Le bio : une obligation de résultat pour le sol ?


JPEG - 78.2 koL’Agriculture Biologique (AB) évolue rapidement et elle occupe toujours plus de surface. L’AB est une agriculture sous certification. Il y a un contrat. Mais pour les sols, la question suivante se pose : quel est l’engagement du bio pour la santé des sols ? Pour traiter cette question, il faut revenir aux fondamentaux de l’AB. Il faut regarder le cahier des charges et les obligations.
Le cahier des charges de l’AB est clair : il ne faut pas utiliser de chimie de synthèse. Par contre le cahier des charges ne dit rien sur la qualité du résultat. En effet, il n’est pas écrit que le produit final doit être meilleur pour la santé, l’environnement, le goût, le changement climatique ou la société. De la part de l’agriculteur et de la filière, il y a seulement une obligation de moyens.
Dans mon école d’ingénieur généraliste, les notions d’ “obligation de moyens” et d’ “obligation de résultat” sont abordées dans le cours d’économie de première année et c’était le directeur de l’école, Jean Roch Guiresse, qui nous donnait le cours. Sa position était très claire : “Jeunes gens ! L’obligation de moyens est avantageuse pour le vendeur et l’obligation de résultats est avantageuse pour l’acheteur”. En effet, la première limite la responsabilité du vendeur et, si un jour il y a un problème, c’est à l’acheteur de le résoudre. A l’opposé, l’obligation de résultat implique fortement la responsabilité du vendeur et c’est ce dernier qui va résoudre les problèmes lorsqu’ils apparaissent.
La différence est importante et la filière du bio l’a bien compris. L’AB fonctionne en obligation de moyens. Elle garantit la non-utilisation de la chimie de synthèse et ça s’arrête là. Et vous pouvez me demander d’où vient l’image positive de l’AB ? C’est simple. Elle est le résultat d’une communication efficace réalisée par la filière et les lobbys. En effet, le marketing a réussi à faire croire au grand public qu’il achète une obligation de résultat alors qu’il y a seulement et uniquement une obligation de moyens.
Pour protéger les consommateurs des escroqueries, il y a des autorités de régulation … que le consommateur doit lui-même activer. Par exemple, au niveau des campagnes publicitaires, il y a partout en Europe des autorités de régulations de la publicité.
Au Royaume Uni, une publicité pour du lait bio annonçait que le lait bio est “bon pour la terre”. Elle a dû être retirée. En effet, l’autorité de régulation a été saisie et a jugé que l’argument commercial “bon pour la terre” n’était pas juste. Au contraire, les officiels ont jugé que l’agriculture non-labelisée est “bon pour la terre” car elle utilise mieux les ressources et, par conséquent, est plus “durable”. La campagne pour le lait bio a dû être retirée et l’affaire a fait les titres de la presse nationale anglaise. Voici un lien pour lire l’article du service public anglais.
Etant sur le site de l’agriculture de conservation, je viens d’écrire sur l’engagement du cahier des charges de l’AB pour la santé des sols. Il n’y a en aucun. Et ceci est dû à l’essence même de ce cahier des charges : il y a uniquement une obligation de moyens. Le résultat n’est pas garanti, seul les moyens le sont. Cette obligation de moyens de l’AB s’applique aussi à un grand nombre d’autres thèmes tels que la santé des consommateurs ou la valeur nutritive des aliments. Mais je laisse à quelqu’un d’autre le plaisir de traiter le sujet. L’AB ne garantit rien en matière de santé des sols ou de la bonne utilisation des sols et il est important d’en avoir conscience.


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