Maïs : semis, levée et récolte

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Le maïs est largement cultivé en France. Au siècle dernier, lorsque cette culture a été introduite, l’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs) a jeté les bases de l’itinéraire technique : l’écartement des rangs est de 75 ou 80 cm, il faut labourer puis affiner le sol pour augmenter le contact sol-graine, semer avec un monograine, récolter avec un bec cueilleur et « un binage vaut deux arrosages ». Aujourd’hui, un grand nombre de maïsiculteurs travaille selon ces grandes lignes. Néanmoins, il y a des marges de manœuvre pour optimiser agronomiquement ou économiquement cette culture. Il est intéressant tout d’abord de s’intéresser à la levée du maïs et ses effets sur le rendement, puis de réfléchir à la récolte et aux différentes possibilités en termes d’équipements. Enfin, la réflexion se tournera vers le semis.

Homogénéité de la levée

Un élément clé de la culture de maïs est la levée. Traditionnellement, le semoir monograine est utilisé au semis. Il a la capacité de semer graine par graine. Par conséquent, avoir une répartition type « piquet-de-clôture » semble le principal élément pour réussir la culture. Mais est-ce que c’est vraiment le cas ? Différents essais et plusieurs experts du maïs semblent dire que non. Ils disent que c’est l’homogénéité de la levée qui est le facteur le plus important. Il y a plusieurs articles à lire dans ce domaine. Pionner a fait un bon résumé en anglais avec un grand nombre de références utiles pour ceux et celles qui veulent en savoir plus. Le semencier présente 4 grands éléments qui sont dans l’ordre :
1. L’uniformité dans la levée du maïs  : Une levée hétérogène coute entre 5 et 9% du rendement maximum. Il n’y a pas une définition universelle de l’uniformité ou de l’hétérogénéité mais Pionner donne des éléments de réflexion : (a) une levée en moins de 48 heures n’est pas une nécessité pour atteindre le rendement maximum et (b) selon les terroirs et les années, une levée uniforme est comprise entre 2 et 7 jours. En effet les températures qui suivent le semis et le potentiel de rendement du terroir ont un effet sur la notion d’uniformité de la levée du maïs. Pour rappel, le zéro de germination du maïs est aux alentours de 8°C et son zéro de végétation est environ 6°C. Néanmoins, il est important de mettre en avant que le principal levier pour assurer l’uniformité de la levée est une bonne mise en terre des graines. Cette dernière est fonction de la capacité de la machine et du bon réglage de l’utilisateur. Il faut donc s’assurer d’un bon environnement pour la graine et pour la plantule, ainsi qu’une profondeur de semis constante.
2. La période de semis : dans les grandes régions de maïs d’Amérique du Nord, il est conseillé de planter le maïs dans une période optimale de 2 semaines environ pour atteindre le rendement maximum. Au-delà, les pertes vont de 2 à 5 % du rendement maximum. Ce sont des moyennes et elles donnent une tendance. L’important ici est de retenir que la période de semis est le second facteur le plus important trouvé ici.
3. Semer la bonne dose  : se tromper sur la dose coute entre 1 et 2% du rendement maximum. Semer la bonne dose est assez trivial et demande juste de régler convenablement la machine. Néanmoins, c’est ici le troisième facteur le plus important.
4. Les doubles et les manquants  : Ces derniers coutent entre 1 et 2% du rendement. Ce sont les manques qui impactent surtout le rendement. Les doubles ont peu d’effet. Sur un semoir à maïs monograine, le réglage de la machine permet de limiter les doubles et les manques. Néanmoins, il est intéressant de voir que cet élément est le quatrième et dernier que les experts citent lorsqu’il est question de l’impact de la levée sur le rendement.

Pas de compromis sur l’environnement de la graine, chez nous

Ces résultats Nord-Américains sont obtenus sur des essais où le maïs pousse dans des conditions quasi-idéales, c’est à dire dans de bonnes terres avec peu de stress. Par conséquent, il y a deux questions pratiques : est-ce que ces valeurs sont valables dans des conditions moins idéales ? Et, est-ce que ces valeurs sont valables chez nous ? A priori, les valeurs moyennes peuvent changer avec les conditions mais la hiérarchie reste la même : l’uniformité de la levée est le facteur le plus important, en second, il y a la date de semis et se disputant les troisième et quatrième places, il y a la dose et les doubles-&-manques. Par conséquent, dans notre coin du monde, il n’y a pas de compromis acceptable sur l’environnement de la graine, de la plantule et la profondeur de semis. Et lorsque la météo est incertaine, il vaut mieux semer un peu plus vite pour emblaver au bon moment que de ralentir pour limiter les doubles-&-manquants.

La liberté du bec Kemper

La récolte est fonction de l’utilisation et le maïs en a deux principales : l’ensilage et le grain. En ensilage, la plante entière est récoltée et en grain, bien sûr, c’est le grain.
Depuis une quinzaine d’année, les ensileuses sont souvent équipées de bec rotatif (souvent appelé bec Kemper). Le grand avantage de ce bec est la liberté par rapport au semoir et au semis. En effet, de par sa conception, il est indépendant de l’opération de semis. Avec un bec rotatif, il est possible de récolter dans le sens du semis ou perpendiculairement à ce dernier ou dans m’importe quel sens. Et pour la même raison, il récolte derrière n’importe quel semoir. Il est indépendant de l’écartement des rangs. Ecartement de 75 cm, 80 cm ou semis à la volée : tout lui convient.

Cueilleurs à rangs serrés et coupe standard

En maïs grain, la majorité de la récolte se fait avec des becs cueilleurs à 75 cm ou à 80 cm. Néanmoins le paysage évolue et les alternatives se multiplient. Il y a deux nouvelles tendances : les cueilleurs à rangs serrés et la coupe standard. En matière de rangs serrés, il y a du choix chez les constructeurs. Par exemple : les cueilleurs autrichiens de Gerinhoff commencent à 45 cm, les Argentins de Maneiro offrent 5 interrangs différents de 35 à 70 cm, l’entreprise Illinoise Calmer Corn Heads a une gamme qui commence à 12 pouces d’interrang (soit environ 30 cm). Ce dernier est très intéressant car 12 pouces est un interrang standard pour les semoirs à blé Nord-Américains. Dans l’état du Dakota du Nord, il pleut en moyenne 400 mm par an. Les rendements sont par conséquent faibles et l’itinéraire technique est adapté : par exemple, le maïs est semé à 60 000 grains par hectare. Dans ce terroir semi-aride, les blés sont semés à 12 pouces d’interrang et l’intérêt d’un bec cueilleur à 12 pouces est de tout pouvoir semer avec un seul et même semoir. Dans la pratique, les agriculteurs qui optent pour ce choix technique ont un semoir volumétrique (ou semoir à blé) avec une très bonne mise en terre et sèment leur maïs avec cet unique semoir. Avec un semis à 30 cm, les pieds de maïs sont encore mieux répartis dans l’espace. Ils sont moins serrés, couvrent plus rapidement le sol face aux mauvaises herbes et utilisent mieux l’eau qui est ici le premier facteur limitant. Bien sûr, la distribution volumétrique d’un semoir à blé ne donne pas la même précision qu’un système monograine et, évidemment, le risque de « doublon » est augmenté. Mais dans la pratique, ça n’a pas l’air d’être un problème et, comme toujours en agriculture, c’est la pratique qui prend le dessus sur la théorie. Pour ces agriculteurs, ce choix permet de baisser les couts de production et les investissements sans perdre de rendement ou de débit de chantier.

A vos calculettes

En matière de récolte à la coupe standard, des agriculteurs français ont choisi de récolter leur maïs avec la « coupe-à-blé » car, lorsqu’ils prennent leurs calculettes, acheter un bec à maïs n’est pas rentable. En effet, il est techniquement possible de récolter le maïs de la même façon que le blé et, apparemment, ça se fait même plutôt bien. Philippe Auffret qui a plusieurs années d’expérience en la matière, y trouve même un certain nombre d’avantages techniques car, comme avec un bec rotatif pour l’ensilage, il peut récolter dans n’importe quel sens et s’en sert à son avantage quand c’est mouillé ou que la culture est versée. Au niveau économique, il est certain qu’avec la coupe standard, il y a plus de matières qui passent dans la machine, par conséquent cela va demander plus de travail et plus de carburant mais il y a une économie substantielle au niveau des investissements. Récolter le maïs à la coupe standard est donc techniquement possible et est économiquement plus avantageux pour un certain nombre d’exploitations. Par conséquent, la question se pose : à partir de quel moment la bec cueilleur devient-t-il rentable ? Est-ce que c’est à partir de 50 ha ? de 100 ha ? Malheureusement, comme toujours en matière de gestion, il y a une seule vraie réponse : « Mesdames, Messieurs, à vos calculettes ! ». Néanmoins, les barèmes d’entraides de plusieurs départements montrent un surcout pour l’utilisation des becs cueilleurs. Et, en prenant le cas d’une rotation blé-maïs, un rapide calcul montre qu’un bec cueilleur 6 rangs neuf ne se justifie qu’avec des surfaces en maïs à trois chiffres ou plus. Le calcul est donc à recommander.
Le maïs se sème à priori avec un semoir à maïs mais peut l’être aussi avec d’autres semoirs. Comme l’explique la section sur la levée, il est important en maïs de soigner l’environnement de la graine, de la plantule et la profondeur de semis. Historiquement, lorsque le maïs a été vulgarisé en France, le top des semoirs à blé était le Nodet mécanique avec distribution par cannelures et gravité et réglage de la force de terrage (mais pas de réglage de la profondeur). Ce semoir à blé n’était pas à la hauteur pour planter du maïs à la bonne dose et en garantissant la qualité de la mise en terre. Ceci est d’autant plus important avec des semences hybrides qui ont un coût non négligeable. Par conséquent le semoir à maïs était incontournable pour réussir les maïs.


Semis de maïs au semoir à blé

Semis au semoir à blé haut de gamme

Aujourd’hui, cependant, les semoirs à blé ce sont beaucoup améliorés autant au niveau des doseurs que de la mise en terre. Ils ont des distributions du type Accord ou équivalent qui permettent de maitriser avec précision la dose de semis. Ils ont des mises en terre avec réglage de la force de terrage et réglage de la profondeur de semis. Les éléments semeurs sont indépendants, parfois même montés sur parallélogramme et avec une force de terrage automatisée (tel que chez Dawn Equipment par exemple). Par conséquent, il est possible de réussir ses semis de maïs en utilisant un semoir à blé haut de gamme. Un tel semoir permet de placer la graine dans des conditions similaires à un semoir à maïs, de délivrer la dose exacte et d’emblaver rapidement de grandes surfaces. Il est vrai qu’un tel semoir ne peut pas remédier aux manques-&-doubles mais, en théorie, ce n’est pas le facteur le plus important et, en pratique (voir photo jointe), les rendements restent élevés et similaires à ceux des champs voisins. Semer son maïs au semoir volumétrique est donc une bonne opération agronomique à condition que ce dernier ait un doseur précis et une mise en terre régulière et efficace. Au point de vue économique, un semoir volumétrique haut de gamme de 3 mètres est un investissement supérieur à un semoir monograine 6 rangs et est souvent plus tirant. Néanmoins le semoir volumétrique est souvent utilisé sur une plus grande surface que le semoir à maïs, ce qui tend à réduire son coût à l’hectare. Par conséquent, le calcul de rentabilité se fait au cas par cas avec un certain nombre de paramètres à prendre en compte. Après avoir fait plusieurs simulations, il en ressort que les principales questions sont : Quel est le matériel déjà présent sur l’exploitation ? Quel est l’assolement et la rotation ? Quels sont les conséquences du semis au semoir volumétrique sur la culture de maïs ? Y-a-t-il du binage par exemple ? Et quels sont les gains sur les autres cultures que permet un semoir volumétrique haut de gamme ? Sera-t-il possible de localiser l’engrais en semis de printemps par exemple ?

Aujourd’hui, l’idée de semer du maïs avec un semoir à blé surprend et étonne. Néanmoins, il y a déjà un petit nombre d’agriculteurs qui le font, y compris en France et avec du matériel conçu et fabriqué en Europe. En effet, lorsqu’il est su que l’uniformité de la levée, la date de semis et la dose sont les 3 premiers facteurs de la levée qui influent sur le rendement, il n’y a pas à rougir à utiliser un semoir à blé haut de gamme pour du maïs. De plus, les semoirs à blé continuent d’évoluer, ils innovent plus que les semoirs à maïs et, par ailleurs, le contexte économique pousse à la réduction du parc matériel. C’est pourquoi, il est fort possible que les semis de maïs au semoir à blé se démocratisent.

Bonne mise en terre

Le maïs est une culture rémunératrice, surtout quand l’agronomie de la plante est maitrisée et qu’elle prend place dans une rotation. C’est une culture haute et à cycle court par conséquent, les principaux leviers d’action de l’agriculteur sont en début de cycle et, en particulier, à la levée. Le premier facteur d’une bonne levée est une levée homogène : tous les pieds doivent être sortis en moins d’une semaine de temps. Le second facteur est la date de semis. C’est pourquoi le semoir se doit d’avoir une bonne mise en terre pour que les graines germent en même temps et qu’ils émergent en même temps. Dans l’idéal, le semis se doit aussi de prendre place à la bonne période par rapport à l’indice de l’hybride et au terroir. Si le temps est incertain, il vaut mieux semer un peu plus vite que de ralentir pour limiter les doubles et les manques. Pour la récolte en ensilage, le bec rotatif est un formidable outil qui permet de récolter avec plus de flexibilité et de liberté. Pour la récolte en grain, le bec cueilleur permet un plus grand débit de chantier car la moissonneuse a moins de matière à battre et, par conséquent, roule plus vite. Néanmoins la récolte du maïs à la coupe standard est possible, simple et pratique et représente une solution économique. En effet le bec cueilleur représente un investissement pour un usage très spécifique et c’est pourquoi, tout bon gestionnaire calculera la rentabilité des deux scénarios avant de faire son choix.



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