Trop de sulfonylurées dans nos champs ?

Philippe Jacquemin -


Les sulfonylurées sont dans quasiment tous les programmes de désherbage des cultures sur la planète, céréales, betterave, riz, maïs, pomme de terre, colza, soja en contrôlant un large spectre efficacité allant des dicotylédones aux vivaces sans oublier les graminées. Cette famille d’herbicides fut découverte par Du Pont de Nemours en 1975. Elle a considérable changé les habitudes de désherbage et remplacé avantageusement d’autres familles en fin d’efficacité telles que les fops, dims etc. avec des doses à l’hectare peu élevées de l’ordre de 10 à 200 g/ha. Les sulfonylurées sont reconnues pour leur efficacité contre un large spectre d’adventices, un profil environnemental pour le moment favorable et une grande facilité d’emploi. A titre d’exemple l’allié contrôle environ 50 plantes adventices, dicotylédones et vivaces. Bref, comme avec tous les produits, les résistances chez les plantes adventices arrivent depuis quelques années.

- La notion de demi-vie : Certaines molécules présentant une faible stabilité peuvent se décomposer, généralement en se transformant en d’autres espèces moléculaires. Cette décomposition n’est pas instantanée mais fait décroître la quantité de la molécule en fonction du temps, la demi-vie (DT) caractérise cette décroissance en indiquant la durée au bout de laquelle la quantité de molécules est diminuée de moitié donc de 50% (DT 50) ou bien une dégradation de 90% de la molécule DT 90 . Cette demi-vie moléculaire dépend de plusieurs facteurs de la température, du pH, de l’humidité et des UV. Elle est aussi appelée « temps de demi-réaction ». Elle est évaluée par le temps de dégradation de 50 % ou de 90% de la substance active (DT 50 ou DT 90) dans l’eau, exprimé en jours ou en heures à un pH donné et déterminé par un test de laboratoire.

- Mécanisme de résistance aux herbicides : S’il existe des mécanismes de tolérance par détoxification, les résistances exploitées commercialement reposent en général sur des mutations de l’enzyme, sélectionnées volontairement ou non par l’utilisation de l’herbicide, qui gênent l’intervention de l’herbicide tout en maintenant l’activité de l’enzyme vis-à-vis de son substrat.

Les sulfonylurées ont une demi-vie plus au moins longue dans l’eau comme dans les sols. Plus le pH est bas plus la DT 50 est faible et plus le pH est élevé plus la DT 50 est longue : 4 jours au pH de 4, 31 jours au pH de 5, >365 jours au pH de 6 à 7, 362 jours au pH de 9. Par conséquent, dans les sols basiques, les sulfonylurées appliquées au printemps précédent peuvent bloquer ou détruire les pousses de dicotylédones des cultures commerciales (les colzas, les betteraves) mais aussi celles des intercultures.
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De plus, en cas d’application systématique, certains adventices peuvent devenir résistantes aux sulfonylurées. Ces deux éléments doivent conduire les agriculteurs à utiliser cette famille chimique avec beaucoup de parcimonie et une alternance régulière. L’idéal dans les sols à pH élevé serait une fois tous les 3 ans.


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