Le Low Tech de l’élevage laitier : 20 000 L de lait/ha à l’herbe – 1200 vaches laitières

Shane Bailey - PâtureSens -

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JPEG - 39.3 koJe viens avec joie complémenter l’article écrit il y a peu par Matthieu dans sa tribune. Le Low Tech est effectivement basé sur l’expérience, la connaissance et le partage. Basé sur les principes éco-systémiques, sur l’observation du modèle naturel. La nature à mis des millions d’années à faire évoluer les ruminants avec les espèces prairiales ainsi que les parasites. Aujourd’hui, grâce à des forces commerciales très puissantes, nous avons oublié certaines subtilités (les ruminants mangent de l’herbe, avant les bâtiments ils vivaient à l’extérieur).

Guillaume Baloche, ingénieur issu du milieu laitier normand intègre PâtureSens début avril suite à une année sur l’exploitation de Rhys William et David Wynne-Finch au Pays de Galles. Alors responsable de l’élevage des génisses en début de saison (800 vêlages sur 12 semaines), il a ensuite consacré son temps à la gestion des pâturages (planification, feed budget) tout en étant impliqué dans le quotidien de cette ferme « Low Tech ».

Fort de cette expérience enrichissante, il nous présente le fonctionnement de cette structure. Une journée technique sera proposée en Normandie le 3 avril. Cette journée est l’occasion d’échanger et de partager nos expériences sur le pâturage. Alors n’hésitez pas à venir nombreux ! Pour vous inscrire rendez vous sur notre site internet

1200 Kiwi Cross sur 300 hectares de pâturage

Rys et David sont associés sur une exploitation, installés dans la Péninsule de Llyn au Pays de Galles. Ils bénéficient d’un climat océanique similaire à la Normandie ou la Bretagne avec 900 mm de pluviométrie en moyenne par an. L’exploitation est basée sur 300 hectares de pâturage, l’objectif étant de valoriser chaque kilo de matière sèche produit et de le transformer en produit vendable. Pour ce faire, un plan de gestion est mis en place pour offrir de la précision et de la flexibilité. La première étape consiste à établir une courbe de production de référence (figure 1) basé sur les conditions climatiques, les plantes ainsi que sur le sol. L’exploitation à un potentiel de production de 16 tonnes de matières sèches par an (figure ci-dessous).

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Une fois le potentiel de l’exploitation connu, la prochaine étape est de savoir organiser sa production pour valoriser chaque kilo de MS. Dans le cas de Rhys et David la production doit rester simple (productivité du travail) et efficace. Ils ont donc mis en place un système à la Néo-Zélandaise, c’est-à-dire :
- Vêlages groupés sur le printemps (début le 1er février), environ 10 semaines de vêlages (17 par jour).
- Le pic de lactation qui est le moment où les besoins alimentaires sont les plus élevés doivent concordés avec le pic de pousse de l’herbe (mai chez eux).
- Tarissement hivernal groupé (fin novembre) alors que la quantité de MS disponible est réduite le besoin alimentaire est au plus faible. La figure ci-dessous montre le besoin alimentaire tout au long de l’année.

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La prochaine étape du plan de gestion consiste à définir des objectifs de production, de définir la Capacité de Charge de l’exploitation et de corréler la demande et la ressource alimentaire. Rhys et David ont donc optés pour des vaches légères avec des besoins alimentaires faibles. Il existe en effet une contradiction naturelle dans tous les systèmes de production : dois-je privilégier la production par animale ou alors par hectare ? Des vaches à 12 000 litres ou des vaches à 5000 litres ? La stratégie de Rhys et David est de travailler avec des Kiwi Cross qui vont produire entre 4600 et 5500 litres de lait, cependant grâce à une faible demande alimentaire le chargement à l’hectare peut être plus élevé. Il y a une autre raison qui justifie ce choix, comme la production individuelle est réfléchie, la longévité des vaches (le bien être !) et également augmenté. Rhys et David ont donc un chargement de 4 vaches hectares, produisant ainsi 20 000 litres de lait / ha. Soit sur la surface disponible, ils produisent 6 millions de litres de lait. Le taux de renouvellement est de 15%. Ci-dessous la corrélation des besoins alimentaires (en rouge), contre la production de MS (en vert) pour l’année 2014.

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Investir dans l’outil de gestion, quels sont les investissements réalisés ?

JPEG - 68.7 ko- L’outil parcellaire qui permet de gérer les pâturages (carte ci-dessous) est l’outil le plus important de cette production. Construit pour valoriser les pâturages, il est basé sur des calculs très précis qui vont permettre de faire face aux fluctuations saisonnières tout en maîtrisant les besoins alimentaires. Cet outil demande de la matière grise et des connaissances solides en production animale, des clôtures, un système d’abreuvement cohérent et des chemins de qualité.
- Une salle de traite
- 1 Tracteur pour 1200 VL
- Tous les travaux des champs sont externalisés
- 1 salarié pour 1 million de litres de lait produit Figure – Plan parcellaire Guillaume Baloche

Et l’élevage des génisses dans ce système ?

- Pour augmenter la rentabilité de la plateforme, Rhys et David externalise l’élevage des génisses sur une autre exploitation.
- R.Williams « Les génisses seront nos vaches dans 2 ans ». Toutefois pour résumer un peu, toutes les génisses reçoivent du colostrum de qualité moins de 6 heures après vêlage, sevrage à 8-10 semaines. Mise à l’herbe et transition alimentaire avant 3 mois. Elles sont mises à la reproduction à 60% du poids adulte, pour un vêlage à 2 ans (97% des gestantes en 6 semaines).

Et le résultat économique ?

Pour résumer, un système autonome uniquement basé sur la gestion des pâturages. 1 tracteur pour récolter l’excès au printemps qui couvre le besoin pendant le tarissement. Une salle de traite, des chemins, et de la clôture. Pas de bâtiment d’élevage pour les vaches, et 1200 VL qui produisent 6 millions de litres de lait. Travail simplifié par le vêlage groupé et le tarissement, donc 1 salarié pour 1 million de litres de lait. Tout le travail des champs externalisé à des sociétés spécialisés. Des coûts vétérinaires très faibles (-75€ par vache/par an). Une exploitation qui dégage beaucoup de cash, Ils ne m’autorisent pas à donner les chiffres exactes en euro mais pour vous donner une idée, le résultat net avant impôt est de 40 % du CA HT. Ce système permet également de dégager du temps et de bien vivre en production laitière. Ne croyez pas que le High Tech soit moins bien, c’est juste une agriculture de plus en plus loin de la nature de l’écosystème, promu par un système dans lequel les agriculteurs travaillent pour rémunérer des vendeurs d’aliments, de bâtiments, de tracteur… Et à la fin ce qui est important c’est combien de temps et d’argent il vous reste pour vivre ! Venez nous rencontrer le 3 avril en Normandie pour parler de la gestion des pâturages et de la production animale. En savoir plus : Journée Technique – Pâturage en système laitier et engraissement – Normandie



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