Implantation, fermer correctement le sillon

Frédéric Thomas, TCS n°42 - mars / avril / mai 2007



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La gestion des résidus devant les lignes de semis et l’ouverture du sillon a été jusqu’alors la préoccupation majeure des TCSistes et s’est traduite par d’importants progrès en matière de régularité et qualité du positionnement des graines. Aujourd’hui, de plus en plus d’agriculteurs mais également de constructeurs commencent à considérer la fermeture du sillon comme une intervention complémentaire déterminante pour l’environnement de la graine permettant de garantir une levée rapide et homogène. Cet aspect est essentiel lors des implantations de printemps avec des cultures souvent monograines et des sols qui peuvent passer très vite d’un état humide, gras et plastique à un état sec et dur. Si certains constructeurs sont restés dans le rappui latéral classique, d’autres proposent des solutions plus sophistiquées qui peuvent aller jusqu’à un léger re-travail de la ligne de semis. Afin d’y voir plus clair, nous avons essayé de faire l’inventaire des options et des pratiques.

Avec du poids, il est toujours possible d’ouvrir un sillon même dans les sols les plus durs, cependant dans la majorité des cas et surtout en situation de semis direct, les disques ouvreurs exercent sur le sol une action similaire à un « coin ». Ainsi l’appuisur le sol tend à compacter les parois latérales même en conditions sèches. En conséquence, ce lissage peut emprisonner la graine dans une véritable gouttière qui va limiter une colonisation rapide du sol par les jeunes racines de la plantule, se remplir d’eau ou s’assécher rapidement en fonction des fluctuations climatiques ; des conditions tout aussi néfastes à la germination. Cette situation est bien entendu exacerbée en sol argileux et lorsque les conditions d’intervention sont un peu humides mais elle se retrouve corrigée dans le temps parla remontée du taux de MO en surface, le développement d’une activité biologique intense et l’utilisation de couverts performants et structurants.

L’environnement de la graine est également déterminant pour limiter les pénalités infligées par les ravageurs tels que les taupins, corbeaux et limaces. Cette fixation sur l’ouverture du sillon, le positionnement de la graine et la conservation de l’eau (contact sol graine) ont trop souvent fait oublier qu’une graine et une jeune pousse nécessitent également de grandes quantités d’oxygène pour se remettre en activité et redémarrer rapidement. Ainsi les modes de fermeture par pression qui correspondent plus aux préparations de lits de semences traditionnelles montrent leurs limites et apparaissent de moins en moins adaptés aux itinéraires très simplifiés et surtout directs. De plus, la pression exigée pour la fermeture du sillon avec des dispositifs classiques, qui est relativement proportionnelle à la pression d’ouverture, exige encore plus de poids.

Ainsi la recherche d’une pénétration régulière et d’une plus grande stabilité des semoirs au travail a conduit les constructeurs comme beaucoup d’agriculteurs à lester les machines et/ou les éléments. S’il s’agit d’un poids certainement judicieux en conditions dures, cette charge peut devenir un handicap lorsque le sol est un peu plastique et risque d’accentuer les compactions latérales et positionner la graine dans un environnement trop hermétique pour une germination rapide et totale. À l’inverse en sol limoneux, cette fermeture trop énergique peut favoriser la battance toute aussi néfaste. Enfin, une fermeture avec conservation d’oxygène ne doit pas se solder par la création d’une voûte au-dessus de la graine, un environnement déjà favorable aux limaces et qui peut, si un peu de lumière arrive à pénétrer dans le sillon, entraîner le démarrage de la plantule qui aura beaucoup de mal à sortir.

Même si l’important avant tout est la qualité du sol et les conditions d’intervention, de nombreux constructeurs et également des agriculteurs ont mis au point d’autres approches de fermeture de la ligne de semis pour répondre à ces difficultés qui intègrent toutes plus ou moins un léger re-travail après le positionnement de la graine. Comment refermer la ligne de semis avec un peu mais pas trop de pression tout en maintenant une bonne aération et une surface suffisamment friable, un compromis pas si facile que cela mais une qualité de travail qui est la clé d’une levée rapide, homogène et avec des plantes dynamiques.

Roues à doigts

Cette approche, qui s’est développée particulièrement aux USA dans les années quatre-vingt-dix, fait appel à des roues de chasse-résidus rotatifs montées à la place d’une ou des deux roues de fermeture classique. En pénétrant dans le sol sur le côté du sillon, les dents exercent une pression latérale qui tend à briser la ou les parois du sillon tout en fabricant un peu de terre fine pour faciliter le recouvrement de la graine. Ce montage est efficace pour faire un peu de terre, mais n’apporte aucune pression sur la graine, et peut, dans certaines conditions de sol et de réglages, laisser un sol soufflé et, si la profondeur de travail est mal maîtrisée, aller jusqu’à éjecter des graines hors du sillon. À ce titre, certains constructeurs comme Martin proposent de monter des roues en aluminium soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, afin de mieux maîtriser la profondeur et d’apporter un léger raffermissement de la ligne de semis. Le travail pouvant être fignolé par une chaînette en arc de cercle qui ramène et concentre la terre fine dans et sur le sillon. Lien web

La version Thompson

De conception plus récente, cette roue de fermeture est censée améliorer les performances des autres dispositifs. La faible épaisseur des roues qui ressemblent plus à des disques droits facilite la pénétration dans le sol afin de bousculer les bords du sillon et limite l’accumulation de terre en situation collante, tout en facilitant le positionnement de décrottoirs. L’extrémité arrondie et l’angle des dentures assurent à la fois un travail latéral et une légère pression sur le sol qui croit avec le degré de pénétration. C’est en fait ce qui limite progressivement la profondeur de travail du dispositif dans le sol. Dans certaines conditions et surtout en semis direct, le constructeur propose également une cale en forme de coin à monter sur l’axe afin de fermer un peu l’angle à l’arrière pour ramener sur le sillon de la terre écartée par les disques ouvreurs. Lien web

Posi-Close : une approche originale

Schlagel, constructeur d’accessoires aux USA, propose une approche assez différente. Toujours pour éliminer les lissages éventuels du sillon tout en cherchant à le refermer avec un bon rappui même en conditions un peu humides, il a développé des roues ou plutôt des rouleaux à doigts horizontaux. Il s’agit de petites « roues cages » avec les barreaux qui exercent une pression sur plusieurs centimètres de large et qui en pénétrant légèrement dans le sol referment le sillon par pression et cisaillement. Cet effet est renforcé par l’inclinaison des doigts vers l’avant qui entraîne un léger dérapage sur le sol et tend à repousser la terre vers le centre. En position normale, les roues sont écartées au sol d’environ 2 cm mais lorsque le sillon est plus dur à refermer, il est possible de les resserrer afin de concentrer la pression sur une surface plus étroite. Dans ce cas, les doigts des roues sont engrainées les uns dans les autres comme les dents de deux pignons. Enfin et dans des conditions très particulières, ce même dispositif peut être monté aussi en lieu et place des roues de jauge latérales afin de maintenir la profondeur tout en évitant le pincement entre roue et disque qui accentue souvent le problème. Ce dispositif est adaptable sur semoir John Deere et aussi Monosem. Lien web

Roue en fonte et disque cranté pour Monosem

L’approche Monosem associe, quant à elle, la roue « Pro » et un choix d’outils de fermeture du sillon sur les semoirs de NX, également adaptables sur les versions NG. Avec ce type de semoir, il faut impérativement remonter la profondeur de semis surtout en semis direct pour obtenir de bons résultats. La roue « pro » d’un grand diamètre en aluminium avec bandage inox est surtout plus large que les bords du sillon. Ceci lui permet de bloquer la graine et de l’appuyer dans le fond du sillon tout en brisant les bords du fond du sillon. Ensuite pour finir le travail, il est possible de boulonner sur les roues traditionnelles un disque cranté face extérieure afin de légèrement retravailler le sol sur le côté et projeter un peu de terre sur le sillon. Une autre option consiste à monter une roue crénelée en fonte assez large afin de rappuyer énergiquement et latéralement tout en brisant le bord et le dessus du sillon.

M. Courjux (Isère), en TCS et SD en fonction des conditions de sol et de précédent, mais également producteur de maïs semence, utilise un NX depuis six ans. Pour lui, il est indispensable avec ce type d’outils de remonter la profondeur de semis et de ne pas excéder 2 à 2,5 cm afin de profiter de la qualité de positionnement qu’apporte la roue « pro ». Comme il travaille en terres argileuses et graviers, il a choisi d’équiper le semoir avec la roue fonte crantée qui, grâce à son poids, son diamètre légèrement supérieur et ses aspérités, ramène bien la terre, ferme le sillon en terre argileuse et retravaille la surface pour éviter la battance. De l’autre côté, la roue conventionnelle complète l’intervention et remplit un peu le rôle de roue de jauge pour l’ensemble. Ainsi positionnées, les graines germent rapidement pour des levées très homogènes même dans un chaume de ray-grass après une récolte d’ensilage.

J. Pouzier (Puy-de-Dôme) qui se trouve en bordure de Limagne avec des terres très argileuses mais également des sables et des alluvions, avait pris quant à lui la roue fonte en option dans le but de ne la monter que dans les conditions où elle semblerait nécessaire. Cependant et avec l’expérience, ce dispositif est maintenant à tenir quelles que soient les conditions. « Bien régler le semoir et surtout trouver les bonnes pressions sur la roue « Pro » comme sur les roues de fermeture peut demander plusieurs tentatives, précise-t-il, mais cela est nécessaire pour obtenir un bon semis à très faible profondeur. » Pour lui, également, il ne faut pas descendre à plus de 1 à 2 cm, d’autant plus que la terre reste fraîche en SD. À ce titre, et comme il fait un peu d’entreprise, à la demande d’un voisin, il a accepté de semer une parcelle un peu plus profond (4 à 5 cm) pour une levée très décevante : une expérience malheureuse qui confirme cependant parfaitement ce facteur de réussite.

Kuhn : ramener de la terre avec des disques

Chez Kuhn, ce sont deux petits disques (20 cm de diamètre) légèrement concaves et décalés (5 cm) qui travaillent de chaque côté du sillon et ramènent de la terre sur la lignede semis avant le passage des roues plombeuses. La Cuma de Castet Arouys (Gers), dont une partie des cultures monograines (maïs et sorgho) est implantée soit en direct ou après une légère préparation au chisel, utilise ce dispositif depuis plusieurs années. Le positionnement de la graine comme de la fermeture du sillon est très satisfaisant même à vitesse de semis soutenue (8 km/h). Là encore, les utilisateurs signalent qu’ils obtiennent de meilleurs résultats avec des semis assez superficiels. Par contre, si ces disques peuvent légèrement travailler le sol, ils fonctionnent mieux avec un peu de terre fine. Si cela est optimum en TCS, en SD, les Gersois recommandent de faire légèrement gratter les roulettes étoile à l’avant du semoir afin de faire et de laisser un peu de terre pour les disques de fermeture. Enfin, ce dispositif est réglable en hauteur et en pression mais il peut absorber une partie non négligeable du poids et perturber le travail des autres éléments. Dans certaines conditions de sol dur, il peut être nécessaire de lester la machine.

Sola : moins ouvrir le sillon

Pour Sola, il faut anticiper le problème en amont en limitant l’angle d’ouverture du sillon. C’est pour cette raison que le Prosem possède un angle d’ouverture de 9° seulement contre 13° pour la plupart des autres machines. Ainsi, il faut moins de poids pour pénétrer le sol à conditions égales, ce qui se traduit par moins de pression, moins de lissage et par conséquent des sillons plus faciles à refermer. Ce constructeur est également opposé à tout rappui de la graine dans le sillon et le résultat de différents essais plaide en sa faveur (cf. TCS N° 37 page 8). À l’arrière, les roues de fermeture peuvent être équipées de disques crantés pour améliorer la qualité de fermeture. Outre un réglage de pression classique, l’angle au sol des roues plombeuses peut être facilement modifié grâce à un montage original sur l’arbre commun et coudé. L’objectif n’est pas vraiment de pincer plus ou moins la terre à l’arrière pour améliorer le travail mais d’exercer en fonction de la profondeur de semis toujours la pression latéralement au niveau de la graine et non au-dessus : plus le semis sera profond, plus le contact au sol sera écarté et inversement.

M. Milhorat d’Agro d’Oc qui a réalisé les essais comparatifs et suivit quelques machines confirme que le poids, contrairement à ce qu’il est couramment admis, permet peut-être d’assurer une bonne qualité de positionnement mais il handicape certainement la vitesse et l’homogénéité de la levée. En d’autres termes, il lui semble plus favorable de semer plus superficiellement et d’alléger les machines que de les lester. Pour ce qui est des disques crantés, ils sont pour lui intéressants en sables et limons pour renfermer sans trop de pression, légèrement réchauffer le sol et obliger les roues à tourner. Par contre en sol argileux, il vaut mieux les oublier et rester avec les roues conventionnelles car elles risquent de découper la terre, remonter des mottes et contribuer plus à l’assèchement du sillon qu’à sa fermeture.

Bertini : un nouveau prototype pour la fermeture du sillon

Ce semoir est l’un des premiers à proposer pour optimiser la fermeture du sillon un rappuyage associé à un léger travail de la ligne de semis. Les roues plombeuses munies de dents en forme de section pour limiter l’accumulation de terre comme de résidus sont bien entendu réglables en pression. Grâce à un excentrique, il est possible de les faire travailler soit, avec un angle refermé vers l’avant dans le but d’augmenter le nettoyage autour du sillon un peu comme des chasse-résidus, soit, avec un pincement à l’arrière afin de pousser la terre vers le centre et améliorer la fermeture du sillon. En complément et surtout pour les implantations de cultures monograines, le constructeur fournit un kit qui permet d’augmenter l’inclinaison des roues afin d’augmenter la pression latérale et mieux retravailler la surface du sillon. Ce dispositif qui donne de bons résultats arrive cependant à se bloquer lorsque la terre est trop collante ou à se coincer éventuellement avec un caillou de la taille du poing. Ainsi dans des conditions limites et surtout pour les implantations d’automne, certains utilisateurs retirent l’une des roues et peuvent ainsi continuer à semer.

Didier Lambin (Marne) est l’un des premiers utilisateurs de ce semoir en France. En terre crayeuse et argileuse, il a implanté des céréales d’hiver mais également du maïs, du tournesol et même des betteraves. Pour ces dernières, il est cependant revenu à un semoir conventionnel plus pour des raisons de largeur de rang que de qualité de semis (il sème la betterave à 45 cm pour la récolte alors que les lignes de semis du Bertini sont tous les 20 cm). Concernant la fermeture de la ligne de semis, il est très satisfait même si les dents ont tendance à un peu découper la terre en situations argileuses et faire des lambeaux. « Cependant, précise-t-il, il ne faut pas demander l’impossible à la machine car en présence d’un bon couvert, bien développé, le résultat est tout de suite meilleur. » Jean-Louis Izard (Haute-Garonne) fait sensiblement le même constat alors que dans le Sud-Ouest, il sème en direct sur chaume et non sur couvert, qu’il hésite à introduire, à cause des difficultés de ressuyage au printemps dans ses argilo-calcaires très collants, du sorgho, du tournesol et du blé dur. Pour lui, le plus important est de ne pas entrer trop tôt et d’attendre les bonnes conditions. Comme le sol n’est pas travaillé à l’avance, il n’y a pas de risque d’assèchement du lit de semence et cela permet d’ailleurs de semer le plus léger possible (2 à 3 cm) afin de gagner en température et vitesse de levée. Il apprécie particulièrement la pression sur la ligne de semis et surtout le léger travail des dents qui doit permettre un meilleur réchauffement de cette bande sans lissage.

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