Un climat très contrasté qui exacerbe les mauvaises gestions techniques

Frédéric Thomas ; TCS n°58 - Juin / juillet / août 2010 -



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Les années se suivent et ne se ressemblent pas. La saison 2009-2010, qui a oscillé depuis l’automne dernier entre des extrêmes de sec, de froid, de neige, de pluie et de pointe de chaleur avec en ce début d’été une sécheresse sans précédent dans le nord de la Loire et l’Ouest, est particulièrement éprouvante. De plus, les pertes de rendement conséquentes et le manque de fourrage sont d’autant plus critiques qu’ils arrivent dans un contexte économique déjà particulièrement tendu. Cependant et même si on doit déplorer cette situation de crise, elle permet de faire ressortir des éléments essentiels auxquels nous devons rester accrochés.

En agriculture, où non seulement les prix des matières premières et des produits varient avec des amplitudes sans précédent, et quelquefois contraires, et un niveau de production incertain qui peut être fortement impacté par un climat de plus en plus agressif et aléatoire, il est impératif de conserver des coûts de production les plus faibles possibles. À ce titre, la simplification du travail du sol n’a jamais été autant pertinente en transformant les déficits de certains en situation d’équilibre pour les TCSistes. Cependant et au-delà de la réduction du travail du sol, il est crucial de continuer de mettre en oeuvre des systèmes et des rotations encore plus économes, d’explorer des voies encore plus efficaces en mécanisation, mais aussi en phyto et en fertilisation, comme l’association de cultures, à l’instar du colza. L’objectif n’est pas d’« extensifier » ni de réduire le potentiel de rendement, qui est toujours le diviseur des charges, mais de maîtriser l’ensemble des coûts de production à l’unité pour gagner en rentabilité, en sécurité et en flexibilité. Si le climat ou si un accident cultural réduit le potentiel ou si les cours s’effondrent, l’approche sera toujours économiquement plus robuste. Si les cours repartent à la hausse, comme en ce début de campagne, elle devient, à l’inverse, beaucoup plus « margeante ».

Au-delà des considérations purement économiques et s’il est possible de blâmer les adversités climatiques pour une partie des pertes de rendement, celles-ci sont loin de tout expliquer et surtout les énormes différences entre parcelles voisines pourtant dans des contextes pédoclimatiques similaires. C’est en fait ce type d’année « très technique » qui, en exacerbant les défauts et les erreurs, devrait permettre de corriger les pratiques et de comprendre beaucoup mieux la cohérence mais aussi le bienfondé de l’agriculture de conservation.

L’eau qui manquait à l’automne pour les semis de couvert et de colza fait encore cruellement défaut au printemps et en ce début d’été dans de nombreuses régions. Même si le manque de pluies significatives est une cause majeure, un travail du sol inapproprié, évaporant et entraînant la perte de la couverture végétale protectrice, débouchant en plus sur des ruptures et des compactions horizontales et limitant les remontées capillaires et l’enracinement n’est pas assez mis en avant. Dans une situation de stress, ce sont ces quelques millimètres d’eau non évaporés, ajoutés à ceux conservés dans le profil et ceux mieux captés par un enracinement plus performant et profond, qui peuvent faire vraiment la différence. En fait, une pluviométrie plus régulière, voire l’irrigation, permet en compensant l’eau non accessible ou perdue, de limiter, voire de gommer les défauts de gestion et/ou de structure et de fertilisation. À ce niveau, l’AC avec des sols couverts et une structure plus verticale va apporter de réels bénéfices en matière de gestion de la ressource eau.

Avec ces conditions météo, les modes de gestion de la fertilisation, entre autres de l’azote ont également montré d’importants contrastes et réponses sur les cultures d’hiver comme sur les cultures de printemps : « l’engrais a mal porté ». En céréale, les redoublements de rampes et d’épandeurs sont cependant restés plus verts et plus longtemps montrant la liaison étroite bien qu’un peu compliquée qui associe l’eau et l’azote dans le sol. La disponibilité en azote est bien entendu dépendante de la fertilisation et du mode d’application, mais elle s’appuie aussi sur la minéralisation influencée par la température, l’humidité et le travail du sol. Enfin, des soucis de structure et de colonisation racinaire induisent les mêmes symptômes et amplifient les problèmes d’alimentation. Toutes ces observations plaident, comme pour l’eau, en faveur de sols organisés, biologiquement actifs, plus riches en matière organique labile, avec des légumineuses dans la rotation, en culture et en couvert, pour renforcer le volant d’autofertilité qui est la garantie d’une alimentation plus complète et équilibrée indépendamment des conditions climatiques. Il est également important de signaler à tous les éleveurs en quête de fourrage que l’interculture est une formidable opportunité de production de biomasse dont il ne faut surtout pas se priver, sans risque pour le sol et son autofertilité, bien au contraire. Là encore, l’AC, en réduisant les coûts d’implantation et limitant l’évaporation, peut apporter des bénéfices indéniables.

Par ailleurs, ces conditions climatiques certifient qu’en TCS et SD, la fertilisation azotée doit être apportée tôt afin de « rentrer » dans le sol avant d’être redistribuée de manière lente et diffuse aux cultures. De cette manière et surtout au printemps, l’azote a plus de chances de bénéficier de pluies pour se retrouver positionné et intégré dans le profil avec peu de risque de lessivage. La localisation d’une partie de la fertilisation dans le sol au semis, apparaît, à ce titre comme une sécurisation et une source d’économie complémentaire.

Bien que la campagne 2009-2010 risque de rester dans les annales comme une période sombre et particulièrement difficile, il s’agit d’une saison riche d’enseignement et qu’il convient de garder comme repère pour conserver la qualité du sol au centre des préoccupations. Comme l’approche système, ce sont les meilleurs garants d’économies durables à partir du moment où le niveau technique suit. Encore une fois, c’est dans ces conditions particulièrement difficiles que l’AC fait la différence. Si déjà, elle apporte un avantage économique incontestable, en limitant la mise en place mais aussi le suivi des cultures, avec une approche système plus développée, elle va permettre à beaucoup de mieux passer cette conjoncture économique particulièrement difficile. L’orientation devient encore plus intéressante lorsque le climat s’en mêle en amortissant ses impacts négatifs sur les résultats techniques grâce à des pratiques beaucoup plus efficaces en matière de gestion d’eau et des sols redistribuant mieux la fertilité dans le temps.

Combien de crises, de détresses et d’espoirs déchus faudra-t-il encore pour que l’on comprenne et que l’on change vraiment d’orientation agricole ?

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