Plaidoyer en faveur du sol

Chris Clayton, traduit par Christophe Barbot - DTN The progresive farmer ; septembre 2012

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L’agronome, âgé de 51 ans, est spécialiste du sol à l’USDA au NRCS (Service de la conservation des ressources naturelles). Il passe presque tout son temps à voyager à travers le pays pour parler aux agriculteurs de son évangile du non-labour, sur les pratiques, les cultures de couverture et l’élevage. Ses messages sont tous destinés à améliorer la santé des sols dans les exploitations agricoles.

Version originale : http://www.dtnprogressivefarmer.com

Conduisant à travers les terres cultivées dans le centre du Kansas, Archuleta grogne dès qu’il aperçoit un petit morceau de terre dépourvu de couverture. Il appartient à un groupe de spécialistes qui voient la nécessité d’une « révolution brune » pour aider les agriculteurs à mieux comprendre la santé des sols en imitant la nature. Il dit que l’agriculture classique est davantage une exploitation (minière) du sol plutôt que l’agriculture qui va le reconstruire. « La plupart des exploitations agricoles dans notre pays sont dégradées », a déclaré Archuleta. " Elles ont été labourées pendant de nombreuses années. "

Le travail de personnes comme Archuleta, certains pédologues et des agriculteurs, incite le service NRCS à déployer une approche plus agressive par la campagne " santé du sol " le mois prochain, en favorisant spécifiquement les champions des pratiques agricoles qui construisent plus de matière organique dans le sol. S’adressant aux secrétaires d’État à l’agriculture la semaine dernière à Des Moines (Iowa), le chef du service NRCS, Dave White a abordé le sujet, affirmant que le sol à l’échelle nationale est " nu, affamé, assoiffé et fiévreux ". « Nous essayons d’obtenir un sol couvert toute l’année », a dit D. White, « Nous ne parlons pas de culture sans labour. Nous parlons de ne jamais travailler le sol. Il devrait toujours y avoir quelque chose sur la surface de ce sol.  » Dave White a dit que Ray Archuleta respire la passion pour le travail à venir. " N’est-ce pas formidable d’avoir quelqu’un qui est si enthousiaste à propos de ce qu’ils fait ? "

Le mois passé, R. Archuleta a parlé à plusieurs classes et lors de démonstrations au champs dans l’Oregon, le Kansas et l’Iowa. Après avoir donné des présentations l’an dernier dans l’Indiana, le personnel du NRCS de l’État tout entier a commencé à mettre davantage l’accent sur l’amélioration de la santé des sols. " Ray a probablement fait autant que nulle autre personne que je connaisse pour promouvoir la santé des sols et de promouvoir l’utilisation des couverts. Maintenant, nous voyons que ce n’est pas juste Brandt et Gabe Brown qui le disent ", a déclaré Brandt, un fermier de l’Ohio. « Ce sont les agriculteurs du Dakota du Nord et Dakota du Sud et de la Caroline du Nord et Caroline du Sud qui cultivent du tabac et du coton et toutes sortes d’autres cultures avec des couverts, des gens qui pensaient qu’ils ne pouvaient pas le faire avant. »

Archuleta était juste un membre anonyme de l’équipe du NRCS jusqu’à ce que son voyage pour bâtir la santé du sol ait commencé il y a sept ans. Pendant sa carrière, il a travaillé au Nouveau-Mexique, dans le Colorado, le Missouri et l’Oregon. Alors qu’il travaillait comme écologue (conservationniste) de district dans l’Idaho, Archuleta dit qu’il s’est rendu compte qu’il était impuissant à aider un ami qui essayait de sauver sa ferme en cultivant un sol qu’il avait pourtant estimé fertile. “La réponse, je me tenais droit sur elle, je ne savais pas qu’il détruisait le sol parce que je détruisais le sol autant qu’il était en train de le faire ", expliquant que son ami avait dépensé trop d’argent dans les intrants (engrais herbicides, insecticides et fongicides). "Il y a quelque chose de fondamentalement mauvais quand vous ne pouvez pas gagner le revenu familial pour vivre sur 250-300 hectares."

Archuleta dit que les agriculteurs et les écologues du sol pourraient mettre diverses pratiques de conservation - terrasses, bandes enherbées, méthodes de semis sans labour - sur le terrain et ne jamais voir des améliorations. « Je n’ai vu aucune différence sur le terrain. Je n’ai jamais vu une réelle différence dans ce que nous avons fait sur la qualité de l’eau. " Fondamentalement, la santé du sol n’est pas sur l’application de pratiques de conservation, a-t-il dit. Ce jour-là, Archuleta a expliqué ses préoccupations devant un auditoire composé principalement de collègues du service NRCS. Ils avaient passé toute leur carrière à aider les agriculteurs à bénéficier d’une assistance technique pour rédiger des plans de conservation, ou installer et mettre en œuvre la litanie des acronymes des programmes de conservation du ministère de l’agriculture américain - EQIP, CSP, CRP, GRP. Ray Archuleta a expliqué que les Américains moyens ne sont pas les seuls déconnectés de la terre. Une majorité de chercheurs, les techniciens du NRCS et les agriculteurs ne pensent pas à ce qui est mieux pour le sol. " Si vous n’avez pas foncièrement compris les rudiments de la façon dont le sol fonctionne, vous êtes déconnecté de celui-ci. C’est comme être marié et ne jamais parler à votre femme. "

« La santé des sols est un voyage entre vous et le propriétaire du terrain pour comprendre comment imiter la nature, comment la mimer. » Archuleta commence ses classes avec un test de stabilité du sol comparant deux mottes de terre dans différentes fermes. Au Kansas, une motte de terre provient d’un champ labouré annuellement dans une rotation maïs-soja, tandis que l’autre provient d’un champs qui n’a pas été travaillé depuis plus d’une décennie et a une rotation plus diversifiée avec des couverts végétaux interculture. Dans un tube haut rempli d’eau, la motte de terre ‘ avec labour ’ s’est dissoute et transformée en sédiments bruns au fond. La motte ‘ sans travail du sol ’ s’est émiettée un peu mais se maintient. Elle est restée comme ça durant toute la classe d’Archuleta le reste de la matinée. " Un bon sol, sol en santé reste agrégé et il tient son intégrité et sa structure ", a-t-il expliqué.

Une autre démonstration a montré comment l’eau est filtrée à travers le sol non labouré, tandis que celui labouré n’absorbe pas l’eau. Cela démontre qu’un sol en santé absorbe alors qu’un sol dégradé est plus enclin au ruissellement des eaux de pluie. Une fois que R. Archuleta a l’attention du public, la classe se déplace dans la discussion sur les polysaccharides nécessaires pour aider les liaisons du sol et les champignons mycorhiziens dans les sols qui absorbent l’eau et les nutriments. Les sols ont à retenir l’eau et ils ont à filtrer, a-t-il expliqué. " J’ai dit à l’Agence EPA nous n’avons pas un problème de ruissellement dans ce pays ", a déclaré Archuleta. « Nous avons un problème d’infiltration. Le ruissellement est un symptôme d’une fonctionnalité appauvrie des sols. " À l’heure actuelle, nous ne sommes pas en train d’imiter la nature. Nous sommes en train de la forcer. Nous la labourons. Nous sommes en train de diminuer la diversité des sols. Et l’eau s’écoule, elle ruisselle. « La nature est forte en diversité, et faible en perturbation. L’agriculture est forte en perturbation, et a une faible diversité », a déclaré Archuleta. "Les éléments nutritifs ne fuient pas facilement des écosystèmes naturels. Les cultures de couverture (engrais verts) ne sont pas optionnelles. Elles ne sont pas là en raison de l’érosion. C’est un mauvais concept. Elle sont là à cause de la vie. C’est à propos de l’alimentation / la nourriture [du sol]. Nous devons intégrer la diversité autant que nous le pouvons dans nos systèmes de culture. "

Avec un système basé sur un travail du sol supprimé et les mélanges de cultures de couverture multi-espèces (polyculture) qui sont idéalement pâturés, un agriculteur va commencer à avoir des gains sur la santé du sol, mais cela prend du temps. Les agriculteurs peuvent passer cinq ans (ou plus) dans un tel système pour déplacer l’aiguille de 1% sur la teneur en matière organique du sol. Un signe positif pour tous ceux qui cherchent à construire de la matière organique ? Les vers de terre. « Les vers de terre sont votre machine à travailler le sol. Faites qu’ils le fassent. Ces gars-là sont nos recycleurs. Ils sont nos ingénieurs du sol ».

Si une exploitation agricole a un problème avec des résidus de récolte excédentaire, un point que de nombreux producteurs soulèvent pour défendre leur besoin de travailler le sol, c’est aussi un symptôme de la pauvre biologie du sol, ou un manque de bactéries, ou de champignons ou de vers de terre qui combinent à la dégradation des résidus pour la terre, dit R.Archuleta. L’accent mis sur les cultures de couverture (engrais verts) et le maintien des éléments nutritifs sur le terrain va à l’encontre de la situation économique actuelle de l’Amérique rurale où les agriculteurs dépensent de l’argent pour les semences biotechnologiques et pour les produits chimiques. « Nous rendons les fabricants d’engrais très, très riches, car nous ne connaissons pas les fonctions du sol », a déclaré R. Archuleta. " Quand on connaît la santé du sol, nous nous responsabilisons. "

Le labourage est assimilée à « brûler la baraque. » Mais les agriculteurs obtiennent une fourniture d’azote lorsque qu’ils labourent, non ? « Ouais, quand vous brûlez la maison vous pourrez vous réchauffer un hot-dog », a déclaré R. Archuleta.


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