Matériel et équiement

Frédéric Thomas, TCS n°61 - janvier/février 2011 -

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TECHMAGRI VOIT LARGE AVEC LE "T SEM CONTOUR" DE 8 M

Depuis plus de 2 ans, Techmagri, en collaboration avec nouricia et quelques agriculteurs voisins engagés dans les TCS et le SD, travaille à la mise au point d’un semoir SD hybride associant disques et dents. L’objectif est de conserver la qualité du positionnement de la dent et, entre autres, du soc Aitchison qui a été retenu comme pièce maîtresse tout en limitant les risques de bourrage en coupant la végétation devant chaque élément avec un disque afin d’aller jusqu’à semer en direct dans des couverts végétaux imposants. Si la version 3 m en deux rangées d’éléments donne aujourd’hui pas mal de satisfaction dans la région, la demande pour des outils avec de plus gros débits de chantier a obligé l’équipe à réfléchir à une version SD grande largeur. La machine mise au point par Michel Rouyère s’articule autour d’un chariot qui supporte une trémie de 3 500 l ou 6 000 l en fonction de la capacité recherchée. Ce module maintenant validé va être aussi la base du semoir Samouraï Contour (plus léger) et de toutes les autres machines au-delà de 4 m de large du constructeur. Ensuite, la rampe de semis est accrochée à l’arrière par un châssis qui, en basculant vers l’avant, permet de lever les éléments pour les manoeuvres. Pour le transport, ce même support se rabat complètement vers l’avant redressant les éléments semeurs à l’horizontal afin que les deux parties de la rampe viennent se refermer de chaque côté de la trémie comme des rampes de pulvérisateur. Ce système original, outre limiter la hauteur de l’outil en grande largeur, permet de rester dans un gabarit routier de 3 m. Ce positionnement permet également de reporter une grande partie du poids de la trémie sur les organes de mise en terre en fonction des besoins. Pour ce qui est de la ligne de semis, le disque fixe donne pas mal de satisfaction mais le ressort doit être renforcé pour augmenter la pression afin de permettre une pénétration beaucoup plus franche et profonde afin de mieux couper surtout la paille mais aussi le couvert qui ne pose pas de réelles difficultés. C’est d’ailleurs ce disque qui absorbe une grande partie du poids de la rampe de semis. Le fait d’être fixe rend la machine également très stable en dévers ce qui n’était pas vraiment le cas avec les premiers disques montés sur pivot. Ensuite, le soc Aitchison en « T » inversé retravaille la ligne ouverte par le disque, forme un sillon et y dépose les graines dans un environnement favorable à la germination et la levée. En fait, le talon referme la base de la fente du disque pour un dépôt des graines à une profondeur régulière et les petits ailerons fissurent les « murailles latérales » produisant un peu de terre fine qui vient recouvrir les semences. À l’arrière, la large roue Farmflex réglable sert plus à maintenir la profondeur qu’à refermer la ligne de semis. Enfin l’écartement entre lignes retenu sur cette première machine était de 19 cm mais, au vu des essais, le compromis devrait s’établir autour de 22,2 cm ce qui offre plus de fluidité pour le passage des résidus et limite la demande de traction comme de pression sur la rampe en retirant tout de même 6 lignes de semis pour la version 8 m. Enfin, une autre version est aujourd’hui à l’étude avec possibilité de positionner l’engrais au centre d’une bande de semis de 10 cm en remplaçant les socs néozélandais par des socs canadiens de type Bourgault.

RÉFLEXION AUTOUR D’UN OUTIL POLYVALENT POUR DES ITINÉRAIRES TECHNIQUES INNOVANTS

Installé depuis 18 ans, V. Seyeux n’a jamais vraiment labouré. Cependant, et à plusieurs reprises, il a réorienté sa manière de travailler. De l’approche très « financière » du départ où la ferme était en monoculture de blé avec un maximum d’interventions contractualisées avec les ETA locales, en passant par une période en SD strict sous couvert avec ouverture de la rotation, jusqu’à aboutir à un mixte entre du SD sous couvert, de légères reprises de surface au printemps et/ou du strip-till pour les implantations de colza et de féverole, il a acquis énormément d’expérience dans ses terres hétérogènes du Sud-Mayenne. Comme il avait presque atteint une période de croisière, cet agriculteur pionnier et avant-gardiste a décidé de passer une partie (90 ha) de sa ferme en agriculture bio. « Je n’ai pas de réel savoir-faire, avouet- il, mais avec les années nous avons appris à bien mieux maîtriser le salissement en AC avec la rotation, les couverts, les densités des cultures et les associations ; il n’y a pas de raison que nous ne puissions pas y arriver aussi en AB même si cela demande de réinvestir dans un peu plus de travail. Passer une partie de la ferme en AB c’est aussi me forcer à faire le pas, à réfléchir différemment et essayer des choses nouvelles et certainement le moyen de faire aussi évoluer le reste de mon exploitation vers encore moins de phyto », complète V. Seyeux. Pour la gestion de la partie en AB, il compte s’appuyer sur deux piliers. Le premier est la culture de la luzerne qui peut être valorisée au travers d’une usine de déshydratation proche. La légumineuse devrait occuper un tiers de la surface pendant 3 ans, afin de structurer le sol, d’apporter de l’azote mais aussi afin de servir de période de réduction du stock semencier en surface et de gestion du salissement. Le second est une approche innovante de conduite des parcelles en bandes alternées avec des cultures et des couverts qui s’enchaînent sans vraiment laisser d’espace vide ni de sol nu où le binage est associé quasi systématiquement à un semis. Cette idée fait suite à l’article sur l’inter-cropping aux USA présenté dans le TCS n° 48 p. 30. Dans ce cas précis, le soja était semé au mois de mai dans des cultures de blé en montaison afin d’assurer un tuilage et couvrir le sol en été avant d’être récolté à l’automne. Pour l’instant, aucun itinéraire ou associations/ enchaînements n’ont fermement été établis ou testés. Sur les premières parcelles de blé mises en place cet automne, V. Seyeux envisage de commencer par installer avec le binage un trèfle violet au printemps et pourquoi pas suivre, sur les bandes de chaume de blé, par un colza associé ou un sarrasin. Sur une autre parcelle implantée en féverole d’hiver, c’est peut-être de la moutarde de printemps ou de la caméline qui seront implantées pour mieux assurer la couverture mais aussi afin d’être récoltées en même temps que la féverole. Ensuite, c’est certainement une céréale qui va suivre, et plus tard, combinée avec la destruction des repousses, la mise en place d’une seconde culture ou d’un couvert dans les interrangs. « Je suis très loin d’avoir calé les itinéraires même sur le papier, explique l’agriculteur, mais je suis persuadé qu’il est plus judicieux de couvrir les vides par d’autres plantes plutôt que de s’obstiner à les garder propres par des binages répétés. En complément, cela permet de limiter les interventions mais aussi de maximiser la biomasse produite avec une grande diversité de plantes, ce qui est primordial pour conserver et développer la fertilité des sols. Enfin si l’on peut faire avec certains enchaînements deux récoltes dans l’année en bio c’est encore plus performant et surtout plus profitable. » Pour mettre en oeuvre cette approche et surtout cette conduite innovante, il a développé avec l’aide d’un constructeur de Loire-Atlantique, Grégoire-Agri, un prototype de bineuse qui est aussi et avant tout un semoir. Afin de s’affranchir du GPS, il a préféré fonctionner avec le système de trace au sol. En fait, une dent suivie d’un disque réalise une empreinte au milieu de la machine lors du semis. Ce guide ou rail est ensuite utilisé lors des interventions suivantes pour faire repasser la machine exactement au même endroit grâce à des capteurs agissant sur des vérins qui déportent latéralement et en fonction des besoins la poutre du châssis attelé au tracteur. Les éléments sont quant à eux montés sur des parallélogrammes avec une roue de jauge avant réglable pour mieux suivre le sol. Ils sont installés sur une poutre tous les 30 cm mais le système de fixation simple et rapide permet de les retirer ou de les déplacer facilement en fonction de la demande. En situation d’installation de la culture principale, le soc semeur est fixé au bout d’une dent légèrement déportée de l’élément afin de positionner la culture au milieu de l’interrang tous les 30 cm. Ensuite, pour le binage et/ou le semis, cette dent est retirée (20 pour cet appareil de 6 m de large) et une autre dent avec un soc bineur de 20 cm de large est fixée dans l’axe de l’élément. Il a été équipé d’une descente pour pouvoir positionner aussi des graines. Enfin, c’est la trémie frontale utilisée avec les autres outils de la ferme (strip-till et Compil) qui assure la partie semis. Cependant V. Seyeux pense déjà en adapter une seconde afin de pouvoir gérer plus facilement l’implantation de mélanges ou de cultures associées.

MODIFICATIONS AUTOUR DE LA LIGNE DE SEMIS

Ancien technicien de chambre d’agriculture, P. Perrin a progressivement mis en oeuvre la simplification du travail du sol sur ses terres limoneuses et fragiles de Touraine. Après différentes tentatives, il s’est équipé, il y a deux ans, d’un strip-tiller Yetter dont il est très satisfait. L’outil est peu tirant et facilite beaucoup le semis du maïs mais aussi et surtout une émergence et un démarrage rapides dans des sols réputés pour être assez froids au printemps. La prochaine étape va être de positionner un peu d’engrais avec cette intervention. Pour ce qui est du semoir, il a investi à la même époque dans un Kuhn Maxima. Cependant, au printemps 2009, il a rencontré quelques difficultés à refermer correctement la ligne de semis. Après avoir étudié la question et visité quelques collègues agriculteurs, il décide de modifier son outil afin de limiter la pression autour du sillon. Dans un premier temps, il aurait souhaité monter simplement des pneus « Martin » qui permettent d’éloigner l’appui du sillon des disques ouvreurs. Mais les roues de jauge étroites (65 mm) ne permettaient pas le montage de ces pneus spéciaux sur les jantes. Plutôt que de changer les roues d’origine, il décide de simplement les retourner avec des premiers essais qui donnent de bons résultats. « Cette astuce m’a permis de tester l’idée d’écarter la pression latérale du sillon et d’obtenir en 2010 une bien meilleure implantation de mes maïs et tournesols. Cependant, ce type de montage n’apporte plus le nettoyage latéral des disques qui peuvent remonter de la terre si elle est un peu grasse. Je pense finalement changer de gentes pour des 100 mm afin de monter les pneus Martin », assure P. Perrin. Afin de fignoler la fermeture, il a envisagé également de modifier ses roues de rappui classiques de type Otiflex. Le système à doigts Posiclose le séduit mais le prix le refroidit légèrement d’autant plus que le moyeu ne convient pas et demande des modifications. Il contacte donc un artisan local et fait découper des disques au laser et des rondelles de serrage sur lesquelles il va venir souder des fers ronds de 10 mm et 10 cm de long qu’il a cintrés lui-même. Ainsi, l’ensemble de ces modifications ne lui est revenu qu’à 252 euros pour son semoir de 6 rangs auxquels il faut ajouter une vingtaine d’heures de travail. Au-delà du prix relativement réduit de ces transformations simples mais extrêmement efficaces, c’est avant tout la très nette amélioration du travail que P. Perrin souhaite mettre en avant avec une très bonne réussite des implantations du printemps 2010 tout en retirant le maximum de pression sur les éléments semeurs (réglage du ressort en première position). « Il faut vraiment sortir de l’idée trop généralisée que l’outil n’est jamais assez lourd pour faire du semis direct, tambourine-t-il. Au contraire, le poids est une contrainte surtout autour de la ligne de semis. Il faut, bien entendu, placer la graine dans le sol mais il faut surtout que l’environnement soit favorable à la levée et à l’épanouissement de la plantule. Mieux vaut anticiper et gérer cette difficulté en amont et éviter de compacter les bordures du sillon plutôt que d’avoir à remettre encore plus de pression pour refermer au risque d’enfermer les graines dans une gouttière. »


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