Le cycle du ver de terre est au cœur du rajeunissement des sols

JPEG - 148.1 koLe cycle du ver de terre est à l’image du cycle de l’eau, un mouvement de rajeunissement permanent des sols ; raison pour laquelle le sol est une ressource non renouvelable qui s’épuise.
Mais entendons-nous bien, un sol est une ressource non renouvelable à l’échelle humaine ; et qui s’épuise uniquement si l’on s’en sert. Et s’en servir, c’est y puiser ses ressources nutritives comme on emprunte, pompe ou tire l’eau d’un puits.
Excepté le forestier qui les puise à d’autres fins que l’alimentation, ou le producteur d’agrocarburant, de coton ou de chanvre, l’agriculteur-e les puise via les plantes qu’il cultive, le pêcheur-e les puise des océans sous forme de poissons, le chasseur-e sous forme animale, le cueilleur-e sous forme végétal, etc.

Renouvelable : qui se renouvelle, qui se reconstitue, qui revient de nouveau

Le cycle de l’eau illustre parfaitement l’idée d’une ressource renouvelable qui se refait une santé à l’échelle humaine. Idem pour l’air qui se rajeunit en permanence pour nourrir nos cellules en oxygène, l’azote pour épauler le métabolisme de la cellule végétale, ou le phosphore pour la photosynthèse.
Même l’alternance du jour et de la nuit peut être vue comme un cycle de renouvellement à l’image du cycle gazeux des végétaux et des animaux. En effet, quand nous, les animaux, rejetons du C02, les plantes s’en nourrissent. Inversement quand elles rejettent de l’oxygène ; l’oxygène étant un déchet du processus biochimique de la photosynthèse. Lors de cette réaction avec l’énergie solaire, la plante utilise les deux hydrogènes H20 pour synthétiser ses hydrates de carbone et rejeter l’atome d’oxygène : “Des expériences de marquage radioactif ont montré que cet oxygène provient de l’eau, et non du CO2 absorbé.” Bref, chacun se nourrit des déchets de l’autre !

- Problème, nous rejetons aujourd’hui plus de CO2 que les plantes peuvent en avaler, ce qui déséquilibre le système.
- Problème, la majorité de notre oxygène provient des océans et ils sont en train de se plastifier !
- Problème, notre corps meurt en moins d’une minute s’il n’est pas nourri en oxygène… Sans être médecin, j’ai un peu le sentiment que l’oxygène est une ressource précieuse requise à notre bonne santé 🙂

Quant au ver de terre, il est la figure de proue du système qui rajeunit sans cesse les sols

Plus précisément, certaines espèces de vers de terre sont la figure de ce système nourricier. Et de fil en aiguille, on peut soutenir que le futur de notre alimentation dépend de leur avenir ; un avenir qui dépend de son alimentation ; une alimentation qui dépend de ce que nous leur donnons à manger !
Ceci dit, l’important reste le système, un système nourricier constitué d’une infinitude de bestioles qui partagent d’être cellulaires. Et si nous devions comparer ce système à une roue de vélo, le ver de terre n’en serait que le moyeu.

Rajeunir

Remettre à neuf ou à jeune un sol peut surprendre, mais l’idée portée par ce verbe semble le mieux définir qu’un sol cultivé est comme un feu, ni vieux, ni jeune, il est, ou il est éteint. En revanche, il ne se recharge pas par le cul comme un poêle à bois, mais par le dessus. Tout ça reste logique, on mange bien par la bouche, raison pour laquelle nos papilles gustatives sont implantées dans cet orifice plutôt que dans l’anus. Idem pour le lombric terrestre, il s’alimente par sa bouche d’entrée et non par sa bouche de sortie.
Toutefois, c’est bien avec cette dernière bouche qu’il rajeunit les sols ! En les engraissant et en remontant sans cesse à la surface du sol une terre enrichie via ses cacas. Et dans un sol bien habité, ils en chient tout de même 1/2 cm par an sur toute la surface. (Charles Darwin avait observé sur une durée de 30 ans, que les vers de terre avaient produit 15 cm de sol nouveau.)
Mais ne nous trompons pas, un sol vivant ne veut pas dire qu’il est vivant, seulement habité ! Comme une maison animée, ce n’est pas la maison qui fait l’animation…

Extrait de la suite de l’Éloge du ver de terre à paraître fin 2020. Christophe Gatineau, agronome, cultivateur et auteur chez Flammarion de l’Éloge du ver de terre (2018) et de l’Éloge de l’abeille (2019), rédacteur du blog www.lejardinvivant.fr

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