vivant que je m’imposais, tout en sécurisant mes revenus...

Pourquoi changer de pratique quand tout va bien ??? C’est sûrement une question à laquelle j’ai tenté de répondre beaucoup trop vite, en 1995 j’avais quelques soucis d’érosion et des sols qui nécessitaient de plus en plus d’énergie ( chimique ou mécanique) pour produire autant, j’ai donc décider de tout changer en réduisant fortement le travail du sol, d’une manière assez "idéologique" avec en ligne de mire le Semis Direct puis très rapidement l’Agriculture de Conservation. Mais étais-je sûr d’aller dans une bonne voie ??? est ce que autour de moi, dans ma région d’autres agriculteurs avaient pris cette voie ???

J’ai la chance d’habiter en Sarthe, le département ou chaque minute compte plus qu’ailleurs, et pour gagner une course mythique comme les 24 heures du Mans, il faut être très résistant et savoir où l’on va.

Il y a 2 ans maintenant, des voisins sont venus me chercher pour former une équipe, non pas pour piloter une voiture, mais pour piloter nos champs. Nous sommes une quinzaine dans le groupe, les 3/4 en non labours ( il y a 2 ans...),le reste en TCS mais avec une orientation forte vers l’AC. Nous avions donc tous un peu les mêmes doutes sur nos pratiques, des champs un peu sale, des cultures irrégulières et une impression de passer beaucoup de temps à choisir les interventions qu’ils fallaient entreprendre. Nous avons donc fait appel à un conseiller privé, plutôt hostile au non labour car il a vu trop d’agriculteurs découragé par cette technique. On va donc dire que nous avons appeler le médecin avant que notre situation soit désespérer, mais vous allez voir que le traitement que nous avons mis en place est assez original, en effet nous confrontons nos idées d’agriculteurs voulant respecter la vie du sol face à un conseiller qui doit nous faire gagné de l’argent s’en prendre de risque à long terme...

Le débat a donc été houleux au départ, mais très rapidement l’échange de savoir a été réciproque. On ne parle pas machines ou techniques mais résultats, et pour cela nous organisons 4 réunions en salle afin d’établir les rotations, les ITK, les marges recherchées, étudier les marchés et suivre les cours, puis au moins 6 rencontres bouts de champs . Le gros plus que j’apprécie dans ce conseil privé, c’est que le groupe d’agris avec qui je fait équipe, bosse comme moi et ma cuma, ont peut donc grâce à notre technicien progresser ensemble et vérifier la performance de nos pratiques, avec l’appui de 2 salariés qui ne font que de l’expérimentation dans nos champs.

Partir sur de bonnes bases

Voici tout d’abord les objectifs que nous nous sommes fixés :
- Avoir une bonne rotation : 60 % de paille / des légumineuses / 20 % de cultures de printemps / des familles différentes. Pour mon cas, vous allez voir que j’ai extrêmement réduit mon nombres de cultures, exit les légumes, pois protéagineux , je ne part plus semer pour moins de 10 ha. Voici a quoi ressemble ma rotation actuelle : Colza associé de légumineuses / Blé / dérobée automne+printemps (rgi+avoine diploide+vesce+TA+TI) - Maïs ensilage / Blé /biomax- Maïs grain / Blé . J’obtiens sur 6 ans : 3 blé, 2 maïs, 1 colza , 1 dérobée avec 2 récoltes ( automne+printemps) , 1 couvert pour le sol.

- Maîtriser ses chiffres :
Désherbage : 60 €/ha maxi, pas de graminées résistantes, absences de vivaces, désherbage d’automne sur blé.

Fongicides : 55 €/ha maxi, choisir des variétées peu sensibles, mélanges, végétation peu dense, intervenir en préventif.

Régulateur : 5 €/ha (libre a chacun de le faire ou pas)

Insecticides : 5 €/ha

Pulvérisation : 70 impacts/cm2 , adjuvants obligatoire sur antigraminée , acidification de l’eau ( le ph de la bouillie doit correspondre à celui de la plante). Je mélange désormais ( en fonction des besoins) un sel ( sulfate ammoniaque liquide) + un mouillant ( silweet) + une huile ( actrirob ) , et ces produits sont introduit dans le pulvé avant les phytos . Je rappel que j’incorpore les phytos seulement lorsque le pulvé est à moitié rempli d’eau, une eau qui est a température ambiante et stocké dans une cuve opaque.

Fertilisation : Pour faire simple, on va surtout piloter par ordre de grandeur l’azote, le souffre puis le phosphore.
1 unités de souffre pour 2 unités d’azote
Pour les sols entre 50 et 80 ppm de P2O5 ( olsen), apport de 50 u de P2O5
-------------- inférieur à 50 ppm -------------------------------- 75 u de P2O5
Si on est dans une stratégie d’Agriculture de Conservation, il y a fort à parier qu’il va d’abord falloir remonter le taux de MO. Il est donc important d’en tenir compte dans les bilans, une croissance de 0.1 % de MO par an mobilise 100 unités d’azote (d’où la nécessité d’avoir des légumineuses dans les couverts). La fertilisation azotée est donc vérifiée au Jubil pour les blés, maïs et colza. ( le jubil est très intéressant pour mesurer l’impact des légumineuses ).

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- Coût de production :( issu de 500 fermes de l’ouest, récolte 2012)
310 € charges fixes
160 € Main d’oeuvre
165 € Foncier
55 € carburant
270 € mécanisation
130 € récolte
150 € phyto
200 € engrais
60 € semences
J’arrive à 1500 € de charges ( hausse de 40 % en 7 ans !!!), je déduit 300 € de DPU en produit, il me reste 1200 € de vente a atteindre. ( 68 qtx à 17.5 € par exemple en blé ). S’en vouloir vous effrayer, on va pouvoir rajouter 50 à 100 € en charge pour l’année prochaine ( impôts-MSA ), avec une grosse inconnu sur les prix de vente...

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- Conduite du couvert : ( conseil de Matthieu Archambeaud)

5 règles à respecter :

=> Semer le plus tôt possible
=> Semer comme une culture
=> mélanger au moins 4 espèces ( afin qu’aucune ne soit dominante)
=> Inclure au moins 50 % de légumineuses ( idéal 2/3 )
=> Quand le couvert fleurit, il a fait son travail. ( on recherche un C/N de 25 )

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- Quelques choix de mélanges :

Couvert ensilé :
45 kg d’avoine diploïde + 30 kg de pois assas + 10 kg de vesce de printemps.

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Couvert pâturé :
10 kg d’avoine diploïde + 5 kg de tréfle incarnat + 3 kg radis + 5 kg de trèfle violet + 2 kg colza fourrager.

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Méteil en permaculture
Je vous en reparle bientôt....

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Luzerne enrichie d’un mélange fourrager semé à l’automne

Biomax :

Guide de Nicolas Courtois en Suisse.
Guide de l’équipe TCS

Tout ceci sont des bases a avoir en tête, au cas où comme moi vous étiez quelques peu perdu. Je ne peut donc que vous inciter à mettre en place un travail de groupe afin d’échanger avec votre entourage proche, puis trouver un technicien privé ou public qui va vous permettre de maitriser vos pratiques afin de ne plus subir mais d’anticiper. Bien entendu, la rencontre avec des formateurs comme l’équipe TCS sont presque un passage obligé afin de bien comprendre a quoi doit ressembler votre outil de travail...

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Profil de sol au téléscopique

Récolte 2013

Pour ma part, je vous met ici quelques photos de mes parcelles, tout n’est pas encore parfait mais avec le climat que nous avons eut, j’estime ne pas m’en sortir trop mal, et nous sommes très optimiste pour l’avenir, notre équipe commence à bien maîtriser les meilleures trajectoires à prendre, nos machines se perfectionnent et on optimise chaque passage, et l’outil que nous avons entre nos mains commence à bien rugir...
Beaucoup d’entre vous sont venu sur ma ferme dernièrement et ont été surpris par notre coté perfectionniste pour aller chercher les derniers quintaux. Encore une fois je vous montre ce que je fait chez moi, jamais je n’irai vous dire ce que vous devez faire chez vous. J’adapte simplement ma stratégie au potentiel de mes sols. Mais n’oubliez pas que l’AC permet de déplafonner les rendements, à condition toutefois que tout le reste soit parfait.

- Colza : La culture a bien passé l’hiver, l’excès d’humidité nous montre toutefois les limites de la gestion des dicots uniquement par les plantes compagnes, les gaillets et séneçons sont un peu trop présents, mais presque moins toutefois que des parcelles voisines ayant reçu des anti-dicots et un travail du sol en plein. On fera mieux l’année prochaine ( enfin dans 1 mois ) avec notre système de désherbage sur le rang qui équipe maintenant notre monograine ( on associera donc plantes compagnes + 1/3 dose de racinaire (napropamide) afin d’éviter tout risque de débordement). Je rappel que nous avons beaucoup ramé avec la culture du colza il y a quelques années, nous sommes passé de 20-25 q/ha à 35-40 Qtx en 5 ans seulement, et on vise beaucoup plus maintenant.

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Colza semé au Compil
Non travail du sol en inter-rang = non salissement


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Colza en TCS
Mélange Kadore + Sésame à 18 gr/m2

- Blé : Comme nous tous, nous avons reçu des trompes d’eau depuis octobre 2012, environ 400 mm à l’automne et autant au 1er semestre 2013. La photo de la levée du blé vous fera évidemment très peur, il s’agit d’un précédent maïs ensilage récolté sous la pluie, je n’avais aucun résidus sur le sol au moment du semis et j’ai pris la décision de passer un très léger coup de compil pour semer mon blé, aucun travail en profondeur alors que les bennes avaient tout de même marquée. Mes laboureurs ont été exceptionnel ici, ils ont bossé tout l’hiver pour réparer la structure et je n’ai pas oublié de les nourrir puisque j’ai épandu 10 t/ha de compost en février afin de les récompenser. ( imaginez que je circulai dans ce champs avec un épandeur alors que mes voisins ne pouvaient rentrer dans leur champs ne serait-ce que pour mettre de l’engrais).

Ce ne sera probablement pas exceptionnel, mais on démarre de très, très loin. Un colza associé semé au strip till viendra cette été pour continuer de réparer la structure. Toutefois, je réfléchit à modifier un peu ma ration de mes laitières, il est probable que je fauche plus haut cette année mes maïs ensilage afin de laisser plus de résidus au sol ( et concentrer par la même occasion ma ration ) . Pour revenir au semis à la volée que nous réalisons au compil, je ne vous en parle pas trop car cela marche vraiment trop bien chez nous, le semis nous coute moins de 50 €/ha ( tracteur + compil + trémie ) , on débite environ 3 ha/h. avec seulement 7 litres de fioul/ha. Cela va être dure de faire des économies sur ce poste .

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Compaction et battance
Le passage du strip till sur le précédent maïs ensilage va sauver cette parcelle de l’hydromorphie. L’apparence de surface est évidemment loin d’être parfaite, mais la structure en dessous a été peu impacté par le passage des bennes qui ont put rouler sur des zones non travaillées ( d’où l’intérêt du ST chez moi).


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Blé en TCS
Même parcelle au 01-07-2013
Mélange Galactic + Solehio + Altigo semé à 130 Kg/ha

- Maïs : Le maïs est vraiment la culture qui nous a posé le plus de soucis en Agriculture de conservation, mais tout le travail que nous avons réalisé depuis 10 ans maintenant commence à porter ces fruits. Nous avons beaucoup modifié le strip till afin d’obtenir une ligne de semis très uniforme, propre et mis en sécurité par apport à des risques d’érosion lié à des orages. La fertilisation a été et est encore en perfectionnement, on vérifie les variétés qui correspondent à la technique du ST en écartement réduit et on commence également à faire quelques essais d’enrobage afin de toujours booster le démarrage. Le semoir a été pas mal adapté à la technique du ST, cela peut effrayer les novices, mais on ne fait pas le Dakar avec une Formule 1.
Semis du 25 avril sur un précédent colza avec petit couvert de seigle. Je rappel que nous semons maintenant à 60 cm d’écartement, la couverture du sol est donc plus rapide.

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Semis du 25-02013 en écartement réduit ( 60 cm)

Avec une densité de 92 000 grains, nous avons 17 à 18 cm entre grain et la répartition se trouve donc automatiquement amélioré. L’élément semeur Monoshox apporte en plus une grande stabilité ce qui nous permet de semer tous les grains exactement à la même profondeur afin d’avoir une levée régulière.

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Maïs en TCS dans la Sarthe
Régularité de semis obtenu par le réchauffement de la ligne en passage décomposé.

La culture que j’adore le plus, le semis de maïs sur un dérobé ... La plus joli a mes yeux, mais la plus dangereuse à mettre en place. Si je m’obstine à faire cela, c’est simplement parce que la dérobée me permet de sortir 5 à 7 tonnes de MS de fourrage, puis le maïs qui suit encore au minimum 15 t soit plus de 20 t de MS/ha. J’adore cette combinaison car tout va très vite, de la récolte du blé qui précède le dérobée, au semis de maïs qui se fait dans l’ombre de l’ensileuse, avec une croissance du maïs qui laisse les repousses de RGI sur place. Je me régale avec cette culture, mais ce n’est pas parce que cela marche très bien chez moi qu’il en sera autant chez vous, je ne tenterai jamais cela sur une parcelle non-irrigué, et avec un semoir non équipé de roues de fermeture en fonte.

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Maïs en strip-till derrière RGI en dérobée
Maïs derrière dérobée

Je vous remet ici une vidéo qui retrace nos dernières modifs, pour ceux qui ne l’auraient pas déjà vu.

- Comme je disais plus haut, on travail désormais avec un conseiller qui nous apporte un soutien pour mettre en place des plateformes de recherche, et cela se fait également avec le partenariat de semenciers ou marchands d’engrais. Nous avons donc mis en place plusieurs plateforme de recherche pour le maïs :
=> 2 essais variétées ( Pionneer et RAGT )
=> 1 essai densité de semis à 60 cm
=> 1 essai écartement ( 60 cm- 75 cm - twin en 75 cm)
=> 1 essai enrobage
=> 1 essai fertilisation au strip till
=> 1 essai fertilisation starter
C’est incroyable comment s’en argent public on avance, mais quand on aime on ne compte pas...

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Maïs strip-till dans la Sarthe

Allez, il est temps de conclure, et pour répondre à la question de ce topic, je préciserai que l’on voit sur la 1ère photo la main du "Grand Matthieu", qui nous fait partager ces connaissances afin que je les transmettent à mon "Petit Mathieu"

N’oublions pas que la terre appartiens à nos enfants, essayons de leur laisser les bons outils, qui vont avec...

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Enseigner les bonnes pratiques

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